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Monde

Hollande blanchit Sissi à Paris, les droits de l'homme en Egypte à la trappe

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 27 Novembre 2014



François Hollande a accueilli le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors de son passage à Paris mercredi 28 novembre.
François Hollande a accueilli le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi lors de son passage à Paris mercredi 28 novembre.
François Hollande a déroulé le tapis rouge à Abdel Fattah al-Sissi à son passage à Paris du mercredi 26 au jeudi 27 novembre. Il s’agit de la première visite en France de l’homme fort d’Egypte, élu à la tête du pays des pharaons en mai dernier et que le chef de l’Etat français a accueilli à bras ouverts malgré la terrible politique répressive dont est victime l’opposition égyptienne depuis le coup d’Etat opéré contre Mohamed Morsi en juillet 2013.

À l'issue de leur entretien, ils ont fait une déclaration conjointe à la presse durant laquelle pas un mot sur les droits de l’homme n’a été prononcé. La France et l’Egypte sont « liés par une commune appréciation de ce que peut être l’équilibre du monde », a affirmé François Hollande, souhaitant de son partenaire « que le processus de transition démocratique réussisse ». Encore faut-il que celui-ci existe. Car depuis l’élimination des Frères musulmans, déclarés terroristes, et de leurs partisans, tortures, disparitions et arrestations arbitraires sont monnaie courante. Une politique sécuritaire qui s'est bel et bien aggravée par rapport à l'ère Moubarak.

Une vision commune du monde partagée

Pourtant, durant l’entretien, il a été question d’évoquer « tout ce que nous pouvons faire pour répondre aux besoins de développement, de croissance de l’Egypte », particulièrement sur le terrain économique à travers la signature d’accords, a signalé François Hollande. Autre sujet phare sur lequel il ne pouvait tomber que d’accord, la lutte contre le terrorisme et « le devoir d’agir ensemble », notamment contre l’Etat islamique (prononcé « Dash »).

Le président français, qui a partagé ses inquiétudes avec al-Sissi sur le chaos libyen, a également salué le rôle de « médiation » de l’Egypte lors de la crise traversée par Gaza cet été, alors frappé par Israël. Concernant la question palestinienne, décrite comme « la cause la plus importante pour le monde arabe et musulman », « nos opinions étaient totalement similaires sur la nécessité de déployer tous les efforts possibles pour encourager à trouver une solution par les négociations entre Israéliens et Palestiniens », a fait savoir Abdel Fattah al-Sissi. De son point de vue, les discussions avec François Hollande ont été « fructueuses » et ont « reflété la très grande proximité des vues et de propositions entre les deux pays sur l’ensemble des sujets qui nous intéressait ».

Hollande blanchit Sissi à Paris, les droits de l'homme en Egypte à la trappe

Les droits de l'homme en berne

A l’occasion de cette visite d’Etat, Amnesty International a dénoncé la situation épouvantable en Egypte sur le terrain des droits humains, appelant les autorités françaises à cesser la fourniture des armes au pouvoir égyptien. Alors que l’UE a adopté en août 2013 une décision appelant à suspendre les transferts d'armes de ses Etats membres, « les livraisons d’armes de la France n’ont jamais cessé. Elles ont même plus que doublé de 2012 à 2013, passant de plus de de 27 millions d'euros de livraisons d'armes à plus de 63 millions d'euros d'armes », signale Amnesty.

Depuis qu’al-Sissi est aux commandes de l’Egypte, entre 16 000 et 40 000 personnes ont été emprisonnées, « au terme de procès le plus souvent inéquitables ». Plus de 12 000 civils ont été jugés devant des cours militaires, dont de très nombreux militants des droits humains aujourd’hui en grève de la faim. « La bataille pour la liberté par la grève de la faim devient pour ainsi dire l’ultime forme de résistance et de protestation à laquelle recourent un bon nombre de détenus dans les prisons égyptiennes », écrit Chaymaa Hassabo, une chercheuse égyptienne, sur Orient XXI, illustrant son propos par le portrait de quelques-uns de ces « affamés de liberté ». Enfin, au cours de procès de masse, 1 211 personnes ont été condamnés à mort par un seul tribunal, note Amnesty.

Hollande blanchit Sissi à Paris, les droits de l'homme en Egypte à la trappe

La surdité délibérée de Hollande actée

Autant de violations des libertés fondamentales également dénoncées Human Rights Watch. Dans son dernier rapport daté d'août 2014, l'organisation avait déploré les tueries de masse opérées en juillet et août 2013, « une répression violente et planifiée au plus haut niveau du gouvernement égyptien ». « Les États devraient poursuivre la suspension de leur assistance militaire et policière à l'Égypte jusqu'à ce que le pays adopte des mesures visant à mettre fin à ces graves violations des droits humains », avait alors recommandé HRW.

Quant à Reporters sans frontières, qui signale que l'Egypte est à la 159e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse, elle a réclamé de François Hollande, mercredi 26 novembre, qu'elle affirme à al-Sissi « que la dérive actuelle est incompatible avec l’approfondissement des relations entre Paris et Le Caire ». « Les autorités ne reculent devant rien pour museler les voix qui dérogent aux versions officielles », fait-elle savoir, en rappelant le sort des journalistes emprisonnés injustement, à l'instar de ceux d'Al-Jazeera.

Mais à la perspective de signer de gros contrats avec l'Egypte, François Hollande a préféré rester sourd à ces appels, donnant ainsi toute légitimité à un pouvoir tout puissant qui a enterré très profond la perspective d'une nouvelle révolution, de celle qui a été à l'origine de la chute de Moubarak en 2011.





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