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Religions

Le CFCM avance à pas feutrés

Un dîner annuel très consensuel

Rédigé par Hanan Ben Rhouma et Saliha Hadj-Djilani | Vendredi 10 Septembre 2010

Pour la deuxième année consécutive, les représentants de l'Etat et le Conseil français du culte musulman se sont réunis autour d'un repas officiel, mardi 7 septembre. Un rendez-vous en passe de devenir aussi important que le dîner annuel du CRIF. Pour cause : le CFCM, qui enregistre quelques avancées, voit son autorité se renforcer aux yeux des autorités. Cependant, beaucoup reste à faire pour asseoir sa légitimité auprès de la communauté musulmane.



Dîner du CFCM, le 7 septembre. De g. à dr. : Gilles Bernheim, grand rabbin de France ; André Vingt-trois, président de la Conférence des évêques ; Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur et des Cultes ; Mohammed Moussaoui, président du CFCM.
Dîner du CFCM, le 7 septembre. De g. à dr. : Gilles Bernheim, grand rabbin de France ; André Vingt-trois, président de la Conférence des évêques ; Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur et des Cultes ; Mohammed Moussaoui, président du CFCM.
C'est dans le prestigieux Pavillon Dauphine, au cœur du 16e arrondissement de Paris, que près de 200 personnes se sont retrouvées pour rompre ensemble le jeûne autour d'un iftar, à quelques jours de l’Aïd el-Fitr.

Politiques, membres de la société civile, représentants religieux… que du beau monde s’est déplacé pour cette occasion. A l'heure où les musulmans se sentent particulièrement stigmatisés en France, sans pour autant reconnaître une réelle légitimité au CFCM, la présence de tous ces officiels − politiques et religieux − devient essentielle.

A la table centrale, où se trouvaient les principales personnalités politiques et religieuses, l'atmosphère était amicale et détendue. Parmi elles, Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur et des Cultes, Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville, Eric Besson, ministre de l'Immigration, Nadine Morano, ministre de la Famille, ainsi que Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, André Vingt-trois, président de la conférence des Evêques, Claude Baty, président de la Fédération protestante ; Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris et, bien sûr, Mohammed Moussaoui, président du CFCM.

L’an dernier, la polémique qui a secoué M. Hortefeux avait profité au CFCM, qui avait besoin d’un bon coup de projecteur pour son premier dîner. Cette fois, les journalistes n’ont pas été nombreux à faire le déplacement. Public Sénat a cependant retransmis en direct l’événement − tout comme la chaîne le fait pour le dîner du CRIF –, preuve de l’attention que la société porte sur les musulmans.

Un bilan positif dressé par le CFCM

La principale volonté qui ressort des deux discours de la soirée − celui de M. Moussaoui et celui de M. Hortefeux : poursuivre le dialogue et la coopération entre le gouvernement et le CFCM à travers notamment la convention-cadre sur le suivi des actes anti-musulmans. « Mieux on connaît ses ennemis, mieux on les combat », a déclaré le ministre des Cultes à Saphirnews au sujet des auteurs de tels actes.

S'appuyant sur un sondage récent, le président du CFCM a rappelé que « 40% des Français jugent la pratique musulmane incompatible avec la vie en société. » Le résultat « le plus mauvais depuis vingt ans », qu’il explique par « l'instrumentalisation » et la « stigmatisation » dont sont victimes les musulmans de France depuis plusieurs mois.

Pourtant, son discours est resté très consensuel, n’égratignant personne, pas même l’initiateur du débat sur l’identité nationale M. Besson, voulant par là préserver de bonnes relations avec les autorités. Ce qu’une partie de la communauté musulmane lui reproche : la coopération est, certes, essentielle entre les deux parties mais, à finir par être trop proche, le CFCM pourrait bien être associé à une instance pro-gouvernementale.

Ce qui fait les affaires de M. Hortefeux, qui a abandonné sa fonction de ministre de l'Intérieur en venant apaisé en tant que ministre des Cultes, comme l’a souligné la sénatrice socialiste Bariza Khiari, présente au dîner, à Public Sénat.

Une meilleure représentativité attendue pour 2011

« Vous êtes devenus en moins de dix ans des interlocuteurs responsables, fiables et incontournables des pouvoirs publics et c'est incontestablement un succès dont vous pouvez être fiers », a déclaré le ministre. Sans oublier, au passage, de rappeler que le CFCM est une initiative de Nicolas Sarkozy.

Reste le problème de la représentativité auquel M. Moussaoui compte remédier. Il appelle son Assemblée générale à adopter, dès octobre, le projet de réforme des statuts et du règlement électoral, pour les prochaines élections du CFCM de juin 2011, se félicitant d’ailleurs du meilleur fonctionnement du CFCM. « Alors qu’autrefois le gel de la participation par l’une ou l’autre des fédérations était fréquent, il n’y en a plus depuis 2008. On progresse. »

Les Roms oubliés, la norme halal au point mort

Alors que les responsables de l’Église catholique se sont exprimés pour apporter leur soutien aux Roms, devenus la nouvelle cible du gouvernement, les instances musulmanes sont jusque-là restées silencieuses. Au micro de Saphirnews, M. Moussaoui ne s’est d’ailleurs pas vraiment exprimé, déclarant que le dossier est « très complexe. C’est pour cela que le CFCM ne s’est pas prononcé ».

Quant à la question du halal, qui fait les choux gras de la presse depuis que Quick a ouvert 14 nouveaux restaurants halal en France, le CFCM reconnaît par son silence que le dossier est épineux, laissant pour le moment les consommateurs responsables d’eux-mêmes mais promet la publication d'une charte halal avant la fin de cette année 2010, « qui serait opposable à tous les professionnels ». [Ecouter l'interview ci-dessous]


cfcm_une_charte_halal_avant_la_fin_de_l_annee_2010.wav CFCM_Une charte halal avant la fin de l'année 2010.wav  (7.71 Mo)







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