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Points de vue

Vote Le Pen : mais qu'arrive-t-il à notre jeunesse ?

Par Alexis Benoist

Rédigé par Alexis Benoist | Jeudi 19 Avril 2012



Décidément la jeunesse n’est plus ce qu’elle était ! On la pensait idéaliste et généreuse, il était entendu qu’elle voterait avec ce cœur que la nature a eu la bienséance de placer à gauche.

Il y a moins de six mois encore, au dernier trimestre de l’année 2011, les jeunes Français plébiscitaient – comment pourrait-il en être autrement ? – François Hollande. Le candidat socialiste recueillait alors 39 % d’intentions de vote parmi les 18-24 ans. L’ordre éternel des choses était respecté. Hélas ! Il est aujourd’hui sens dessus dessous. Et pourtant, le candidat socialiste n’avait-il pas fait – au départ – de la jeunesse le thème central de sa campagne ?

Tombé en début de semaine, la nouvelle a résonné comme un coup de tonnerre dans un ciel électoral atone : 26 % des 18-24 ans se déclarent prêts à voter pour Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, préférant la candidate frontiste à l’ensemble de ses concurrents. Comment en est-on arrivé là ? Quel démon s’est emparé de la jeunesse française ?

Le Front exorcisé

Cette popularité confirme d’abord, s’il en était besoin, que la stratégie de dédiabolisation mise en œuvre par le Front national a fonctionné.

Parmi les nouvelles générations, les digues morales qui retenaient leurs aînés de voter FN ont sauté. Plus avenante, la fille a dissipé le malaise que suscitait le père. Avec une redoutable habileté, elle a su parer une idéologie haineuse des mots de la République. La Reductio ad Hitlerum dont ont usé et abusé les adversaires du père est devenue d’autant moins opérante que l’histoire est désormais bien lointaine.

Les liens ambigus que l’extrême droite entretenait et entretient toujours avec son passé laissent de marbre les jeunes électeurs. La Seconde Guerre mondiale ? Elle remonte au temps de leurs arrière-grands-parents ! La guerre d’Algérie ? Elle s’est terminée il y a un demi-siècle !

Attention : jeunesse fragile

Loin des débats historiques, la popularité de Marine Le Pen parmi les jeunes nous alerte sur des problèmes bien actuels, à commencer par la violence avec laquelle la crise a frappé une partie d’entre eux. 25% des actifs de moins de 24 ans sont touchés par le chômage. Quant à ceux qui ont trouvé un emploi, ils devront souvent attendre plusieurs années avant de signer un contrat digne de ce nom. Or, un emploi stable est la condition sine qua non pour obtenir un logement. Pour beaucoup de jeunes, l’entrée dans la vie adulte, loin d’une libération, est une épreuve d’autant plus rude qu’elle contraste avec une enfance souvent hyperprotégée.

Les candidats extrêmes se nourrissent de ce paradoxe tocquevillien. Leurs solutions, simples et radicales, sont particulièrement bien reçues par la jeunesse française, dont le pessimisme, comme l’a montré la grande enquête de la Fondapol de 2011, bat des records mondiaux. Tout aussi « indignés » mais plus politisés que leurs homologues européens, les jeunes Français ont ainsi choisi plutôt que les manifestations la campagne pour dire leur colère.

La peur peut être jeune !

Ces difficultés sont particulièrement présentes parmi les jeunes des classes populaires et des classes moyennes inférieures, armée de réserve du Front national. S’y ajoutent dans certains quartiers, dans certains lycées, les problèmes d’insécurité, d’incivilité et de violence qui détériorent la vie quotidienne et poussent à la recherche de solutions radicales.

L’extrême droite prospère enfin et surtout sur le séparatisme « ethnique » croissant de nombreux jeunes issus de familles modestes, qu’il serait dangereux d’ignorer. A la revendication bruyante des différences encouragée par la contre-culture hip-hop, répond, dans un mimétisme tragique, le repli identitaire des jeunes « Gaulois », les fantasmes et l’inculture nourrissant les amalgames et la peur.

Phénomène totalement oublié dans le débat public, où l’on considère que la peur est l’exclusivité des « vieux » et où l’on oublie que les jeunes, du vol de portable à l’agression physique en passant par le harcèlement moral, sont les premières victimes de la délinquance.

Engagez-vous !

Face à cette crise à visage multiple, les jeunes réclament des solutions simples. Car loin du mythe irénique d’un « âge tendre » au cœur pur et aux idées larges, la jeunesse, en politique, se caractérise avant tout par son impulsivité.

Le militantisme en apporte la preuve à chaque campagne : quelles que soient les formations, les jeunes sont les plus idéologisés, les plus prompts à suivre leur champion, tant qu’il maîtrise l’art de les faire vibrer. Leur besoin d’engagement ne peut se satisfaire d’explications interminables sur la crise de l’euro et les moyens d’en sortir ou sur la nécessité d’équilibrer nos finances publiques. Ils exigent qu’on leur propose une cause à défendre.

C’est exactement ce que font les candidats des deux Fronts – qu’ils soient national ou « de gauche ». Irréalistes mais lisibles, approximatifs mais incarnés par des personnalités fortes, leurs discours ont l’attrait puissant des mystiques guerrières. Ils contrastent avec la timidité des partis de gouvernement, inhibés par les aléas de la crise actuelle.

A cet égard, la captation de la jeunesse par les extrêmes rappelle étrangement les années 1930, lorsque les ligues et le parti communiste se disputaient déjà les impatiences juvéniles.

Le Net, terrain de jeu des extrêmes

Fort heureusement, les jeunes ne s’affrontent plus guère dans la rue mais lui préfère le Net.

Or, les idées du Front national y sont particulièrement bien représentées. Sait-on que Fdesouche.com, dont le nom suffit à identifier ses préférences politiques, est le blog politique le plus consulté de France ? Cette présence du Front sur la Toile est sans doute une des raisons de la diffusion rapide de ses idées parmi les 18-24 ans.

Dans sa configuration actuelle, Internet est un outil inespéré pour l’extrême droite. Anonyme, il autorise le déchaînement d’instincts violents. Territoire d’immédiateté, d’hyperréactivité, il mobilise, à l’image du discours extrémiste, les pulsions davantage que la raison. Les fichiers les plus partagés seront ainsi les plus courts et ceux qui délivrent les émotions les plus intenses. Sur Youtube ou Dailymotion, la violence urbaine, les débats conflictuels (clashs), les déclarations scandaleuses sont ainsi particulièrement regardées.

Est-ce grave docteur ?

Pour reconquérir la jeunesse, les partis de gouvernement devront réintégrer à leur discours les deux dimensions, passionnelle et téléologique, qui manquent cruellement à la campagne actuelle. La charge émotionnelle, l’appel à l’engagement pour un projet global au service de valeurs bien identifiées sont les meilleurs moyens de retrouver le chemin du cœur des jeunes.

Le plus urgent est l’appropriation du numérique par les partis républicains qui, malgré leurs tentatives, ont échoué à s’implanter sur le Net. Qui se souvient des « créateurs de possibles » (UMP) ou de la « Coopol » (PS) ?

Comme la télévision, Internet obéit à une logique propre qu’il faut saisir pour occuper le terrain. Plutôt que de développer des plateformes onéreuses et inutiles car fermées sur elles-mêmes, ce sont des contenus, circulant librement sur la Toile, qu’il faut créer. L’objectif : susciter le débat, affirmer des idées fortes, rapidement identifiables et établir des clivages nets. C’est aussi à ce prix que l’on sera en mesure de disputer à l’extrême droite l’attention des jeunes électeurs

Mais plus encore, il faudra se souvenir que la jeunesse est d’abord le temps des opportunités. Et que c’est un discours positif, un discours crédible d’ouverture de ces opportunités, dans tous les domaines, qu’elle attend.



Alexis Benoist


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