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Sur le vif

Pécresse et Bartolone s'écharpent... sur des propos fictifs de Tariq Ramadan

Rédigé par | Vendredi 30 Octobre 2015



Pécresse et Bartolone s'écharpent... sur des propos fictifs de Tariq Ramadan
Tariq Ramadan aurait, sans aucun doute, souhaité ne jamais être cité, surtout pour lui prêter des propos qui ne sont pas les siens. Depuis dimanche 25 octobre, les propos de Claude Bartolone faisant référence au professeur d'études islamiques à Oxford sont l’objet d’une vilaine polémique entre le président de l’Assemblée nationale et sa rivale Les Républicains Valérie Pécresse. Explications.

Après son passage à Radio J, le candidat PS aux régionales d’Ile-de-France a été accusé de prendre pour « boussole » l’intellectuel musulman sur la question de « la montée du salafisme, de l’islamisme radical et éventuellement du jihadisme dans certains quartiers ».

Ce n’est pourtant pas ce que Claude Bartolone a déclaré. « Il faut savoir raison garder. Qu’il y ait des poches qui existent – et il faut les combattre – c’est vrai. Il y a une phrase que j’ai toujours en tête et qui me sert de boussole dans mon engagement politique. C'est celle issue de la pensée de Monsieur Ramadan qui tenait ce discours en direction des enfants issus de l'immigration : "Vous ne serez plus jamais Sénégalais, Marocains, Algériens, Tunisiens, Égyptiens mais vous ne serez jamais Français donc vous êtes musulmans." Et il leur présente cette idée d’appartenir à une religion – ce que permet, et heureusement, un État laïc – comme une identité de substitution », a-t-il affirmé.

Avant d’ajouter : « Et là il faut y être très attentif. C’est là où je renvoie à ces questions de politique de la ville. Quand vous constatez les discriminations à l’embauche, (…) lorsque vous constatez cette reproduction des élites qui donne l’impression à un certain nombre d’enfants que, quel que soit leur mérite, en fonction de leur adresse, de la couleur de leur peau ou du pays d’origine de leurs parents, ils ne connaîtront jamais l’égalité réelle, il peut y avoir ce genre de mouvement, de se reconnaître dans une identité religieuse. Mais c’est extrêmement minoritaire. »

Une polémique stérile sur des propos fictifs

Cette seconde partie de phrase a été zappée des rivaux de Claude Bartolone qui ont fait circuler l'idée que le candidat PS prenait Tariq Ramadan pour référence, tel le mal incarné à leur yeux. « Ma boussole c'est la République, où les droits des femmes ne sont pas négociables ! », a écrit dès dimanche Valérie Pécresse dans un tweet, qui en relaye un autre signé Didier Geoffroy. « Bartolone déclare avoir pour "boussole" Tariq Ramadan. Celui qui se contentait d'un "moratoire" de la lapidation des femmes », a lancé le porte-parole de la candidate. En réponse, Claude Bartolone a décidé de porter plainte contre lui pour diffamation... La politique, ou l'art ici de transformer des propos pour en faire une « affaire » qui n'est, de fait, qu'une polémique futile de plus empoisonnant la campagne électorale en Ile-de-France.

Mais, au fait, Tariq Ramadan a-t-il vraiment déclaré ce que Claude Bartolone lui impute ? Non. Le candidat socialiste s'est fourvoyé puisque le professeur n'a jamais tenu de tels propos. Ce dernier n'a eu de cesse, dans ses discours, d'appeler les musulmans d'Europe, et de France en particulier, à vivre pleinement leur citoyenneté, sans pour autant rogner sur leur identité religieuse.

Un discours qui fait écho à son dernier ouvrage « Etre occidental et musulman aujourd'hui » (Presses du Châtelet, 2015) qui « appelle les musulmans à assumer le "troisième âge" de leur présence institutionnelle en Occident pour s’engager lucidement et courageusement, avec leurs concitoyens, autour de projets d’ouverture qui dépassent la seule référence islamique ». Ce point fait, force est de constater que ce sur quoi s'écharpent droite et gauche en Ile-de-France ne s'appuie sur aucune réalité tangible.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur