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Religions

Nouvelles mosquées de France, miroir de l'évolution sociale des musulmans

Rédigé par Leïla Belghiti | Lundi 5 Juillet 2010

Les week-ends de juin, ce fut Journées portes ouvertes pour plus d'une mosquée en France. Ainsi, à Montreuil, où la nouvelle mosquée s'est présentée aux curieux sous sa forme architecturale presque définitive, ou encore à Massy, à Nantes et à Strasbourg. Les nouvelles mosquées de France sont à l'image de la générosité de ses donateurs. Le financement de la mosquée déclarée illégale d'Alfortville relance le débat, pourtant depuis longtemps réglé par une large majorité de responsables musulmans : faut-il ou non changer la loi de 1905 ?



Trois ans et demi après la pose de la première pierre, les Montreuillois ont enfin pu voir le bâtiment érigé de la Grande Mosquée de Montreuil, dimanche 27 juin. Coût du projet : 2 350 000 euros.
Trois ans et demi après la pose de la première pierre, les Montreuillois ont enfin pu voir le bâtiment érigé de la Grande Mosquée de Montreuil, dimanche 27 juin. Coût du projet : 2 350 000 euros.
Samedi 26 juin, la première pierre de la future mosquée de Massy (Essonne) a été officiellement posée, sous les regards bienveillants d'une centaine de fidèles et d'élus locaux. « Nous avons été patients et avons été récompensés », s'émeut Tama Samake, secrétaire général du Conseil des musulmans de Massy (CMM). Le chantier est prévu pour durer trois ans.

Une semaine plus tôt, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), « entre 500 et 600 » riverains ont pu découvrir un bâtiment d'une superficie de 2 150 m² répartis sur deux étages et pouvant accueillir jusqu'à 1 300 personnes, selon Majed Osman le secrétaire général de l'association.

Un parking est prévu à l'arrière du bâtiment, de sorte que la circulation ne soit pas gênée aux heures de grande pointe, notamment le vendredi. Le minaret, bien entendu ne verra pas de muezzin grimper à son sommet ; l'appel à la prière se fera à l'intérieur de la mosquée, de sorte que seuls les fidèles présents puissent l'entendre.

La première phase du gros œuvre bientôt terminée, la seconde durera environ un an, mais entre-temps, les fidèles pourront y prier, « peut-être même durant le mois de ramadan 2010 », espère M. Osman.

Le 30 juin, la bonne humeur régnait au Centre Tawhid, à Saint-Denis : le contrat de vente du local, dont il était pendant plus de quinze ans locataire, a enfin été signé. Pour récolter la somme de 1 million d'euros nécessaires à l'achat, appels aux dons, conférences et dîners de soutien (la dernière sur une péniche parisienne) ont fait partie de la stratégie de fundraising du Centre pendant près d'un an. Un succès. La rénovation des lieux « devenus trop exigus » selon les responsables, pourra donc bientôt démarrer, à commencer par la mosquée du Centre, qui accueille près de 1 700 personnes le jour du vendredi.

Les mosquées visent la modernité

Qu'on se le dise, fini le temps des mosquées-caves ou des mosquées-entrepôts : les musulmans voient grand. Outre les salles de prière et les classes d'« école arabe », ce sont de nouvelles aspirations qui éclosent pour rendre à la mosquée sa dimension spirituelle mais aussi intellectuelle et sociale.

Ainsi, des salles de conférences en bonne et due forme font leur apparition sur les plans de la future Grande Mosquée de Strasbourg ; à Villeneuve-d'Ascq (Nord), on pense à une salle de sport ; ailleurs, à un espace informatique, à une crèche, à une piscine...

« Des projets ambitieux ont vu le jour », déclarait Mohammed Moussaoui, président du CFCM lors de l'inauguration de la mosquée d'Argenteuil en présence de François Fillon, lundi 28 juin. « À commencer par la Grande Mosquée de Marseille : un bail emphytéotique de 50 ans a été conclu avec la mairie de Marseille », sur un terrain de 8 600 m². La mosquée pourra accueillir jusqu'à 5 000 fidèles.

« L’espace total alloué, en France, au culte musulman en 2005, était de l’ordre de 250 000 m². Selon des statistiques, 850 000 fidèles (soit 17 % de la population musulmane de France) participent à la prière hebdomadaire du vendredi. À raison de 1 m² pour chaque fidèle, il en faudrait au total 850 000 m² pour les accueillir dans de bonnes conditions. C’est dire qu’il faudrait, au moins, doubler la surface dont dispose actuellement le culte musulman pour faire face à la demande à laquelle il est confronté », précise le président du CFCM.

Les projets ne manquent donc pas. Et s'ils progressent aujourd'hui à une vitesse d'escargot, ils seront dans une quinzaine d'années ancrés dans les habitudes et des architectes et des fidèles musulmans mais aussi de leurs concitoyens, suivant la courbe d'évolution et d'épanouissement social des musulmans de France.

Indépendance financière

Faut-il changer la loi de 1905 qui interdit le financement des lieux de culte par l'État ? « Non », entend-on dire unanimement. « La loi, telle qu'elle est, nous convient et n'a pas besoin de changer », estiment les responsables et intellectuels musulmans, à l'instar de Tariq Ramadan.

Quelque 2 000 mosquées et lieux de prière existent en France pour une population musulmane estimée à 5 millions d'individus, pas tous pratiquants. Toutes ont été financées par les fidèles... ou presque.

Octobre 2006, la ville d'Alfortville a alloué des fonds pour la construction d'un lieu d'accueil au bénéfice d'une association algérienne, d'un coût total de 700 000 euros. Des élus de l'opposition s'enquièrent du plan du futur local associatif et s'aperçoivent qu'il s'agit d'aménager, entre autres, une salle de prière. Un recours est déposé devant le tribunal administratif, qui tranchera, quatre ans plus tard, en 2010, que le financement par la mairie est bien illégal. « J’ai aidé toutes les communautés à pratiquer dignement leur culte. Personnellement, je suis athée et donc très à l’aise sur le sujet. Mais je ne peux pas accepter de rendre visite à des gens qui prient dans une cave », se défend René Rouquet, le député maire (PS) d’Alfortville.

Mais il s'oppose tout de même à un changement de la loi de 1905 : « Non, je n’y suis pas favorable. Si on modifie cette loi, partout on nous demandera de construire des lieux de culte. Je pense qu’il faut s’adapter aux situations locales et veiller à la sécurité des citoyens ». « L’avantage, c’est que le bâtiment (la mosquée, ndlr) appartient à la mairie, on a un droit de regard, on peut voir ce qu’il s’y passe », estime René Rouquet, dans France-Soir.

Pour éviter ces désagréments, Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud et président du CRCM Nord-Pas-de-Calais, plaide dans ses prêches pour une « autonomie financière totale ». À Villeneuve-d'Ascq, à Strasbourg, comme à Nantes et à Montreuil, on mise sur la générosité des fidèles durant le mois du Ramadan, mois sacré de jeûne, de partage et de don.







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