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Sur le vif

Booba à Charlie Hebdo : « Dans la vie, il faut assumer ses choix »

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 15 Avril 2015



Booba à Charlie Hebdo : « Dans la vie, il faut assumer ses choix »
L'interview de Booba accordée au Parisien a déclenché une vive polémique lundi 13 avril, au point où le syndicat France Police, minoritaire au sein de la police nationale, a annoncé dès le lendemain avoir porté plainte contre le rappeur pour « apologie du terrorisme ».

« En quoi Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro et Clarissa Jean-Philippe ont-ils joué avec le feu ? Par ses déclarations, Booba justifie la légitimité des actes terroristes commis par les frères Kouachi, Ahmedy Coulibaly et leurs complices en affirmant qu'il faut assumer », a réagi le syndicat.

Qu'a bien pu dire le rappeur français à la presse ? Actuellement en France pour la promotion de son nouvel album « D.U.C. », l'artiste, qui vit à Miami, a déclaré qu’il n’était « ni Charlie, ni pas Charlie. Je comprends l'indignation des gens, je comprends aussi l'indignation de certains musulmans qui ont eu le sentiment d'être insultés par un journal, même si je ne cautionne pas de tels actes terroristes. Mais "Charlie Hebdo" a pris des risques. Quand tu t'attaques à une religion, tu sais que des extrémistes peuvent réagir ainsi. Il ne faut pas être surpris ».

Et d'enfoncer le clou : « J'étais étonné que ça ne soit pas passé avant, parce que ce n'est pas la première fois qu'ils avaient fait des représentations du Prophète. (...) Dans la vie, il faut assumer ses choix. Si tu habites en Australie dans une plage infestée de requins blancs et qu'on te le dit, que tu le sais et que tu continues à te baigner tous les jours, le jour où tu te fais croquer par un requin blanc il faut assumer. Je ne cautionne ni l'un ni l'autre, mais je comprends les deux parties. » « Ai-je une gueule à m’appeler Charlie ? Réponds-moi franchement. T’as mal parlé, tu t’es fait plomber. C’est ça la rue, c’est ça les tranchées », chante-t-il dans un des morceaux de son nouvel album.

Comprendre sans cautionner, une position incomprise

« Charlie, quand on joue avec le feu, on se brûle », dit le rappeur encore lors de l'interview, pendant laquelle il rappelle qu'il est musulman « mais pas pratiquant ». « J'ai un problème avec les écrits qui te disent, "Fais ci, fais ça". Dieu, pour moi, c'est autre chose », estime-t-il.

Patrick Pelloux, chroniqueur à Charlie Hebdo qui a échappé de peu à l’attentat, a vivement réagi. Selon l’urgentiste, le rappeur « ferait mieux de chercher l’intelligence plutôt que de chercher à justifier les terroristes et de se mettre du côté de ceux qui ont tué des femmes, des enfants, des dessinateurs, des journalistes, des ouvriers, des musulmans, des juifs », a-t-il dit. Il avait alors twitté mardi : « Le rap et le hip-hop ne peuvent pas se laisser aller à une radicalisation et soutenir le terrorisme La culture est toujours la victime des nazis. »

L’artiste au ton provocateur, dont on se souvient de son clash mémorable avec Tariq Ramadan sur les réseaux sociaux lors de l’opération militaire israélienne en été 2014 – un épisode qui avait alors fait du mal à l'image du rappeur sur la Toile –, se voit aussi attaqué par des cadres de l'UMP qui appellent à des poursuites pour « apologie au terrorisme » bien que Booba déclare ne pas cautionner le terrorisme. Trois mois après les attentats, la liberté d'expression des « Je ne suis pas Charlie » demeure menacée par des poursuites.

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