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Economie

Abattoirs mobiles : « LA » solution ?

Aïd el-Kébir 2009

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 28 Octobre 2009 à 00:00

           

Le compte à rebours est lancé : à un mois de l'Aïd el-Kébir, des milliers de musulmans ne savent toujours pas où effectuer le sacrifice rituel du mouton. Pour éviter qu'ils ne soient tentés de recourir à l'illégalité, le conseil général de Seine-Saint-Denis et les instances du CRCM pensent avoir trouvé la solution.



Abattoir mobile aux États-Unis. En France :  baignoires ou abattoirs ?
Abattoir mobile aux États-Unis. En France : baignoires ou abattoirs ?
L'Aïd el-Kébir, qui sera célébré par des millions de musulmans le 28 novembre de cette année, se prépare déjà par les professionnels de l'abattage rituel et les municipalités. Car si certaines villes sont équipées du nécessaire, d'autres ont moins de chance et doivent chaque année batailler pour trouver une solution aux milliers de musulmans soucieux de sacrifier leur bête en toute légalité et dans des conditions d'hygiène respectables.

Selon une source proche du Ministère, les abattoirs temporaires seraient au nombre d'une quarantaine sur tout le territoire. La note de service de la Direction générale de l'alimentation indique que leur nombre « est en constante augmentation d’une année sur l’autre depuis 2004, alors que les capacités des abattoirs pérennes sont loin d’être atteintes lors de la fête de l’Aïd al-Adha ».

Et la crise sanitaire actuelle − grippe A − ne facilite pas la situation : les inspecteurs vétérinaires chargés de faire le tour des sites d'abattage, déjà peu nombreux par rapport à la demande, pourraient voir leur effectif diminuer.

Une alternative légale

Fin 2001, un arrêt du Conseil d'État limitait la pratique du sacrifice musulman aux seuls abattoirs, interdisant de ce fait l'abattage des moutons en « plein air ».

Bémol : ces abattoirs sont en général situés loin des villes, dans les régions de production animale, laissant la plupart des départements de la région parisienne sans abattoirs. La solution ? « L'achat d'un abattoir mobile », en conclurent des responsables musulmans et des élus municipaux.

En 2004, les villes de Pantin et Évry en faisaient la première expérience. Peu concluante, elle fut la dernière, et les milliers de familles musulmanes doivent se résoudre malgré elles à la clandestinité, comme autrefois.

Actuellement, une nouvelle tentative est en cours, cette fois en Seine-Saint-Denis, département francilien comptant le plus de musulmans en Île-de-France (environ 450 000 personnes). Mais si le conseil général de Seine-Saint-Denis a donné son accord, en signant une convention de cinq ans avec le Conseil régional du culte musulman (CRCM), l'aire des Vents du parc départemental de la Courneuve n'est pas moins sûre de voir venir dès cette année son abattoir mobile.

La transmission du dossier de demande d'agrément par l'exploitant doit être déposé au minimum deux mois avant le début de l'activité. Or celui-ci vient tout juste d'être remis à la préfecture, pour agrément par les services vétérinaires. Un retard dû à la difficulté de trouver l'exploitant, autrement dit un boucher agréé volontaire.

« Nous avions recensé six opérateurs et, en fin de compte, un a répondu aux conditions du projet », nous explique Khaled Bouchama, chargé du dossier abattage au sein du CRCM Île-de-France-Centre. Le coût d'une unité d'abattage mobile est sans doute l'obstacle le plus important, car l'opérateur doit être sûr de rentrer dans ses frais.

L'abattoir temporaire − les abattoirs temporaires, à la différence des abattoirs mobiles, étant des abattoirs permanents qui se transforment en abattoirs « halal » pour la période de l'Aïd − mis en place à Évry (Essonne) depuis 2007 commence à devenir rentable. Le coût total de l'opération s'est élevé à 300 000 euros, dont 200 000 euros pris en charge par le ministère de l'Agriculture.

Les moutons préfèrent l'abattoir mobile plutôt que la « baignoire »

Contacté par Saphirnews, une source proche du Ministère affirme ne pas encore avoir été informée de ces démarches d'achat d'un abattoir mobile en Seine-Saint-Denis.

Si le projet aboutit et se pérennise, d'autres pourraient voir le jour dans les années futures. Un véritable challenge, donc, pour cette initiative, soutenue par le conseil général de Seine-Daint-Denis et défendue par le préfet Nacer Meddah. L'abattage, qui se déroulerait sur trois jours, concernerait quelque 1 300 bêtes − seulement ! −.

Aux États-Unis comme en Australie et autres pays dans le monde, les abattoirs mobiles sont fréquemment utilisés et mis chaque année à disposition des musulmans lors des fêtes de l'Aïd al-Adha. Tant que de telles mesures ne sont pas encouragées en France, les éventuels risques sanitaires dus aux pratiques illégales du sacrifice et les « moutons égorgés dans la baignoire » resteront de la responsabilité de l'État...






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