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Politique

Élections 2012 : l’islam, du pain bénit pour le FN

Rédigé par Nadia Henni-Moulaï et Huê Trinh Nguyên | Mercredi 18 Avril 2012

Le FN, un parti fréquentable ? À l'approche des échéances électorales, le parti d’extrême droite ratisse large. Avec une cible en ligne de mire : les musulmans de France.



Le 17 avril, à J - 5 du premier tour de l'élection présidentielle 2012, Marine Le Pen galvanise ses troupes au Zénith, à Paris, devant 6 000 personnes. Elle est créditée de 16 % d'intentions de vote.
Le 17 avril, à J - 5 du premier tour de l'élection présidentielle 2012, Marine Le Pen galvanise ses troupes au Zénith, à Paris, devant 6 000 personnes. Elle est créditée de 16 % d'intentions de vote.
« L’ensemble de la viande qui est distribuée en Île-de-France, à l'insu du consommateur, est exclusivement de la viande halal », s’indigne la présidente du Front national, le 18 février. Bien que l’affirmation lancée à tout-va se soit avérée fausse (en volume, moins de 2 % de la consommation francilienne de viande est halal), Marine Le Pen rectifie, le 21 février, en estimant que sans étiquetage pour le consommateur « 100 % de la viande est suspecte ».

Un an après ses propos sur les prières de rue ‒ 10 rues concernées en France, tout au plus ‒, Marine Le Pen parvient de nouveau à jeter la suspicion dans l’espace médiatique, en agitant le fantasme de l’islamisation de la société, cette fois-ci par le biais de la nourriture. « L’instrumentalisation de la religion musulmane mais aussi de l’immigration constitue l’un des principaux ressorts de la campagne de Marine Le Pen », rappelle Sylvain Crépon, auteur de La Nouvelle Extrême droite (L’Harmattan, 2010).

Le rejet de l’islam, un consensus républicain ?

Et pour justifier la dénonciation d’un islam ennemi de la République, Marine Le Pen brandit un argument de manière aussi galvaudée que démagogique : la laïcité.

« Sous prétexte de la préserver, Marine Le Pen a mis en place une forme de xénophobie à visage humain », analyse le sociologue. S’en prendre aux Français musulmans est le plus sûr moyen d’arriver en tête des sondages. Lesquels montrent bien à quel point l’islam, envisagé comme une menace pour les valeurs républicaines, posent problème aux Français lambda.

En janvier 2011 (IFOP), « 40 % des Français considèrent l’islam comme une menace » et « 68 % jugent les musulmans mal intégrés dans leur société ». Tout au long de l’année, une série d’enquêtes vient abonder en ce sens. On apprend que « 76 % des Français pensent que l’islam progresse trop » (IFOP, nov. 2011). Autre point clé de l’enquête, « les Français plébiscitent à 81 % la valeur laïcité ».

Hold-up du FN sur la laïcité

Les résultats de ces sondages mettent bien en avant les ingrédients utilisés par Marine Le Pen pour dédiaboliser le Front national : stigmatisation de l’islam et défense pugnace de la laïcité.

Un filon surexploité alors même que la majorité des musulmans de France aspire à vivre à l’abri du tumulte médiatique. Or, il faut bien le dire : plus ils s’intègrent et deviennent de fait « invisibles », plus ils sont fantasmés et stigmatisés, inlassablement renvoyés à une image négative de l’islam. Au fond, un islam de France organisé, apaisé et respectueux des valeurs républicaines sonnerait le glas de « l’envahissement islamiste », brandi par Marine Le Pen… et bien d’autres.

Un vote moins social qu’islamophobe

« La préférence nationale est une discrimination légale et morale », ne cesse d’arguer la présidente du FN. Un discours qui trouve un écho favorable dans les milieux populaires « en proie à une sorte de désillusion », constate Sylvain Crépon.

Le monde ouvrier ne croit plus aux luttes sociales, tandis que les classes moyennes subissent le déclassement économique. « Création d’un ministère de l’Immigration et de la Laïcité », fermeture des frontières faisant passer de 200 000 à 10 000 le nombre d’entrées sur le territoire, suppression du droit du sol… les propositions de la candidate du FN jouent, comme à son habitude, sur les amalgames immigration-insécurité-islam pour emporter l’adhésion.

« La proposition de préférence nationale est là pour remédier à la casse sociale. Avec le FN, on se tourne vers la solidarité nationale sur un mode ethnique », souligne le chercheur. Un constat permettant de comprendre « le renouveau du vote frontiste chez les ouvriers ». Les électeurs de milieux populaires (dont le salaire mensuel atteint 1 250 € nets mensuels au maximum) représentent désormais 28 % de son électorat, soit près de 2,5 fois plus qu’en 2007 (IFOP, Fondation Jean-Jaurès).

Bien que Marine Le Pen tente de promouvoir un programme économique revisité en pourfendant un État libéral et capitaliste, les références sémantiques propres à la droite nationaliste ‒ ô combien nauséabondes ‒ sont toujours présentes dans le discours frontiste. Les électeurs seront-ils dupes ?





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