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Société

Toulouse, Daesh, Joué-les-Tours… L’UOIF, bouc émissaire du Front national

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 25 Décembre 2014

L'appel à dissoudre l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) lancé par le Front national après l'affaire de Joué-les-Tours est le dernier d'une longue liste de revendications similaires du parti fondées... sur des caricatures et des mensonges.



Toulouse, Daesh, Joué-les-Tours… L’UOIF, bouc émissaire du Front national
« Après Joué-lès-Tours, en finir avec la faiblesse face aux islamistes ! » De très nombreuses zones d’ombres subsistent encore dans l’affaire de l’attaque du commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) qui s’est produite samedi 20 décembre mais les conclusions sont déjà établies par le Front national. Adepte des raccourcis mensongers, le parti d’extrême droite a une nouvelle fois mis ce drame sur le dos de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

Par la voix de Nicolas Bay, secrétaire général du FN, il a réclamé dès le 21 décembre la dissolution de la fédération musulmane. « La République ne doit plus faire preuve d’aucune faiblesse face aux extrémistes ! La sécurité des Français nécessite désormais de la fermeté. C’est pourquoi le Front National réclame l’interdiction de tous les groupes islamistes radicaux, à commencer par l’Union des organisations islamiques de France », a écrit le député européen.

Une vieille revendication maintes fois brandie

Tant pis si aucun lien n'existe entre cette organisation et les faits reprochés, le FN ne s’est pas privé d’exprimer sa détestation de l'UOIF. Sa dissolution est une vieille revendication que le mouvement de Marine Le Pen martèle telle une vieille rengaine. Des communiqués, il y en a en effet eu pas mal depuis 2012, il n’y a plus qu’à compter.

Avant Joué-les-Tours, la notice rouge délivrée par Interpol à Yusuf al-Qaradawi le 8 décembre a été une occasion pour Nicolas Bay de renouveler la demande auprès des autorités, oubliant - sciemment - de dire que les accusations portées contre la figure historique des Frères musulmans émanent du pouvoir égyptien, qui a déclaré la confrérie parmi les organisations terroristes pour mieux justifier la répression à son encontre.

Peu de temps avant, c’est Marine Le Pen qui a pris la parole pour réclamer la dissolution de l’UOIF après son placement dans la liste des organisations terroristes par les Emirats arabes unis où se mêlaient groupes criminels et structures des plus respectables qui se sont toujours dissociées du terrorisme. Du pareil au même pour la présidente du FN, qui a la caricature facile : elle accuse l'UOIF, « qui représente la mouvance intégriste de l’islam en France » et « encourage à la radicalisation », de « nourrir les revendications communautaristes et le fanatisme notamment dans les quartiers » avec « le soutien actif de Nicolas Sarkozy ».

Le radicalisme et les « loups solitaires », la faute de l’UOIF

Le Salon du Bourget en avril 2012 a véritablement été l’une des occasions dont s’est servi le Front national pour tirer à boulets rouges sur l’UOIF, à tel point que celle-ci avait décidé de porter plainte pour diffamation. « Marine Le Pen aidera les Français musulmans à se libérer de l'emprise de ces fanatiques qui pourrissent les quartiers et oppriment les femmes, en pervertissant la religion », avait-elle lancé à l’époque en réclamant l’interdiction du congrès de l’UOIF. La période était propice : le Rassemblement annuel des musulmans de France s’était déroulée peu de temps après la terrible tuerie de Toulouse, et en pleine campagne présidentielle où le visage de l’UMP se FNisait avec Nicolas Sarkozy. Plusieurs prédicateurs avaient alors été interdits d’entrée sur le territoire français.

L’UOIF a fini par s’indifférer des appels à sa dissolution tant ils sont devenus habituels. « Nous n’avons rien à nous reprocher », nous déclare Amar Lasfar, son président. Les attaques n'en deviennent pas moins lassantes. Désormais, l’UOIF est présentée comme un supplétif de l’Etat islamique (ou Daesh), qui a vu ses rangs de combattants occidentaux exploser en 2014. Après la diffusion de vidéos présentant des Français alliés à la cause de l’organisation terroriste, le FN, via Gilles Lebreton, conseiller politique de Marine Le Pen, a indiqué le 19 novembre que la dissolution de l’UOIF est une « des mesures énergiques » pour contrer « le danger du fondamentalisme musulman en France ».

Amar Lasfar, président de l'UOIF.
Amar Lasfar, président de l'UOIF.

Une action judiciaire en vue ?

Il se garde bien de rappeler que l’UOIF n’a eu de cesse de se démarquer de l’EI : elle a été signataire en septembre d’un appel des musulmans de France contre l’organisation dans lequel sont condamnées ses actions « criminelles et barbares ». Une mise en garde à l’endroit des jeunes musulmans de France « qui seraient tentés d’aller combattre aux côtés de ces terroristes » avait aussi été lancée afin qu’il prennent « conscience de l’ampleur de la gravité des crimes dont ils pourraient se rendre complices, ainsi que de la lourde responsabilité, devant Dieu et devant l’humanité, d’une telle complicité ».

« Nous sommes en train de réunir tous les éléments pour remettre à l’ordre du jour une plainte et la traîner (Marine Le Pen) devant les tribunaux », indique Amar Lasfar, jugeant que si le FN a le droit de réclamer une dissolution, ses arguments pour la fonder sont diffamatoires. L’UOIF n’était pas allée jusqu’au bout de sa démarche judiciaire en 2012, époque à laquelle Ahmed Jaballah était aux responsabilités. Rien ne nous dit donc de sa détermination à attaquer aujourd'hui le FN, qui prend toujours plus du poids dans la vie politique française. Pour le parti, fidèle aux amalgames visant les musulmans, l’UOIF continuera d'être une proie facile pour servir ses idées, qui n'en deviennent que plus dangereuses lorsque leur récupération ailleurs s'opère.





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