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Politique

Mélenchon : un « laïcard » favori des musulmans

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 20 Avril 2012

Jean-Luc Mélenchon est bien parti pour être le troisième homme de la présidentielle. Son charisme et l'image que dégage le chef du Front de gauche attirent l'attention des musulmans, qui sont de plus en plus nombreux à déclarer leurs intentions de voter en sa faveur le 22 avril. Si la forme plaît, Mélenchon saurait-il être apprécié dans le fond sur la laïcité ?



Mélenchon : un « laïcard » favori des musulmans
Jean-Luc Mélenchon est au plus haut de sa forme. Les sondages lui prédisent un bel avenir politique, puisque le leader du Front de gauche est donné comme le troisième homme sur lequel il faudra compter après le premier tour de l’élection présidentielle dimanche 22 avril, devant Marine Le Pen et François Bayrou. Jamais la gauche de la gauche, alliée aux communistes, ne s’est jamais autant bien portée ces dernières années dans la vie politique française à l’échelon national.

L’ancien cadre du Parti socialiste remporte même la faveur d’une grande partie des musulmans, qui le placent en pôle position dans leurs intentions de vote. Selon le sondage réalisé sur Saphirnews.com entre le 15 et le 20 avril auprès d’un panel de 1 045 lecteurs, 29,2 % (306 votants) ont déclaré vouloir donner leurs voix au leader du Front de gauche, allié avec le Parti communiste.

Une position de leader confirmée par d’autres sondages, dont celui qui a été lancé par l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93) avec 39,5 % des voix. Son image d’homme contestataire à même de faire bouger les lignes politiques plaît visiblement, tout comme son programme socio-économique qui casse une logique libérale et sa rhétorique anti-Le Pen et anti-Sarkozy.

Ses prises de position lors des « dérapages » de Claude Guéant et de la polémique du halal, qualifiée d’« histoire grotesque », avait ainsi été vivement appréciée. Marine Le Pen « veut nous faire croire que l'on attrape l'islam par le manger », avait ironisé le député européen, avant de fustiger une « extrême droitisation de la droite ». Lors de l’affaire Merah, il a déclaré vouloir « protéger les musulmans de la vindicte ».

Face à ces affaires, « le PS a eu une réponse molle alors que Mélenchon a tapé du poing sur la table en disant : "Vous nous emmerdez avec cette polémique", et ça, les musulmans l’ont entendu », commente M'Hammed Henniche, secretaire général de l'UAM 93.

Mais au-delà des beaux discours, ses positions de fond sur la laïcité peuvent-elles réellement être appréciées ?

Mélenchon, un défenseur de la laïcité à tout-va

En y regarder de plus près, il risque de faire déchanter plus d’un. Très attaché à la laïcité dans le sens très idéologique du concept, il s’est prononcé en février pour la proposition de loi « anti-nounous voilées » soutenue par le PS au Sénat. Un blog de soutien des musulman(e)s pour Mélenchon s’est même arrêté de fonctionner depuis cette prise de position, passée inaperçue mais que vient de relever Saphirnews.

Fervent défenseur de la loi de 1905, il se déclare notamment en faveur d’une extension de la laïcité dans tout établissement relevant d'une délégation de service public comme les crèches ou les maisons de retraite, ainsi que pour l’abolition du statut concordataire de l’Alsace-Moselle afin que la laïcité puisse être strictement appliquée sur tout le territoire français. Ce qui ne plaît guère aux communautés religieuses, particulièrement chrétiennes qui tiennent à garder cet avantage qui leur est conféré depuis 1801.

Mais, de la part de M. Mélenchon, rien de surprenant de ce côté, puisque ces idées ne sont pas nouvelles.

Un vote sanction contre Sarkozy

Toutefois, dans la logique du discours du « tout, sauf Sarkozy » qui se développe auprès des musulmans, M. Mélenchon récolte bien des intentions de vote, au détriment du Parti socialiste qui prend la seconde place de notre sondage avec 15,3 % d’intentions de vote. « Je suis plus pour Mélenchon. Mais, s’il vous plaît, réfléchissez bien et votez utile. Rappelez-vous ce qui s'est passé en 2002 lorsque Le Pen est passé au second tour. Cela pourrait se reproduire maintenant. S’il vous plaît, unissons-nous pour dégager Sarkozy ! », a réagi Ouahiba, une des participantes au sondage.

Mais à chacun sa définition du « vote utile ». Le Front de gauche appelle aussi à voter « utile » pour lui, le 22 avril, avec le doux rêve d’un « 21 avril » revisité qui marquerait la fin de l’ère Sarkozy et de la progression du Front national.

Plus terre à terre, l'autre Front espère surtout une médaille de bronze au premier tour afin que les socialistes saisissent le poids de ses idées. Une alliance « républicaine » avec le PS est déjà envisagée pour le second tour pour « virer » ensemble la droite.

Mais la menace de l'abstention plane sur les élections. Reste à voir si les électeurs − musulmans compris − réagiront aux appels à la participation électorale.






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