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Politique

Présidentielle : le vote juif toujours acquis à la droite sarkozyste ?

L'électorat juif dragué par le PS

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 18 Avril 2012

Les électeurs juifs sont très participatifs et l’idée selon laquelle leur vote est acquis à la droite sarkozyste est largement répandue. Mais si Nicolas Sarkozy a bien bénéficié de leur vote en 2007, les juifs voteront-ils pour autant à droite le 22 avril et le 6 mai ? Le rendez-vous politico-médiatique qu’est le dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), auquel ont participé en février Nicolas Sarkozy et François Hollande, a relancé le débat quant à l’orientation politique de la communauté juive.



Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont furtivement croisés au dîner du CRIF en février dernier.
Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont furtivement croisés au dîner du CRIF en février dernier.
Les juifs de France ne comptent que pour moins de 1 % de la population. Mais ils votent massivement, ce qui leur donne en partie un rôle politique considérable compte-tenu de sa démographie. Tout le contraire de la population musulmane, dont on estime son nombre à cinq ou six millions de personnes et qui s’est caractérisée jusque là par une forte abstention et l'hétérogénéité de ses choix électoraux.

Toutefois, « parler d’"un vote juif" sous-entend que le comportement électoral de cette population serait très homogène et monocolore. Or, les données dont on dispose montrent que, si la droite bénéficie d’une large assise dans cet électorat, les autres familles politiques y sont également représentées », analyse le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), jugeant le vote juif « fantasmé » [à télécharger plus bas].

Les juifs restent cependant réticents aux votes des extrêmes, aussi bien du Front national – qui ne ménage pas ses efforts pour les séduire au-travers de rencontres de responsables israéliens et de visites dans l’Etat hébreu - que celui de l’extrême gauche, qui ne manque pas d’afficher régulièrement son soutien aux droits des Palestiniens.

Le soutien (ou pas) à Israël détermine leur choix

Au-delà des trajectoires de vie individuelles, la position des candidats à l’égard d’Israël et leur fermeté contre l’antisémitisme restent des variables déterminantes dans le choix politique des juifs de France. Deux préoccupations qui ne relèvent pas du fantasme.

« Le succès rencontré par Nicolas Sarkozy en 2007 dans cette population tient sans doute au fait, qu’hormis des liens tissés de longue date avec cette communauté, notamment en Île-de-France, il ait su tenir un message s’inspirant davantage de la tradition et de l’héritage atlantiste et pro-Israël du Parti républicain et de Démocratie libérale (DL) », selon le CEVIPOF. Alain Madelin, ancien chef de DL ayant rejoint les rangs de l'UMP à sa création, avait d'ailleurs bénéficié, au premier tour de la présidentielle de 2002, d'un plus grand soutien des juifs (21,5 %) que Jacques Chirac, « réputé plus pro-arabe » (14,4 %). Celui-ci avait même bénéficié d’un moindre appui de leur part que Lionel Jospin (19,7 %).

Aucune étude sur les intentions de vote des juifs n’a été faite cette année, contrairement aux catholiques et aux protestants, bien plus nombreux. Toutefois, si l’analyse des orientations politiques de l’électorat juif montre que Nicolas Sarkozy a jouit d’un large soutien de leur part en 2007 et qu’il pourrait bien en bénéficier le 22 avril grâce sans doute à « la composition sociologique de cet électorat, où les CSP réputés plus favorables à la droite sont sur-représentées », le jeu électoral est « plus ouvert » cette fois.

« À la veille de l’élection présidentielle, une majorité de personnes se déclarant de confession juive se dit donc aujourd’hui mécontente de Nicolas Sarkozy, rendant le jeu électoral plus ouvert qu’en 2007 dans cette catégorie de la population », fait-on savoir.

Le PS drague l’électorat juif

Leur « fort tropisme droitier » ne s'accompagne en effet pas d'un rejet du PS. Dans cette optique, François Hollande courtise activement l’électorat juif pour espérer les faire revenir sous le giron socialiste. « Différents travaux de recherche ont montré le soutien marqué de l’électorat juif pour la gauche à la fin des années 70 et lors de la présidentielle de 1981 », qui a vu triompher François Mitterrand face à une droite à l’époque héritière du général De Gaulle et d'une politique « pro-arabe ».

Le candidat socialiste, appelé par des membres à prolonger la politique mitterrandienne envers Israël, a ainsi donné des garanties quant à son soutien à l'Etat hébreu lors du dîner annuel du CRIF et s’est entouré d’amis déclarés à Israël tels Manuel Valls, promu directeur de sa communication, tout en assurant garder une position « équilibrée » sur le Moyen-Orient.

Si le cœur des Français pro-israéliens de confession juive balance entre « la France forte » et « le changement », une partie de cette communauté n’entend pas se laisser enfermer dans ces deux formations politiques à l’image des sympathisants de l’Union juive française pour la paix (UJFP), militant activement pour une paix juste et durable au Proche-Orient. Une minorité dont devrait profiter l'extrême gauche mais qui ne saurait peser lourd au sein de cet électorat.





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