Religions

Grande Mosquée de Strasbourg : un dîner annuel sur fond d'islamophobie croissante

Rédigé par Leïla Belghiti | Mardi 21 Septembre 2010 à 20:48

Inquiétudes. Les responsables de la communauté musulmane de Strasbourg, pas plus que la municipalité ne comprennent l'avalanche d'actes islamophobes qui s'abat sur leur ville. Depuis le début de l'année 2010, pas moins de six actes ont été recensés



La Grande Mosquée de Strasbourg, actuellement en cours de construction.
Un dimanche, le 10 janvier, Roland Ries, le maire PS de la ville, découvre sur les murs de son domicile privé des inscriptions racistes et islamophobes. Une façade du petit immeuble dont il est locataire a été recouverte d'une croix celtique ainsi que des inscriptions « Halte aux minarets » et «Ries connard » . Que lui est-il reproché ? D'avoir pris position contre le projet de loi anti-minarets en Suisse.

Le lendemain, dans la nuit du lundi au mardi, c'est la voiture d'un responsable du projet de la future Grande Mosquée de Strasbourg (GMS) qui a été recouverte de tags similaires, ainsi qu'une voiture garée devant le domicile de Fouad Douai, gérant de la GMS, sur laquelle on pouvait lire « Islam dehors », « Minarets, non » ou encore « Immigrés dehors ».

Dans la nuit du lundi au mardi 29 juin, des agresseurs s'en prennent au carré musulman d’un cimetière de Strasbourg en profanant 18 de ses tombes. « S'attaquer aux morts est un acte de barbarie absolue », avait déclaré le maire. Quelques jours plus tard, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux participera à la cérémonie de recueillement organisée par la GMS.

Vendredi 27 août, c'est au tour du chantier de la future Grande Mosquée de subir des dégradations : caméras de surveillance endommagées et vitres cassées.

Le 11 septembre, un commerçant musulman découvre avec stupeur des inscriptions comme « Vive le Porc », Nik le Halal », Nik les Arabes » ainsi que des croix gammées sur son véhicule de distribution de viande halal.

Hier, dans la nuit du lundi au mardi 21 septembre, le domicile du patron du cinéma strasbourgeois L'Odyssée a été la cible de graves actes de vandalisme. «Nous avons été réveillés vers 2 h 30 par le bruit de l’explosion des pneus de nos deux voitures que nous avions garées dans notre jardin, raconte Faruk Günaltay, musulman d'origine turque. Les moteurs étaient en flammes. Sur la porte d’entrée de la maison, nous avons découvert deux croix gammées ainsi que les chiffres 14 et 88 », rapporte le quotidien 20minutes. Dans les milieux néonazis, ces inscriptions signifient « Heil Hitler » et « Suprématie blanche ».

Sans compter la conférence de presse organisée par un mouvement radical d'extrême droite devant le chantier de la future GMS il y a quelques mois ou encore, plus récemment, l'organisation d'un apéro géant islamophobe.

Positive attitude

« Il est vrai que ça fait un peu beaucoup ! », estime Saïd Aalla, président de la GMS, en plein préparatifs pour le dîner annuel de la Grande Mosquée de Strasbourg, qui accueillera diverses personnalités (300 invités sont attendus), parmi elles le président du CFCM Mohammed Moussaoui, le préfet de la Région Alsace Pierre-Etienne Bish, des élus, ainsi que des représentants des diverses composantes religieuses ou spirituelles de l'Hexagone.

« C'est une rencontre (la cinquième du genre, ndlr) placée sous le signe de la convivialité, mais ce sera aussi l'occasion d'aborder le sujet de l'islamophobie », nous a déclaré M. Aalla. « Le dîner annuel de la GMS, c'est un peu l'équivalent du dîner annuel du Crif », nous explique Abdelaziz Choukri, un responsable de la mosquée.

Lui aussi s'inquiète de la montée de l'islamophobie. « C'est la résultante directe des débats autour de l'identité nationale, du voile intégral, etc., qui ont mené à la stigmatisation des musulmans de France », pensent-ils, « cela a créé un certain climat qu'on peut qualifier de malsain ».

Des condamnations unanimes, mais pas une arrestation depuis le début de l'année. Un constat qui tend à laisser perplexe la communauté musulmane de France. « A priori, des indices peuvent désormais être rassemblés et les auteurs des méfaits retrouvés », interroge M.Choukri. Mais lui comme Saïd Aalla se veulent pour finir rassurants : « On ne peut pas dire que la police n'a rien fait, on les a vu à l'oeuvre, notamment lors de la profanation des tombes musulmanes, un important dispositif de recherche a été mis sur pied. »

La communauté musulmane de Strasbourg affiche malgré tout sa sérénité, et M. Aalla d'évoquer les « avancées concrètes sur le chantier de la GMS, l'amélioration des lieux de culte de proximité et, surtout, l'inauguration bientôt du cimetière musulman à gestion publique, une première dans la région », autant de sujets qui seront abordés ce mercredi 22 septembre, dans la joie et la bonne humeur. Positive attitude...