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Livres

Pour les musulmans, d’Edwy Plenel : un livre pour tous

Rédigé par Abel Sena | Lundi 5 Janvier 2015



En ces temps troubles où la course aux amalgames à l’égard des musulmans de France bat son plein et où la stigmatisation de la communauté musulmane semble être la rengaine préférée de l’élite politico-médiatique encline à la surenchère antimusulmane, le livre Pour les musulmans (Éd. La Découverte, 2014) écrit par Edwy Plenel constitue une lueur d’espoir et d’optimisme au beau milieu de cette atmosphère lourde et pesante qui couvre le ciel républicain.

Le cofondateur de Mediapart signe avec cet essai un plaidoyer pour le vivre-ensemble et l’acceptation de l’Autre dans ses spécificités culturelles et religieuses. Et cet Autre dont il parle n’est que « le musulman », bouc émissaire idéal désigné par les tartuffes de la République.

Un hymne à la tolérance

Ce livre, qui est un hymne à l’ouverture et à la tolérance, oppose ainsi une vision humaniste et fédératrice à une autre vision réductrice et discriminatoire.

La vision que défend l’auteur est celle d’une société harmonieuse où la différence et la diversité seraient une richesse et non pas une déconstruction de la Cité comme aimeraient à le faire croire certains intellectuels autoproclamés. L’autre vision qu’il combat est celle d’une société renfermée sur elle-même et qui brandit l’étendard de la peur et de la haine de l’Autre pour la simple raison qu’il est différent et qu’il ne correspond pas à la norme établie par l’élite pensante. Autrement dit, une vision de rejet et d’exclusion qui fait fi de la richesse culturelle que peuvent apporter les différentes composantes de la société.

David contre Goliath

L’objectif du livre, à savoir la défense de la communauté musulmane contre l’islamophobie ambiante, n’est pas une entreprise aisée. Et pour cause, aujourd’hui l’islamophobie a droit de cité et sa banalisation ne semble plus heurter les consciences. Face aux discours antimusulmans devenus de plus en plus acceptables, Pour les musulmans devient un acte de courage intellectuel en ce qu’il tente de faire entendre une voix, certes juste mais ô combien minoritaire et inaudible face au vacarme strident et haineux d’une élite bien-pensante qui ne s’embarrasse plus d’afficher son islamophobie au grand jour.

Face à la croisade antimusulmane menée par les Zemmour, Onfray, Houellebecq et autres Finkielkraut et Le Pen fille qui ne cessent de distiller leur venin dès qu’il s’agit de l’islam et des musulmans, Edwy Plenel semble naviguer seul contre vents et marées, armé de sa seule objectivité et de sa vocation humaniste.

Hier, il y avait « un problème juif » en France. Aujourd’hui, il y a « un problème de l’islam »

L’Histoire se répète. Par oubli ou par un processus qui fait se réitérer un ou plusieurs événements. Si d’aucuns réfutent ce postulat, le supposé « problème de l’islam en France » (Pour les musulmans, p. 17) vient malheureusement nous rappeler que certains épisodes de notre histoire se répètent de nos jours, à la seule différence que ses acteurs ou plutôt ses victimes ne sont plus les mêmes.

Les victimes d’hier ont cédé leur place à ceux d’aujourd’hui. À cet égard, Edwy Plenel déplore la banalisation au sein de la société française d’un discours xénophobe visant la communauté musulmane et qui fait écho à une banalisation d’un autre temps et qui, elle, stigmatisait la communauté juive.

Il tient à nous rappeler les conséquences désastreuses engendrées par cette logique de tri, de séparation et de discrimination aussi dangereuse que ravageuse pour la cohésion nationale. À chaque période de l’Histoire ses victimes, semble penser Edwy Plenel, qui jette l’opprobre sur ceux qui ont besoin d’un bouc émissaire pour expier leur faiblesse, leur doute et leurs « défaites de la pensée (op. cit., p. 17-18).

L’islamophobie et la récupération politique

L’auteur se réfère aux rapports de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) de 2013 et 2014 pour dire la recrudescence des violences à caractère islamophobe.

À la lecture de ces rapports, il constate que la « perte de 12 points de l’indice global de tolérance de la société française mesuré par la Commission » remonte à 2009 (op. cit., p. 20), année où le gouvernement Sarkozy initia le débat sur l’identité nationale. Un débat « engagé sur une base dangereuse et condamnable en associant (…) identité nationale et immigration. » (« Identité, dégâts », éditorial du journal Le Monde paru le 16 décembre 2009).

Le débat sur l’identité nationale, qui stigmatisait en filigrane la communauté musulmane, a participé de « la banalisation de l’islamophobie, sous couvert de combat soi-disant laïque » (Pour les musulmans, p. 20). Cette banalisation qui faisait et fait encore le fonds de commerce du Front national, connu pour ses thèses racistes et xénophobes, est devenu le sujet de prédilection de certains partis politiques qui aspirent à séduire un électorat en perte de repère.

Ce fut le cas pendant le mandat de Nicolas Sarkozy qui ne s’encombrait d’aucun scrupule pour mener à bien ses ambitions électoralistes.

Ce fut aussi le cas de la gauche en la personne de Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur. À l’issue d’un séminaire prospectif organisé en 2013 par la gauche au pouvoir autour de la thématique : que sera la France en 2025, et quelle France voulons-nous à cette échéance ? (op. cit., p. 61), l’actuel Premier ministre résume les défis auxquels la France devra faire face à l’avenir en trois problèmes majeurs (op. cit., p. 62) :
1. L’immigration en raison de la démographie africaine ;
2. La compatibilité de l’islam avec la démocratie ;
3. Le regroupement familial qui bénéficie aux étrangers.

M. Valls et le gouvernement socialiste semblent avoir défini leurs priorités : l’islam et l’immigration. Quid alors de tous les autres défis autrement plus importants qui se posent à notre pays et qui méritent que l’on s’y attelle de façon impérieuse ? À en croire l’ancien ministre de l’Intérieur, la France n’a pas de problème de déficit public à résoudre dans les plus brefs délais, ni de problème de croissance économique à régler. Elle n’a pas non plus de problème de chômage structurel qui nécessite des solutions urgentes, ni de problème de financement des retraites à traiter. Et la liste est loin d’être exhaustive.

Mais, pour M. Valls, le seul défi à relever pour la France et qui nécessite la mobilisation du gouvernement, voire du pays tout entier, est celui de l’islam. Le débat est clos. N’en déplaise à ceux qui y voient de la récupération politique !

« Pour les musulmans » : plus qu’un devoir de solidarité, un devoir de fidélité

En défendant les musulmans de France, Edwy Plenel défend au même titre une certaine idée de la France et un certain esprit de la République. Une République qui protège ses citoyens par la force de la loi et de la Constitution, mais aussi par conviction humaniste acquise après deux épisodes historiques douloureux.

C’est ainsi qu’à la suite des deux Guerres mondiales et à leurs conséquences catastrophiques, la IVe République inscrit dans le premier article du Préambule de la Constitution le principe des droits inaliénables et sacrés de tous les citoyens français sans distinction de race, de religion ni de croyance (op. cit., p. 19). Ce principe fut maintenu et perpétré par la Ve République et constitue de nos jours le garant des libertés individuelles de tous les citoyens.

Et force est de constater qu’il est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Car les musulmans de France font l’objet de « préjugés négatifs (…) de rejets, (…) des propos injurieux ou diffamatoires, des incitations à la haine, des dégradations de biens d’une valeur symbolique, et parfois même des agressions » (op. cit., p. 22). Ce constat de la CNCDH lève le voile sur un ressentiment antimusulman de plus en plus apparent dans notre pays.

C’est ce climat délétère que veut combattre Edwy Plenel, par solidarité avec la communauté musulmane mais aussi par fidélité « à notre Histoire, à notre mémoire, à notre héritage » (op. cit., p. 29). Cette Histoire et cet héritage auxquels les musulmans, comme d’autres composantes de la nation, ont participé en donnant de leur chair et de leur sang au nom d’un idéal commun, celui de la liberté et de la dignité humaine.

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Abel Sena est enseignant.

Edwy Plenel, Pour les musulmans, Éd. La Découverte, septembre 2014, 124 p., 12 €.






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