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Histoire

Une Histoire qui torture : la guerre d’Algérie sur grand écran

Rédigé par Mounir Benali | Lundi 17 Octobre 2011

1954-1962. Une période, celle du conflit franco-algérien, et un trauma, qui fut lourd et difficile à retranscrire sur pellicule. Une plaie toujours ouverte que le cinéma a investie.



Contrairement aux idées reçues avancées par certains journalistes critiques de cinéma qui affirment que le cinéma français n’a pas osé se confronter à la mémoire du conflit algérien, on rencontre pourtant une filmographie riche, engagée mais trop souvent dénigrée, qui émerge dès le début des années 1960 ; autrement dit, en pleine guerre d’Algérie ou ce qui était officiellement dénommée « crise algérienne » par l’État français.

Ce fut le cas avec le subliminal Ascenseur pour l’échafaud (1958), de Louis Malle, qui transmettra le flambeau à des œuvres plus affirmées : Adieu Philippine (1960), de Jacques Rozier, Le Petit Soldat (1960), de Jean-Luc Godard, et Le Combat dans l’île (1961), d’Alain Cavalier.

Ces films ancrés dans le réel abordent de front le déchirement entre Français et Algériens, en y apportant un angle clairement politique : dénonciation de la torture, désertions et trauma des soldats ayant pratiqué ou vu l’horreur d’une guerre qui ne dit pas encore son nom.

D’un cinéma passionné...

L’audace cinématographique va à contre-courant d’une censure omniprésente, chargée de préserver une IVe République déjà bien lézardée par ces « événements d’Algérie », autre terme utilisé par les politiques de l’époque.

À ce propos, Godard verra la sortie de son film retardé de trois ans. Le film d’Alain Resnais Muriel (1963) tente courageusement d’éveiller l’opinion sur les viols commis sur des jeunes filles algériennes. Jacques Demy immortalise cette période avec son œuvre bouleversante Les Parapluies de Cherbourg (1964), une histoire d’amour douloureuse, avec le spectre de la guerre d’Algérie en arrière-plan.

Cette mouvance militante se poursuit dans les années 1970. Cette volonté de continuer la lutte s’explique par une période contestataire plus large, liée à l’envie de s’inscrire dans une liberté des mœurs souhaitée par une génération née après la Seconde Guerre mondiale, hostile à la violence et aspirant à la paix. Élise ou la Vraie Vie (1970), de Michel Drach, raconte l’impossible idylle entre une Française et un jeune Algérien. Et Avoir 20 ans dans les Aurès (1972), de René Vautier, traite de la métamorphose de soldats pacifistes, devenus de véritables machins à tuer une fois envoyés dans le maquis algérien.

La passion et le militantisme ont formé la genèse de ces films partisans, ils seront suivis, trente ans plus tard, par des films à la vision plus complexe, au traitement plus objectif de la guerre d’Algérie.

... à un cinéma plus serein

A contrario des périodes précédentes, les années 1980 et 1990 révèlent une certaine lassitude, voire une (auto)censure, conduisant à l’oubli en matière de réflexion politique sur grand écran.

Il faut attendre le début des années 2000 pour voir renaître un certain intérêt des Français pour leur Histoire passée. Le cinéma effectuera son introspection historique pour s’interroger sur les plaies de la guerre d’Algérie.

Le XXIe siècle est celui des esprits apaisés, prompts à saisir les tenants et les aboutissants de la présence française en Algérie. La Trahison (2005), de Philippe Faucon, L’Ennemi intime (2006), d’Emilio Siri – œuvre s’interrogeant sur le sens du conflit franco-algérien –, et Mon Colonel (2006), de Laurent Herbier – réflexion sur la torture utilisée à des fins politiques –, films tournés en Algérie, incarnent avec justesse ce processus réflexif.

Le petit écran, quant à lui, n’hésite plus à aborder le conflit : Alain Tasma réalise Nuit noire (2005), qui revient sur la bavure étatique du 17 octobre 1961, et Harkis (2006), incarné par Smaïn et Leïla Bekhti dans les rôles principaux.

Contrairement à certains hommes politiques qui regardent dans le rétroviseur l’Histoire coloniale de manière nostalgique, les cinéastes du nouveau millénaire ont fait le choix d’utiliser le périscope de l’avenir pour faire de cette Histoire notre devoir de mémoire.


Première parution de cet article dans Salamnews, n° 31, octobre 2011.