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Religions

UOIF et Grande Mosquée de Paris, un mariage d'intérêts retrouvés

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 15 Avril 2015

Amar Lasfar et Dalil Boubakeur, bras dessus, bras dessous au Salon du Bourget : c’était l’image forte qui a marqué la 32e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF). Est-ce pour autant la lune de miel entre l’Union des organisations islamiques de France et la Grande Mosquée de Paris ? Saphirnews fait le point sur l'état des relations entre les deux fédérations.



Amar Lasfar, président de l'UOIF, et Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, ensemble à la 32e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) le 4 avril.
Amar Lasfar, président de l'UOIF, et Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, ensemble à la 32e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) le 4 avril.
L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) veut faire de la Grande Mosquée de Paris (GMP) son principal partenaire parmi les fédérations musulmanes de France. La réciproque est vraie. Rien de mieux que de faire de Dalil Boubakeur, recteur de l’institution parisienne, l’invité d'honneur de la RAMF 2015, qui demeure à ce jour le plus grand rassemblement des musulmans en France et en Europe.

Pour souligner cette présence, les présidents des deux fédérations ont tenu à le signaler en amont par un communiqué commun dans lequel Dalil Boubakeur a fait savoir qu’il interviendrait « de concert avec le président de l’UOIF (…) pour exposer la thématique relative à la place de la composante musulmane de France au sein de la communauté nationale ».

Ce n'est pas la première fois que la GMP se rend au Salon du Bourget mais ses venues sont rares – trois fois au total – pour ne pas être soulignées, plus encore cette année car les liens entre l’UOIF et la GMP, fluctuants selon les années, n'ont jamais été aussi forts que ce jour. La présence dernière de Dalil Boubakeur vient marquer, sans la conclure, une année de rapprochement entre deux institutions de l’islam de France dont les relations ont été mises à mal après deux boycotts successifs de l’UOIF du Conseil français du culte musulman (CFCM) à l'occasion des élections.

Avec la montée de l'extrémisme, regain d'attention mutuelle

En 2014, plusieurs communiqués signés à deux mains nous ont en effet été parvenus pour marquer cette union, d’intérêts avant tout. L'ampleur des exactions commises par l’Etat islamique, à l’encontre des chrétiens d’Orient ou, plus globalement, de ses opposants, musulmans en majorité, a été l’occasion de se serrer les coudes.

Un groupe de travail chargé d’élaborer « un programme de coopération pour l’année 2015 se traduisant par des actions communes autour de thématiques religieuses et de lutte contre le radicalisme » avait été annoncé par les deux parties en décembre 2014. Aucune date pour le colloque national, qui devait se tenir initialement « au premier trimestre de l’année 2015 », n’a cependant été posée mais ce dernier reste d’actualité, assurent des responsables de l’UOIF. Entre-temps, des attentats ont frappé Paris, à la suite desquels les membres du CFCM comme de l’UOIF, ensemble, avaient alors appelé à rejoindre la grande manifestation d’union nationale.

UOIF et Grande Mosquée de Paris, un mariage d'intérêts retrouvés

Ce que peut en tirer l'UOIF

Pour l’UOIF, il s’agit de sortir de l’isolement institutionnel provoqué par son départ du CFCM en 2011 puis son retrait aux dernières élections de 2013, mais aussi par sa filiation historique avec les Frères musulmans qui dérange de Manuel Valls à Marine Le Pen. De toutes les fédérations, l’UOIF reste encore la plus mal perçue dans la sphère politique et médiatique. Des relations renforcées avec la GMP qui bénéficie, elle, de la plus grande confiance des autorités et des principaux dirigeants politiques français lui sont bénéfiques pour regagner doucement une confiance institutionnelle.

Quand l’UOIF a été accusée, en novembre 2014, d’être une organisation terroriste par les Emirats arabes unies la Grande Mosquée de Paris a volé à sa rescousse, en reconnaissant en l’UOIF « une institution responsable, qui œuvre pour la paix sociale et l’intégration de l’islam et des musulmans dans le paysage français en respectant des lois de la République ». Cette prise de position publique, inhabituelle de la Mosquée de Paris mais appréciée, renforce cette dernière aux yeux de l'UOIF dans sa capacité à réduire l'image négative de son organisation.

« L’UOIF n’est pas dans le CFCM mais il ne doit pas se couper du CFCM », nous fait part Lhaj Thami Breze, ex-président de l’UOIF. Plus aujourd’hui qu’hier après l’annonce par les autorités d’une instance de dialogue à laquelle l’UOIF craint d’être mise à l’écart. « Nous avons cette conviction que l’islam de France est représenté par beaucoup d’acteurs et d’instance et aucun acteur ne peut prétendre représenter les musulmans, y compris l’UOIF, malgré sa valeur. On a besoin de reconnaître la diversité pour la mettre au service de la communauté », lance-t-il.

Et pour la Grande Mosquée de Paris ?

« On a vraiment besoin de s’unir et de coordonner nos deux structures. L’UOIF a la légitimité populaire et la Grande Mosquée de Paris, la légitimité officielle ; et il est bon d’associer les deux pour rendre service à la France et à la communauté musulmane », dit Lhaj Thami Breze.

Du côté de la GMP, qui va céder sa place, en juin, de la présidence du CFCM au profit du Rassemblement des musulmans de France (RMF), proche du Maroc, on se prépare à être moins présent sur la scène médiatique au nom du CFCM. L’institution liée à Alger espère ainsi pouvoir renforcer sa voix en s'associant à l'UOIF.

Des points de désaccord importants demeurent, à commencer par la posture à adopter concernant la fixation des mois du calendrier musulman. A moins de deux mois du Ramadan 2015, la question reste sensible. Comme pour les horaires de prières, les deux fédérations assurent y travailler pour trouver une position commune, au nom de « l'intérêt des musulmans de France ». Mais qui sera prêt à céder de sa position pour l'autre ? Difficile tant l'enjeu est grand : celui de son influence sur l'islam de France.





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