Société

Pour leurs 25 ans, les Scouts musulmans de France veulent raviver la flamme de l’espoir

Rédigé par Samba Doucouré | Mardi 19 Janvier 2016 à 10:05

Les Scouts musulmans de France (SMF) ont célébré leurs 25 ans vendredi 15 janvier lors d’un grand colloque organisé au Collège des Bernardins, à Paris. Un anniversaire marqué par les débats sur la réponse musulmane à apporter aux attentats de 2015. Retour sur les moments forts de la journée.



Les Scouts musulmans de France ont renouvelé leur promesse au colloque organisé le 15 janvier à Paris, à l'occasion de leur 25e anniversaire.
« Dans ce monde de plus en plus obscur, on a besoin de votre lumière. » C’est ainsi qu’Hubert du Mesnil, directeur du Collège des Bernardins s’est adressé aux Scouts musulmans de France (SMF) lors de son discours inaugural, à l’occasion de leur 25e anniversaire.

Très tôt, le ton est donné avec le premier thème de la journée : « Qu’est-ce que les SMF peuvent apporter pour contrer la dérive terroriste ? » Le cheikh Khaled Bentounes, guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, a rappelé le contexte de l’apparition des SMF dont il est le fondateur. « C’était pendant la première guerre d’Irak dont nous subissons encore aujourd’hui les conséquences. Durant nos 25 ans, nous avons réussi à faire naître la Flamme de l’espoir. », raconte-t-il. « Aujourd’hui, ma question est : comment transmettre le flambeau à la jeunesse ? »

Se forger des valeurs par l'expérience

Présente au colloque, la présidente de la Fédération du scoutisme français, Elsa Bouneau, est revenue sur la mission originelle de son mouvement. Elle rappelle qu’en 1907 Baden Powell, un militaire britannique, créa la première opération de scoutisme afin de s’occuper des jeunes démunis en proie à la délinquance. « Comment ne pas y voir une ressemblance avec la situation actuelle ? », s’interroge-t-elle. Abdelhak Sahli va dans le sens d’Elsa Bouneau. L'actuel président des SMF fut un des jeunes scouts formés par Khaled Bentounes. « Quand on est jeune, on a une quête de sens. Le scoutisme m’a aidé à grandir, à rencontrer énormément de monde », explique-t-il.

Le scoutisme propose, par l’intermédiaire du travail collectif, d’ériger un cadre pour les jeunes. Foad Khatir, membre du Conseil national des SMF, prévient cependant que le rôle n’est pas de faire de l’instruction : « Nous sommes un mouvement éducatif, mon rôle va être de pousser les jeunes à chercher les réponses. »

Un propos auquel s'accorde Dominique Bénard, ancien secrétaire général de l’Organisation mondiale du mouvement scout. « Les valeurs ne se transmettent pas. C’est par l’expérience que les jeunes apprennent et se forgent des valeurs », déclare-t-il au cours de son intervention. Il déplore par ailleurs que, dans la société actuelle, les jeunes soient de plus en plus livrés à eux-mêmes et ne soient plus aidés à devenir des adultes. Selon lui, les difficultés que traverse la jeunesse lors des quatre passages importants de la vie qu’est l’accès à la santé, au mariage, à l’emploi et à la citoyenneté sont à l’origine de la crise sociale.

« Il nous faut fabriquer du commun »

Danielle Mérian en guest star du 25e anniversaire des SMF
Le second fil conducteur de la journée était la fraternité et le respect mutuel. Depuis les attentats de Paris, elle est la personnalité qui incarne le mieux ce thème : Danielle Mérian est l’invité surprise de l’anniversaire des Scouts musulmans de France. Cette ancienne avocate avait fait sensation en adressant un message de fraternité à ses compatriotes musulmans lors d’un micro-trottoir en novembre 2015. Auprès des SMF, elle justifie ainsi sa présence : « Je viens ici avec plaisir d’autant plus que j’ai toujours considéré que l’école des scouts était la meilleure des écoles, mes enfants y ont passé des années, ma fille chez les protestants et ma fille chez les catholiques. J’adore l’œcuménisme. »

Ce 25e anniversaire a reçu un large soutien du gouvernement puisque des messages émanant du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Ville ont été lus. Gilles Clavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA) a aussi fait le déplacement, rappelant à l’auditoire que ce colloque a été organisé sous le haut patronage du président de la République. « Il faut que les pouvoirs publics soient présents pour soutenir et encourager la jeunesse, les agents de l’Etat sont disponibles et à l’écoute pour faciliter les projets : il n'y a pas d'incompatibilité entre ce qu’un mouvement spirituel peut incarner et la République laïque », entend-il souligner.

Aussi fut remarquée la présence de Jean-Louis Bianco. Le président de l’Observatoire de la laïcité, en proie à des tensions, adresse un message fort envers les communautés religieuses : « L’une des solutions est la fraternité, surtout dans ce contexte de crispation face à toute manifestation visible du religieux. Il nous faut fabriquer du commun. »

Enfin, l’une des interventions remarquées de la journée aura été celle de Mohamed Bajrafil. L’imam de la mosquée d’Ivry-sur-Seine, en région parisienne, s’est appuyé sur les sources religieuses pour défendre la diversité religieuse et culturelle partout dans le monde : « A Palmyre, les compagnons du Prophète ne s’en sont jamais pris aux stèles, pareil pour les statues de Bouddha en Afghanistan car ils respectaient la foi des autres. »

Le colloque se clôt par la montée sur scène des Scouts musulmans de France qui ont alors renouvelé leur promesse, la main levée, le pouce sur l’auriculaire afin que « le fort protège le faible ».