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Religions

Strasbourg donne le jour à un cimetière public musulman

Cimetière confessionnel sous gestion publique

Rédigé par Leïla Belghiti | Jeudi 8 Octobre 2009

Historique. La création à Strasbourg d’un cimetière confessionnel musulman, placé sous gestion publique, est une grande première en France. Fruit de longs mois de négociations, la convention portant sur sa création a été signée mercredi 7 octobre au soir, en présence du maire de la ville, des présidents du CFCM et du CRCM Alsace et de plusieurs personnalités.



Signature de la convention sur le cimetière musulman de Strasbourg, le 8 oct. De g. à dr. : O. Bitz, adj. au maire ; M. Moussaoui, psdt du CFCM ; R. Ries, sénateur-maire de Strasbourg ; D. Ayachour, psdt du CRCM Alsace ; A.-P. Richardot, adj. au maire.
Signature de la convention sur le cimetière musulman de Strasbourg, le 8 oct. De g. à dr. : O. Bitz, adj. au maire ; M. Moussaoui, psdt du CFCM ; R. Ries, sénateur-maire de Strasbourg ; D. Ayachour, psdt du CRCM Alsace ; A.-P. Richardot, adj. au maire.
Il n’était pas question hier soir de création de carrés musulmans. En Alsace-Moselle, on est passé à l’étape supérieure : la création d’un cimetière musulman. Impossible sur tout le reste du territoire national, l’Alsace-Moselle, placée sous le régime concordataire [lire encadré ci-dessous], fait figure d’exception.

Fruit de longues discussions entamées il y a dix-huit mois, la signature d’une convention sur la création du cimetière confessionnel musulman a rassemblé à l’hôtel de ville plusieurs personnalités : parmi elles, le maire socialiste Roland Ries, le président du CFCM Mohammed Moussaoui, le président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) Alsace Driss Ayachour, les adjoints au maire Olivier Bitz et Anne-Pernelle Richardot.

Le projet, porté par le CRCM depuis 2003, a trouvé écho sous l’impulsion de Roland Ries, en 2008, qui constitua un groupe de travail, composé de représentants des associations musulmanes de la région et d’adjoints municipaux. « On a trouvé des personnes qui ont la volonté politique et qui tiennent leurs engagements », confie à Saphirnews Driss Ayachour, assurant n’avoir rencontré « aucun obstacle » à la bonne marche du projet.

Situé à Bobigny, le premier cimetière musulman en France date de 1937. Sa création répond moins d’un besoin de la population que d’une réponse à un événement historique. Alors que l’on célébrait le centenaire de la conquête de l’Algérie furent inaugurés tour à tour la Grande Mosquée de Paris, l’hôpital franco-musulman de Bobigny (baptisé plus tard du nom du savant musulman Avicenne) et le cimetière musulman qui en dépendait.

Seul cimetière musulman en France jusqu’en 1996, le cimetière de Bobigny devient le « carré musulman » du cimetière intercommunal des villes d’Aubervilliers, de Bobigny, de Drancy et de La Courneuve, lorsque sa gestion est transférée à un syndicat intercommunal.

Reposer en paix, chez eux, en France

Depuis 1973, la ville de Strasbourg, quant à elle, met à disposition des musulmans des espaces destinés à l’inhumation dans la tradition musulmane, au sein de ses cimetières. Des carrés musulmans bien pratiques mais qui ne satisfont plus les besoins des familles. Sur les 905 places que comptaient les deux carrés, plus que 197 sont libres. Avec près d’une moyenne de 45 inhumations par an, c’est dire que le besoin est criant.

« Pour les nouvelles générations, la perte d’un proche a pour conséquence une double souffrance : celle du deuil et celle du voyage au pays d’origine de leurs parents, épuisant et difficile par son caractère administratif », analyse Driss Ayachour.

Joint par Saphirnews, Saïd Aalla, président de la Grande Mosquée de Strasbourg, estime pour sa part que la création d’un cimetière musulman est le signe incontestable de l’« intégration » des jeunes générations de Français musulmans et de leur « appartenance à la France ». À Strasbourg, les musulmans sont estimés à environ 10 % de la population.

« On a levé des tabous », déclare Anne-Pernelle Richardot, adjointe au maire déléguée à l’état civil, en charge du dossier. « Il y avait une inégalité d’accès aux sépultures à Strasbourg », ajoute-t-elle. Le terrain de deux hectares sera contigu au cimetière sud de la ville. La crémation étant interdite dans la tradition musulmane, un ossuaire sera construit.

« Les avantages du cimetière sur les carrés musulmans sont multiples, par exemple celui de placer le défunt en direction de la qibla (La Mecque), et de faire prières et sermon d’adieu sans gêner les voisins d’autres confessions qui viennent visiter leurs proches », explique le président du CRCM Alsace.

Un modèle transposable ?

Interrogé par Saphirnews sur la possibilité d’une extension du modèle alsacien sur ce point, Mohammed Moussaoui répond qu’il est préférable de « mettre en œuvre ce qui existe déjà ». En France, il existe entre 70 et 80 carrés musulmans. « La signature de la convention revêt un caractère exceptionnel, mais cela va encourager les centaines de communes dans toute la France qui refusent encore d’aménager des carrés musulmans à franchir le pas », pronostique le président du CFCM.

Un effet « booster » donc. Depuis février 2008, une circulaire permet en effet la création de carrés musulmans. Il faudra s’en contenter pour le moment.

Le cimetière de Strasbourg verra le jour en 2010. Les procédures sont lancées. À une vingtaine de kilomètres de là, dans la petite commune de Lipsheim, un carré musulman sera inauguré le 25 octobre prochain.


L’Alsace-Moselle : une exception française

Créé en 1919 après la fin de la Première Guerre mondiale, le régime concordataire qui régit l’Alsace-Moselle reconnaît et organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite. Il constitue donc une séparation incomplète des Églises et de l'État.

Et le culte musulman dans tout cela ? Il n’a pas le statut de culte reconnu, mais le droit local permet la constitution de communautés musulmanes sous le régime juridique d’associations de droit local. Une position plus favorable que celui des associations cultuelles prévues dans le reste de la France.





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