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Après la venue du Pape Léon XIV en France, garder coûte que coûte le cap de la rencontre

Rédigé par Elodie Blondeau | Mardi 3 Novembre 2026



Le pape Léon XIV à Metz en septembre 2026. © SDRM 93
Nous nous souviendrons longtemps de ces quatre jours qu’a passé le Pape Léon XIV sur le territoire français. Ils furent comme une parenthèse, un moment suspendu, un temps de grâce, non seulement pour les catholiques mais aussi pour tous ceux qui l’ont suivi et écouté à chacune des étapes de sa visite apostolique.

Engagée en Seine-Saint-Denis dans le dialogue avec les musulmans, j’ai été particulièrement marquée par le bon accueil que ceux-ci ont réservé au Pape.

En amont de sa venue, par des messages très chaleureux adressés aux catholiques, lui souhaitant la bienvenue et signifiant la joie de l’accueillir notamment en Seine-Saint-Denis. Pendant sa venue, par la réponse à nos invitations, par le suivi de ses différentes rencontres et l’écoute très attentive de ses paroles. Après son départ, par l’expression d’une tristesse et d’une nostalgie, regrettant qu’il parte déjà. C’était vraiment touchant.

Un engouement unanime

Je m’étais déjà aperçue de l’importance du Pape pour la communauté musulmane au moment de la maladie puis du décès du Pape François. Nous avions reçu alors beaucoup de messages de la part d’amis et partenaires musulmans pour nous dire combien ils étaient affectés et portaient le Pape dans leurs pensées et leurs prières. Mais je dois avouer que je ne m’attendais pas à un tel accueil et une telle place accordée à ce représentant de l’Eglise catholique, élu depuis un an et pas encore très connu.

J’ai senti combien le Pape à travers ses paroles claires, fermes mais bienveillantes et respectueuses avait fait l’unanimité, avait créé de l’unité, semé la paix. Il nous a uni par ses paroles, par ses gestes, par son attitude humble et ouverte, par son accueil et sa tendresse envers les petits. Leur portée universelle pouvait résonner aux oreilles de tout homme et femme de bonne volonté et il était bon de les recevoir ensemble.

Cet engouement unanime est révélateur de l’immense soif de nos contemporains : soif de vérité. Soif d’authenticité. Soif de simplicité. Soif de dignité. Soif d’une parole qui dit les choses qui ne vont pas sans agresser, sans polémiquer, sans mépriser ; une parole qui prend la défense des plus vulnérables de notre société, des sans voix. Une parole qui défend le don inaliénable de la vie.

En Seine-Saint-Denis, l’événement de la venue du Pape a été aussi l’occasion de dire combien nous désirons, comme catholiques avancer avec d’autres croyants. Ainsi, Mgr Etienne Guillet, évêque du diocèse de Saint-Denis, a eu l’initiative d’inviter des représentants religieux du département à la veillée des jeunes au stade de France, une manière de signifier la reconnaissance de cette pluralité religieuse comme une chance et une richesse.

Il a également désiré constituer une petite délégation interreligieuse de Seine-Saint-Denis pour aller rencontrer le Pape à Metz, une aventure qui restera gravée dans les cœurs de ceux et celles qui l’ont vécue. Ces initiatives qui rassemblent en préservant les différences tout en donnant un témoignage de fraternité pèsent de tout leur poids dans le contexte sociétal actuel.

Un souffle de paix et d’espérance pour tous

Le temps interreligieux à Metz a été particulièrement important et marquant pour tous les acteurs du dialogue. Aussi bien les paroles prononcées par le Pape Léon XIV que le texte de l’appel de Metz co-signé par les représentants nationaux des six principales traditions religieuses ont touché les cœurs et les esprits :

« Le dialogue est le chemin par lequel nous reconnaissons l’altérité comme une promesse et non comme une menace ; il est un art de la rencontre dont notre monde a grand besoin. (…) Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. (…) L’Eglise considère comme compagnons de route tous ceux et celles qui cherchent sincèrement la vérité, la bonté, la beauté. »

Un passage pour éclairer nos lampes intérieures au cœur de la nuit

Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est que le Pape est parti et les problèmes sont sortis… Les problèmes étaient déjà là, latents et ils devaient sortir un jour ou l’autre, signe du malaise croissant de notre société traversée par de multiples crises.

Peut-être avions-nous à recevoir ensemble pendant quelques jours force, paix et confiance pour traverser la grande épreuve qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui - dans laquelle on peut citer l'attentat dans les Yvelines - et suscite un grand désarroi et une grande inquiétude.

Car il s’agit de garder coûte que coûte le cap de la rencontre, de la confiance et de l’ouverture à l’autre alors que tout, peut-être, nous pousse et nous poussera à nous méfier et nous refermer… La marche interreligieuse du 18 octobre qui a eu lieu à Paris pour commémorer les 40 ans de la rencontre interreligieuse d’Assise participe à ce mouvement de résistance… sur la rive gauche, on marchait pour la paix, alors que certains quartiers de la rive droite étaient en proie à des affrontements et pillages… contraste saisissant.

Je suis sûre que la France et tous ceux et celles qui l’habitent resteront dans le cœur et la prière du Pape Léon XIV qui doit être bien affecté de tout cette violence qui s’exprime en France. Car oui, il nous a rencontrés, écoutés et rejoints dans nos aspirations fondamentales et notre désir de vivre ensemble en paix.

« Le Pape est reparti mais il restera ad vitam quelque chose de très beau de son passage, comme une lumière qui demeure dans les cœurs », m’écrivait un ami le soir de son retour à Rome.

Que cette Lumière de paix et d’espérance que Dieu a fait luire dans nos cœurs à travers ce passage continue d’éclairer nos lampes intérieures au cœur de la nuit. Qu’elle nous unisse dans la mission de rendre notre société plus humaine, plus fraternelle et plus respirable… pour que le monde ait la Vie et que Dieu en soit glorifié.

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Sœur Elodie Blondeau, Petite sœur du Sacré cœur (Charles de Foucauld), est co-déléguée du Service des relations avec les musulmans pour la Seine-Saint-Denis et membre du Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC).

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