Monde

Objectif Gaza : une Flottille pour la liberté

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 26 Mai 2010 à 03:16

C'est la plus grande flotte humanitaire jamais organisée. La Flottille pour la liberté a largué les amarres. Avec près d'un millier de militants et neuf navires, le convoi de 10 000 tonnes d'aide humanitaire est bien déterminé à briser le siège imposé à la bande de Gaza par Israël.



Lâcher de colombes et cris de joie ont accompagné le départ en fanfare de la flotte pour la Palestine, organisée conjointement par les mouvements Free Gaza et la Fondation turque de secours (IHH) basée à Istanbul.

Premier à partir, le Rachel Corrie, du nom de la célèbre militante américaine pro-palestinienne tuée par un bulldozer israélien en 2003, en ayant tenté d'empêcher la démolition d'une maison palestinienne. Parti d'Irlande le 14 mai 2010, le navire devrait rejoindre les huit autres au port de Chypre mercredi 26 mai. Trois grands bateaux turcs sont de la partie, quatre autres viennent d'Athènes et de Crète.

Neuf bateaux, près de mille aventuriers : rien de comparable avec les convois précédents, qui tantôt avaient réussi à entrer dans Gaza, tantôt avaient fait demi-tour, cédant à une pression israélienne ou intergouvernementale. En 2009, la marine israélienne avait interpellé plusieurs bateaux, dont celui de la campagne « L’esprit de l’humanité », et détenu tous ses passagers, activistes et journalistes, pendant plus d'une semaine.

Soixante-sept pays représentés

À bord, des militants de toutes origines confondues (pas moins de soixante-sept pays y sont représentés), des intellectuels, une trentaine de journalistes et une quarantaine de responsables politiques européens et arabes, ainsi que des organisations internationales d'aide humanitaire, à l'instar du Comité de bienfaisance et de secours aux palestiniens (CBSP, ONG française fondée en 1990, dont l'action humanitaire est exclusivement axée sur la Palestine.

Déployant près d'un million d'euros, le CBSP participe à sa manière au convoi humanitaire, acheminant une centaine de maisons préfabriquées d'une superficie de 60 mètres carrés, chacune à destination des familles dont les maisons ont été entièrement détruites, s'inscrivant dans l'opération « Une famille, un toit », lancée en hiver 2009, peu après l'opération d'offensive israélienne « Plomb durci » sur Gaza.

La flotte, financée par le Koweit, la Suède, la Grèce, la Turquie, la Malaisie ou encore l'Algérie, transporte plus de 10 000 tonnes d'aide, comprenant, entre autres, des fournitures médicales, des matériaux de constructions, quelque 500 fauteuils électriques pour les handicapés et mutilés de Gaza (estimés à 600 selon les ONG).

Israël menace

Tandis que les Palestiniens se préparent à accueillir dans la fête leurs amis de la flotte, les militaires, eux, s'entraînent depuis plusieurs jours à contrer les navires et à les empêcher de passer, menaçant de recourir à la force si les membres du convoi n'obtempèrent pas.

Le ministère des Affaires étrangères israéliennes, Gilon Noar, a prévenu qu'Israël ne permettra pas au convoi maritime de « forcer le siège de Gaza » ni même de pénétrer dans les eaux territoriales de la bande de Gaza.

Une menace qui n'inquiète guère les activistes propalestiniens, persuadés que leur force réside dans leur diversité géographique : s'attaquer à eux, c'est prendre le risque de se mettre à dos plus de soixante Etats, notamment européens ! Une confiance mal placée ? On saura dans quelques jours.

Le convoi est attendu à Gaza pour le vendredi 28 mai. En attendant, les Gazaouis s'activent pour remettre en état, dans la joie et l'espérance, le port qui devrait bientôt accueillir ses sympathisants.

Des parlementaires européens prêts à en découdre avec le refus israélien

Loin des cargos de la Flotte pour la liberté, des parlementaires européens essuient un « refus » d'Israël de pénétrer les territoires gazaouis. Un « affront », pour ces parlementaires : « Une importante délégation parlementaire européenne, comprenant les commissions des Affaires étrangères, du Développement et du Budget, doit se rendre en Israël et dans les territoires palestiniens occupés du 24 au 27 mai. Nous devions nous rendre à Gaza. Or l'ambassadeur d'Israël vient de nous faire savoir que cette visite n'aurait pas lieu. Le gouvernement israélien refuse désormais que des délégations politiques transitent par Israël pour entrer à Gaza », explique dans un communiqué la député écologique française Nicole Kiil Nielsen.

« Par conséquent, nous avons pris des contacts avec les autorités égyptiennes. Grâce à leur accord, nous allons faire un circuit palestinien via l'Egypte. Les députés sont déterminés à aller à Gaza et à ne pas se laisser imposer leur agenda par Israël. Il en va de l'honneur de l'Europe », poursuit-elle.

Affaires à suivre...