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Finance éthique

Finance islamique : Al Rayan Bank affiche ses premiers bénéfices

Rédigé par | Jeudi 6 Août 2015

Al Rayan Bank, anciennement Islamic Bank of Britain (IBB), avec ses 117 employés et ses 8 agences, a annoncé, au printemps dernier, son premier bénéfice depuis sa création en 2004. L’Islamic Bank of Britain (IBB) a été la première banque islamique à voir le jour en Europe. Dix ans après, à la suite de son acquisition par la filiale anglaise de la banque qatarie Masraf Al Rayan QSC (Al Rayan), elle change de nom pour devenir Al Rayan Bank*. Entretien avec Sultan Choudhury, lequel avait rejoint l’équipe de direction d’IBB dès ses premières heures et qui occupe aujourd’hui la fonction de directeur général d’Al Rayan Bank.



Al Rayan Bank (ex-IBB) a plus que doublé son résultat d’exploitation, qui est passé de 4,4 millions de livres sterling (6,3 millions d’euros) en 2013 à 11,8 millions de livres sterling (16,9 millions d’euros) en 2014. (Photo : © Al Rayan Bank)
Al Rayan Bank (ex-IBB) a plus que doublé son résultat d’exploitation, qui est passé de 4,4 millions de livres sterling (6,3 millions d’euros) en 2013 à 11,8 millions de livres sterling (16,9 millions d’euros) en 2014. (Photo : © Al Rayan Bank)

Saphirnews : Actuellement directeur général d’Al Rayan Bank, quel a été votre parcours dans l’industrie de la finance islamique ?

Sultan Choudhury : J’ai été nommé au poste nouvellement créé de Chief Executive Officer (CEO) en juin 2014, après avoir supervisé avec succès l’acquisition de la banque par Masraf Al Rayan, une banque islamique basée au Qatar. IBB fêtait ses 10 ans en 2014 et j’étais le collaborateur le plus ancien de la banque, en l’ayant intégrée dès sa création, en 2004. Aujourd’hui, la banque propose la plus large gamme de produits financiers de détail islamiques au Royaume-Uni et attire plus de 50 000 clients. En tant que PDG, je travaille maintenant avec la nouvelle société mère d’IBB, Masraf Al Rayan, pour fournir une stratégie conçue pour la croissance et la rentabilité.

Avant de rejoindre IBB, j’avais travaillé pour Charles Schwab Europe, Barclays Private Bank et Deloitte. Je suis comptable agréé et diplômé d’un master en administration des affaires (MBA) avec mention. Je participe également activement à divers groupes consultatifs du gouvernement pour contribuer à la poursuite du développement de l’industrie britannique des services financiers islamiques.

Quelles sont les raisons du changement de nom d’IBB en Al Rayan Bank ?

Sultan Choudhury : IBB a intégré le groupe Masraf Al Rayan, la cinquième plus grande banque islamique dans le monde et la deuxième par sa capitalisation boursière. Le changement d’Al Rayan Bank représente le dernier chapitre de l’histoire de la banque, qui va lui permettre d’étendre son offre de produits et de services à large public. La banque permet de préserver l’esprit d’IBB qui reste une banque islamique britannique dédiée à l’éthique et offrant un excellent service à sa clientèle.

La banque souhaite renforcer son offre de produits et élargir sa clientèle en se tournant vers les non-musulmans, les professionnels et les personnes en provenance du Golfe en quête de services bancaires au Royaume-Uni.

Cela signifie-t-il que le terme « islamique » va progressivement s’effacer ?

Sultan Choudhury : Le passage d’Islamic Bank of Britain à Al Rayan Bank permet d’élargir son public cible, les offres et services proposés. Cependant, elle reste une banque islamique offrant une finance conforme au droit musulman. Depuis sa création en 2004, IBB a attiré plus de 50 000 clients, y compris un nombre croissant de clients non musulmans qui sont attirés par les valeurs d’équité et d’éthique prônées par la banque.

En changeant son nom, IBB reflète simplement le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la Banque qui, comme Al Rayan Bank, continuera à offrir des solutions conformes au droit musulman, ce qui permettra de capitaliser sur les excellentes fondations établies au cours de ces dix dernières années. Les activités d’Al Rayan Bank continueront d’être surveillées par un comité indépendant de conformité au droit musulman. L’établissement continuera à fonctionner comme toute banque réglementée au Royaume-Uni, et les dépôts des clients resteront protégés selon la réglementation en vigueur.

Quels sont les principaux défis que vous avez eu à relever ?

Sultan Choudhury : Le principal défi a été de faire face, au cours des dix dernières années, à un manque de compréhension chez les consommateurs sur la façon dont les banques islamiques travaillent. L’investissement dans la pédagogie a aidé IBB à surmonter ce défi à un degré significatif, mais il y a encore beaucoup à faire.

Sultan Choudhury, directeur général d’Al Rayan Bank : « 81 % des musulmans britanniques utilisent actuellement ou utiliseront la finance islamique dans un futur proche. »
Sultan Choudhury, directeur général d’Al Rayan Bank : « 81 % des musulmans britanniques utilisent actuellement ou utiliseront la finance islamique dans un futur proche. »
Cependant, des progrès ont été démontrés par les résultats d’une enquête nationale indépendante, qui a été menée en août 2013 auprès de 300 consommateurs britanniques (dont un tiers de non-musulmans) à travers le Royaume-Uni. 66 % des personnes interrogées estimaient que la finance islamique est appropriée dans une société occidentale moderne, telle que celle du Royaume-Uni. 65 % estimaient que la façon dont fonctionne la finance islamique est différente de la façon dont œuvrent les banques conventionnelles. 60 % pensent que la finance islamique est accessible à tous.

L’analyse des réponses apportées par les 200 clients musulmans et clients potentiels montre que 36 % des musulmans en Grande Bretagne utilisent actuellement la finance conforme au droit musulman, dont 9 % l’utilisent exclusivement ; 45 % de musulmans qui n’utilisent pas actuellement la finance conforme au droit musulman sont susceptibles de le faire à l’avenir. Par conséquent, 81 % des musulmans utilisent actuellement ou utiliseront la finance islamique dans un futur proche.

Les résultats ont révélé un niveau élevé de soutien pour la finance islamique parmi les consommateurs britanniques, musulmans et non-musulmans.

Quelles sont les perspectives de développement du marché financier islamique de détail au Royaume-Uni ?

Sultan Choudhury : D’un point de vue réglementaire, la position du Royaume-Uni a été de créer un terrain propice au développement des banques islamiques, plutôt que de leur fournir un avantage législatif. Cette approche explique que le gouvernement britannique n’a cessé de « stabiliser » l’environnement juridique pour les banques islamiques. Ce volontarisme politique est unique en Europe. Le Trésor et les autres ministères du gouvernement britannique ont reconnu l’importance croissante de la finance islamique. David Cameron, Premier ministre, lors du Forum mondial économique islamique à Londres en octobre 2013 a annoncé son ambition de positionner le Royaume-Uni comme la plaque tournante occidentale pour la finance islamique, avec un certain nombre de mesures pour soutenir cet objectif.

Depuis lors, le gouvernement britannique a émis un sak souverain de 200 millions de livres sterling, le premier au monde à être lancé à l’extérieur du monde islamique. Le gouvernement a pris un certain nombre d’initiatives visant à élargir l’accessibilité des consommateurs aux produits financiers de détail conformes au droit musulman. Par exemple, le gouvernement a lancé le développement du financement des prêts étudiants conforme au droit musulman. En cas de succès, cette solution sera déployée en 2016.

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs français qui veulent implanter la finance islamique en France ?

Sultan Choudhury : Il a fallu plus d’une décennie pour atteindre un écosystème raisonnable pour la banque islamique au Royaume-Uni. Pour cette raison, donner des conseils aux entrepreneurs est difficile, car il reste encore beaucoup de travail à faire pour l’industrie financière islamique en Grande Bretagne.

Néanmoins, la première étape importante pour les entrepreneurs est de prouver qu’il existe un marché viable pour la finance islamique en se fondant sur des études de marché afin d’établir le niveau de la demande. Après cela, ils devraient mobiliser des capitaux pour créer une institution financière. Ce capital doit provenir d’investisseurs locaux et étrangers. Il est alors important d’aborder le premier défi réglementaire, qui est de créer une base de dépôts. Cela fournira le financement pour les produits actifs. La solution doit être dans le respect du droit musulman et acceptable pour le régulateur. Il se peut que des comptes d’épargne fondés sur le contrat de wakala soient la meilleure option, car ils sont moins controversés pour les régulateurs occidentaux.

Ensuite, les actifs doivent être développés. Encore une fois, il faudra veiller à ce que les questions fiscales soient résolues de manière à ce que les produits islamiques puissent être traités de manière équitable par rapport aux produits conventionnels.

Avec ces blocs de construction, et les autorisations réglementaires associées, les entrepreneurs auront les bases d’une banque islamique leur permettant de créer de nouveaux produits.
Il est également fondamental qu’il y ait un engagement politique des dirigeants du pays ainsi qu’un mouvement unifié de soutien et de lobbying des consommateurs musulmans. Cela doit être couplé à un programme de formation et de pédagogie pour tous les acteurs concernés : décideurs politiques, fonctionnaires, législateurs, consommateurs…

Enfin, il est nécessaire de comprendre que toutes les grandes réalisations commencent à petits pas. Ainsi, même si toutes les étapes décrites ci-dessus peuvent sembler décourageantes, il est important de mobiliser ceux qui y croient et commencer le lobbying dès à présent.

Note
* Al Rayan Bank n’opère pas sur le marché français.




Ezzedine Ghlamallah
Directeur de SAAFI, cabinet de conseil, spécialiste de la distribution et de la conception de... En savoir plus sur cet auteur


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