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Culture & Médias

Wikileaks : Saphirnews, un média de premier plan selon les États-Unis

La stratégie américaine vers les minorités décryptée

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 3 Décembre 2010

Depuis la publication de milliers de télégrammes et de rapports diplomatique sur Wikileaks fin novembre, le site Internet n’en finit plus de parler de lui. Un vrai « 11-Septembre de la diplomatie mondiale », selon le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, ébranle la Maison Blanche. Toutefois, seuls quelques mémos ont retenu l’attention de Saphirnews, évoqué par l’ambassade américaine de Paris pour appuyer sa stratégie de promotion des minorités en France.



Wikileaks : Saphirnews, un média de premier plan selon les États-Unis
Que le roi Abdallah d’Arabie Saoudite conseille aux États-Unis de « couper la tête du serpent » − autrement dit, de faire la guerre à l’Iran − ou que Nicolas Sarkozy soit dépeint comme « le président français le plus pro-américain depuis la Seconde Guerre mondiale » et un « pro-israélien », on le savait. Bien que les contenus d’un grand nombre de notes révélées par la presse soient bien connus du grand public, ils prennent une autre dimension quand elles se révèlent officiellement officieuses.

Toutefois, une surprise de taille a été bien accueillie par l’équipe de Saphirnews. Une des missives divulguées par Wikileaks et datant de janvier 2007 fait référence à Saphirnews.com – et Oumma.com – comme un site « de premier plan » qui partagent leurs « valeurs ».

Des liens ont en effet été tissés depuis longtemps entre les officiels américains en France et Saphirnews, qui a été amené, par exemple, à rencontrer la porte-parole du Congrès américain, Lynne Weil, en décembre 2008, pour discuter de l'état de la société française. Entre autres rencontres, soulignons aussi la présence de Farah Pandith, représentante spéciale pour les communautés musulmanes au département d'État américain, à l’occasion du premier anniversaire de Salamnews, le premier mensuel gratuit des cultures musulmanes qui avait convié 400 lecteurs et abonnés à la Géode (Paris 19e), le 27 octobre 2009.

La formation des élites, de probables décideurs de demain

Ces notes nous dévoilent amplement la stratégie américaine vis-à-vis des minorités ethniques et religieuses, qui englobent entre autres les musulmans de France : susciter l’émergence de leaders au sein de la société civile, en soutenant des projets dans les banlieues françaises, en favorisant des échanges transatlantiques et en accroissant l’implication des médias de la diversité dans le paysage français.

L’ambassade américaine à Paris, dirigé par Charles Rivkin depuis juin 2009, appelle depuis longtemps à « encourager les voix modérées de la tolérance à s’exprimer avec courage et conviction » afin de former et d'investir « dans des médias et des militants politiques qui partagent nos valeurs », peut-on lire dans une des notes, classée confidentielle.

Le défi de la représentation des minorités dans les plus hautes sphères de la société est grand, car « les institutions françaises ne se sont pas montrées assez flexibles pour s’ajuster à la démographie de plus en plus hétéroclite ». Encore aujourd’hui, très peu de personnes issues de la diversité tiennent des postes à responsabilités. Pour preuve, on compte seulement 3 députés sur 577 et 4 sénateurs sur 343 issus de l’immigration.

Quant aux médias français, « la couleur reste en majorité le blanc, avec quelques modestes avancées dans la représentation à la caméra lors des journaux télévisés ». « La réalité de la société française défie donc les idéaux égalitaires de la nation », écrit-on plus bas. « Le vrai problème est l’échec de la France blanche et chrétienne à considérer ses compatriotes à la peau sombre et musulmans comme des citoyens à part entière », lit-on dans un autre mémo datant du 9 novembre 2005, en pleine révolte des banlieues.

L'expérience américaine comme source d'inspiration pour les minorités

« Nous pensons que si la France, à long terme, ne propose pas assez d’opportunités et ne reflète pas fidèlement la représentation politique de ses minorités, elle deviendra un pays plus faible et plus divisé, peut-être plus enclin à des crises et à un repli sur soi, et donc un allié moins intéressant », lit-on.

Les États-Unis comptent bien inspirer la France de son expérience. « Nous continuerons à adopter, bien sûr, une attitude humble par rapport à notre propre situation aux États-Unis, mais continuerons néanmoins à souligner les bénéfices innombrables venant d’une approche proactive à une grande inclusion sociale, complémentant nos partenaires français sur toute mesure positive qu’ils prennent. »

L’objectif tout affiché est de combattre le terrorisme et l’intégrisme, souvent le fruit de l’exclusion sociale, de la marginalisation et du désespoir de jeunes, facilement exploitables par des groupes peu scrupuleux. Outre ce combat, les relations mises en place par les États-Unis envers les minorités leur permettent sans conteste d’améliorer leur image.

Il existe des divergences très importantes avec Washington sur ses engagements militaires en Irak et en Afghanistan ou encore sur le dossier Israélo-palestinien. Mais il y a aussi des convergences avec les États-Unis sur la lutte victorieuse pour les droits civiques et les valeurs inclusives du vivre-ensemble. Certaines leçons de l’Oncle Sam concernant l’intégration des musulmans dans les sociétés occidentales et des minorités sont toujours bonnes à prendre.







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