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Cinéma, DVD

Omar, yamakasi des Territoires occupés

Rédigé par | Jeudi 17 Octobre 2013



Omar, yamakasi des Territoires occupés
Il saute de terrasse en terrasse, court à perdre haleine dans les ruelles, traverse les maisons et les cours intérieures à toute allure, grimpe avec dextérité sur la corde le long d’un mur haut de plusieurs mètres. Mais pas n’importe quel mur. C’est le Mur de séparation érigé par l’occupant israélien, celui qui divise les villes et villages palestiniens et découpe les Territoires tel un gruyère où l’on ne sait plus quel côté du Mur est occupé ou ne l’est pas…

Car Omar saute d’immeuble en immeuble non pas pour le plaisir de battre des records d’acrobatie urbaine tels les yamakasi (« esprit fort, homme fort, corps fort » en lingala) de nos banlieues d’Occident, mais pour échapper à ses poursuivants. Car lui risque vraiment sa peau.

Omar, jeune Palestinien, fait le Mur pour rejoindre sa belle, Nadia, et ses deux amis d’enfance Tarek (frère de Nadia) et Ajmad. Complices, farceurs, ils sont aussi de jeunes gens qui subissent au quotidien les humiliations de l’occupation israélienne. Un jour, alors qu’il est soupçonné d’avoir franchi le Mur, Omar se fait arrêter pour vérification de papier et c’est à coup de crosse dans le nez que les soldats israéliens lui font comprendre qu’il n’est pas maître en son pays. « Je suis tombé de vélo », dira-t-il à ses amis pour expliquer son nez en patate.

Les trois jeunes gens font partie d’une brigade, qui, comme toutes les résistances armées, veulent mettre fin à l’occupation. Une nuit, ils se préparent à commettre leur première turpitude : tirer sur les soldats d’une garnison israélienne. Omar est chargé de voler la voiture, Ajmad de tirer. Les trois jeunes hommes se font courser, Omar est arrêté. Emprisonné, torturé…

Persuadé que Tarek est l’auteur du meurtre du soldat israélien, le commandant Rami propose un « deal » : en échange de sa libération, Omar devra livrer son ami Tarek à l’armée israélienne. Sinon : « 90 ans de prison », car en déclarant à l’un de ses codétenus « Je n’avouerai jamais », Omar a prononcé, par devers lui, une phrase considérée comme étant un aveu de complicité devant la cour de justice israélienne. « On peut y faire quelque chose ? », demande-t-il à son avocate, à l’entente de sa sentence de 90 ans de prison. « Tant qu’il y aura l’occupation, non », lui rétorque-t-elle.

Omar accepte alors le « deal ». S’ensuit un véritable polar doublé d’un film psychologique. Peut-on trahir son ami d’enfance pour sauver sa peau et ce qu’il reste d’amour pour sa bien-aimée ? Peut-on renier ses idéaux politiques, abandonner son combat pour la libération de son pays afin d’éviter de moisir en prison et se faire tuer par des codétenus qui le soupçonnent d’être un traître à la botte d’Israël ?

« Je ne réaliserai jamais un film qui condamne ou défend des êtres humains de manière univoque. Je laisse cela aux cours de justice du monde entier », explique le réalisateur Hany Abu-Assad (Paradise Now, nommé aux Oscars du meilleur film étranger 2005). « Je suis intéressé par la face humaine des combattants de la liberté, car c’est souvent notre talon d’Achille qui nous rend humain. »

Un thriller sur la question de la culpabilité, de l’amitié, de l’amour aussi… Brillamment interprété par de jeunes acteurs qui jouent ici leur premier film : Adam Bakri, dans le rôle principal, Eyad Hourani (Tarek), Samer Bisharat (Amjad), mais aussi Leem Lubany (Nadia), absolument lumineuse. L’acteur Waleed F. Zuaiter, en plus d’incarner parfaitement l’agent israélien Rami, a produit le film, faisant d’Omar le premier film financé à 100 % par des Palestiniens.

Omar, de Hany Abu-Assad, a remporté le prix du jury Un certain regard au festival de Cannes 2013. Il le mérite bien et il est notre coup de cœur cinématographique de la rentrée.

Omar, film de Hany Abu-Assad, avec Waleed Zuaiter, Adam Bakri, Samer Bisharat...
Prix du jury Un Certain Regard, festival de Cannes 2013.
Sortie en salles le 16 octobre 2013.





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