Société

Mosquées en danger : que fait la police ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 21 Aout 2013 à 06:00

Alors qu'un drame, le jour de l'Aïd al-Fitr, a été évité de justesse à la mosquée Al-Forqane de Vénissieux, où un jeune militaire projetait de tirer à l'arme à feu, la question de la sécurité des lieux de culte musulman se pose. Ils sont de plus en plus pris pour cibles. Têtes de cochon, sang déversé, tags racistes et islamophobes : ces attaques choquantes se multiplient au grand dam de la communauté musulmane. Saphirnews a voulu savoir quelles réponses apportent les autorités.



Rien qu'en quatre mois, début 2013, 13 mosquées ont été profanées dans l'Hexagone. La sécurité aux abords des lieux de culte musulman devient plus qu'une nécessité. Face à ce constat, les responsables religieux n'ont cessé de réclamer aux autorités une surveillance accrue des mosquées.

Après l'arrestation du militaire, qui projetait d'attaquer la mosquée Al-Forqane à Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, autour de 150 personnes s'étaient d'ailleurs rassemblées, lundi 12 août, pour dénoncer l’inquiétante montée de l’islamophobie et demander la protection des mosquées alors que jusqu'à présent, ce sont surtout les discours qui ont primé.

Discours plus offensif

Comme avec Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur. Début août, il avait choisi de se rendre pour la rupture du jeûne (iftar) à la mosquée d'Ozoir-la-Ferrière, en Seine-et-Marne, où deux croix gammées et des slogans racistes avaient été découverts en février dernier. C'était l'occasion pour lui de rassurer la communauté musulmane « La République protégera toujours les musulmans de France. Je ne laisserai jamais dire que les forces de l'ordre sont plus mobilisées sur certains faits que sur d'autres, notamment qu'elles privilégieraient davantage les actes antisémites que anti-musulmans ou antichrétiens. Cette rhétorique-là est connue. Elle est fausse. Elle est infamante », avait-il assuré.

Un an plus tôt, le ministre s'était rendu pour l'iftar à la mosquée de Montauban, deux jours après la découverte de deux têtes de cochon et du sang. Mais cette visite n'a rien apporté aux fidèles. « Rien n'a été fait », nous dit Mohamed Hajji, le président de l'association musulmane de Montauban et président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Midi-Pyrénées. Et pour cause, à l'époque, Manuel Valls n'a « rien promis » et a juste « condamné » les faits, nous raconte-t-il.

Aujourd'hui, la posture du ministre en charge des cultes serait donc plus offensive. Mais alors que le président François Hollande a assuré sa détermination à lutter contre l'antisémitisme, dès 2012, année de son élection, il aura fallu attendre juin dernier pour que le chef de l'Etat se décide à dire un mot public contre l'islamophobie.

Pourtant, la hausse des actes islamophobes ne datent pas d'hier avec une augmentation de 58,5 % en 2011 comparé à 2010 d'après les chiffres du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF).

Surveillance policière le vendredi

Maintenant que le problème de l'islamophobie semble être pris au sérieux, encore faut-il que des mesures concrètes se mettent en place. Une présence policière plus accrue devant les lieux de culte est demandée par leurs gestionnaires. A la suite de la quatrième profanation de la Grande Mosquée de Limoges en mai dernier, « le préfet de la Région Limousin, préfet de la Haute-Vienne, a confirmé le renforcement de la surveillance des lieux de culte notamment par des patrouilles et la présence de fonctionnaires de police au moment des offices » dans un communiqué.

Le service de communication de la préfecture nous fait savoir que cette surveillance est « toujours en cours », mardi 20 août et qu'elle est constante car le « plan vigipirate est permanent ». La Grande Mosquée de Limoges est « inclue dans notre circuit de patrouille », tout comme la gare de Limoges, indique dans ce sens Yannick Salabert, le directeur adjoint de la police nationale de Limoges, contacté par nos soins. « Depuis l'année dernière » et sa profanation par « un dépôt d'immondice », le lieu de culte est intégré dans le circuit de patrouille des policiers, qui consiste en « une obligation de passage » devant les lieux concernés « toutes les demi-heures de jour comme de nuit ».

Par ailleurs, la police a fourni son autorisation pour que l'association des musulmans de Limoges pour la fraternité, qui gère la mosquée, puisse installer une caméra. Cette « solution » sécuritaire avait été trouvée à l'issue de réunions en préfecture, indique son service de communication.

La caméra a été installée il y a un mois, fait savoir Abdelkader El-Ouariachi, le vice-président de l'association.

Affaire classée

Ce dernier dit qu'il ne voit les patrouilles de police que le vendredi. Mais l'homme veut bien croire qu'il soit « possible » que la surveillance soit plus renforcée. A Besançon, les responsables de la mosquée Sounna, taguée en février, constatent aussi une présence policière seulement « le vendredi quand il y a du monde ».

Ailleurs, la surveillance policière peut être plus visible comme au Barp, en Gironde, où les gendarmes passent plusieurs fois par semaine devant la salle de prière, qui a été six fois profanées. Mais face à la montée grandissante du climat islamophobe, tous les responsables de lieux de culte, plus ou moins lotis, aimeraient une plus grande surveillance.

L'arrestation des auteurs de profanation est également demandée. Malheureusement, force est de constater que les autorités ont dû mal à les retrouver. A Limoges, l'enquête judiciaire est « au point mort ». « L'enquête de voisinage » n'a rien donné, précise M. Salabert. L'enquête piétine également au Barp, où le dernier acte islamophobe contre la salle de prière date du Ramadan dernier. A Montauban, l'affaire a carrément été « close », indique M. Hajji.

Gageons qu'il en faudra plus pour rassurer la communauté musulmane.