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Points de vue

Présidentielle 2017 : est-il encore temps d’éviter le désastre ?

Rédigé par Fatima Adamou | Mardi 7 Mars 2017



Photo extraite de l’excellent film « Chez nous », de Lucas Belvaux, qui narre la stratégie d’implantation locale et de dédiabolisation d’un parti extrémiste et nationaliste aux ramifications nazies non avouées. A travers ce film est décrit le pouvoir de séduction qu’exerce un tel parti aux relents frontistes, qui se dit « ni de droite ni de gauche »… (Photo © Synecdoche / Artémis Productions)
Photo extraite de l’excellent film « Chez nous », de Lucas Belvaux, qui narre la stratégie d’implantation locale et de dédiabolisation d’un parti extrémiste et nationaliste aux ramifications nazies non avouées. A travers ce film est décrit le pouvoir de séduction qu’exerce un tel parti aux relents frontistes, qui se dit « ni de droite ni de gauche »… (Photo © Synecdoche / Artémis Productions)
Une femme présidente ! La France est en passe de marquer doublement son Histoire : une femme et le patronyme Le Pen à l’Élysée. Ce n’est pas sans importance. N’en déplaise à celles et à ceux qui, fatigués de la classe politique, sont tentés d’« essayer » le Front national et à celles et à ceux pour qui un autre candidat ne vaut même pas le déplacement au bureau de vote.

C’est vrai, l’abstention est un bon outil pour exprimer son ras-le-bol et provoquer une prise de conscience : un-e president-e élu-e avec un fort taux d’abstention l’affaiblirait. Mais le fait est là : l’image du/de la représentant-e de la France a toute son importance, surtout ce qu’il ou elle incarne.

Marine Le Pen présidente ? Sa seule présence à l’Élysée équivaudrait à un chèque en blanc octroyé par son électorat de base xénophobe et raciste. Les extrémistes se nourrissant les uns les autres, son élection apporterait une évidence de plus (après celle de l’élection américaine) à la théorie islamiste selon laquelle les pays occidentaux peuplés de racistes combattent l’islam et leurs musulmans.

Certes, sans majorité au Parlement, Marine Le Pen n’aurait pas de réel pouvoir donc, en théorie et en théorie seulement, elle ne pourrait pas, par exemple, nommer une personne connue pour ses nombreuses affaires délictueuses au poste de ministre de la Justice ni imposer un-e antisémite/antimusulman/homophobe prônant la suprématie blanche et chrétienne au poste de ministre de l’Intérieur. Cependant, le climat de défiance et de mépris serait bel et bien installé, accroissant les discriminations, l’exclusion, les injustices et les préjugés déjà trop présents dans notre société.

La campagne de « dédiabolisation », sacré piège

Il n’est pas possible dans cette France de 2017 de prendre ce risque de punition de la classe politique sous quelque forme que ce soit. L’heure n’est pas au message symbolique à faire passer via le bulletin blanc ni au test politique en voulant « essayer le FN ». Pourquoi ? Parce que la société française n’est plus qu’une bombe à retardement.

Ces dernières années, la France a été mise à rude épreuve, révélant d’autant plus les écarts, les méfiances déjà existantes au sein de la population.

Oui, il y a eu de beaux élans de solidarité après les attentats et les tueries effroyables. Néanmoins, le repli de la jeunesse dans des groupes extrémistes religieux et politiques témoigne de ce que traverse réellement le pays. La focalisation sur une partie de la jeunesse française musulmane a empêché de voir les autres. Et que dire des forces de l’ordre qui sont tour à tour victimes et bourreaux, si ce n’est que cela atteste d’une société au bord de l’implosion ?

Pendant ce temps-là, la société française est tombée dans le piège de la campagne réussie de « dédiabolisation » du FN. Autrement dit, la banalisation d’un parti xénophobe et raciste qui entend attirer de plus en plus d’électeurs et conquérir le pouvoir. N’avons-nous pas entendu les « mais Marine Le Pen, ce n’est pas comme son père » ? Il ne serait pas surprenant que le désaccord familial ne soit qu’un des éléments de cette « dédiabolisation ».

On peut imputer en partie cette montée du FN aux médias, lesquels n’ont pas suffisamment mis en avant les rares artistes, écrivains, journalistes qui dénoncent la stratégie d’entrisme et de banalisation du FN.

Il est toujours temps de discuter des responsabilités et du manque de courage de chacun-e : politiques, médias, associations, responsables religieux, leaders d’opinion… et d’en tirer des leçons. Seule certitude : ces leçons ne pourront être tirées à bon escient dans une société toujours plus divisée…

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Fatima Adamou a été researcher bénévole à l’association Christian Muslim Forum.






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