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Cinéma, DVD

Festival de Cannes : la guerre sous les paillettes

Rédigé par | Vendredi 23 Mai 2014



Huit ans après « Bamako » qui dénonçait les dégâts de la Banque mondiale et du FMI en Afrique, le réalisateur Abderrahmane Sissako s'attaque aux djihadistes venus imposer leurs lois iniques, selon une lecture dévoyée de l'islam, sur les terres du Mali, avec le film « Timbuktu », présenté en compétition au 67e Festival de Cannes.
Huit ans après « Bamako » qui dénonçait les dégâts de la Banque mondiale et du FMI en Afrique, le réalisateur Abderrahmane Sissako s'attaque aux djihadistes venus imposer leurs lois iniques, selon une lecture dévoyée de l'islam, sur les terres du Mali, avec le film « Timbuktu », présenté en compétition au 67e Festival de Cannes.
Paradoxe de notre société d’aujourd’hui : ceux qui parviennent à conscientiser les esprits du plus grand nombre sont, bien souvent, ceux qui ont réussi à recevoir la bénédiction des médias mainstream, à bénéficier du relais des peoples et à tirer vers eux la force de l’industrie du divertissement.

Le cinéma en est un des outils privilégiés et le Festival de Cannes, festival de cinéma vieux de 68 ans et le plus médiatisé, peut constituer une belle rampe de lancement aux cinéastes et aux documentaristes qui ont des choses à dire à la conscience du monde.

À côté des bimbos qui s’étalent sur la plage de Cannes, des décolletés siliconés de stars qui pavoisent sur le tapis rouge et des nuits de fête embrumées, quelques films présentés cette année lors du 67e Festival de Cannes, qui se déroule du 14 au 25 mai 2014, rappelle la noirceur d’un monde où guerres et conflits ne cessent de ponctuer le cours de nos vies. Séquelles, souffrances, représailles au nom de la religion ou de la politique, reconstruction de soi (et du pays)…

Le combat silencieux de ceux qui résistent

Timbuktu, le chagrin des oiseaux (France-Mali), d’Abderrahmane Sissako (réalisateur de Bamako, en 2006), a ouvert le bal, jeudi 15 mai. Seul à représenter l’Afrique sur les 18 longs métrages en compétition, le réalisateur mauritanien narre le basculement de la vie à Tombouctou avec l’arrivée des djihadistes au nord du Mali. Ou comment la foi et la culture sont prises en otage par l’extrémisme religieux…


« Ce qui est grave, ce n’est pas seulement les mains qu’on coupe ou les coups qu’on donne, c’est aussi une culture qui est atteinte et qu’on exécute en quelque sorte », dénonce Abderrahmane Sissako dans une interview accordée au Monde. « Le vrai courage, c'est ceux qui ont vécu un combat silencieux. Tombouctou n'a pas été libéré par Serval. La vraie libération, c'est ceux qui chantaient au quotidien dans leur tête une musique qu'on leur avait interdite, ceux qui jouaient au foot sans ballon », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse donnée à Cannes .

Mardi 21, c’est au tour de Michel Hazanavicius d’entrer en compétition. Changeant de registre, le réalisateur d’OSS 117 et de The Artist passe de la comédie au drame, avec The Search. Ce film, interprété notamment par sa muse Bérénice Béjo (Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2013 pour Le Passé), évoque la seconde guerre en Russie et Tchétchénie , en croisant quatre destins pris dans le conflit de 1999.

« Eau argentée, Syrie autoportrait », d'Ossama Mohammed et Wiaw Simav Bedirxan, qui, à travers leur documentaire, clament « le droit pour chaque Syrien d'habiter sa terre en paix ».
« Eau argentée, Syrie autoportrait », d'Ossama Mohammed et Wiaw Simav Bedirxan, qui, à travers leur documentaire, clament « le droit pour chaque Syrien d'habiter sa terre en paix ».

« Si j'ai survécu, c'est grâce à cette caméra »

Vendredi 16 mai, les deux coréalisateurs syriens d’Eau argentée, Syrie autoportrait (Silvered Water, Syria Self-Portrait), projeté hors compétition, se rencontraient pour la première fois à Cannes. Ossama Mohammed, 60 ans, réfugié à Paris depuis 2011, et Wiaw Simav Bedirxan, 35 ans, Syrienne de Homs, ont coréalisé à distance, durant 11 mois d'échanges sur le Net, ce documentaire.

Constitué, d’une part, de vidéos collectées sur YouTube et, d’autre part, d’images filmées au quotidien par Simav (« eau argentée » en kurde, donnant ainsi son nom au film) dans la ville assiégée, le film sera projeté sur Arte en septembre et sans doute en salles compte tenu de sa force cinématographique qui a su émouvoir les festivaliers.

Toujours en séance spéciale, mardi 20 mai, le documentaire Of Men and War (Des hommes et de la guerre), du Français Laurent Bécue-Renard, s’intéresse, quant à lui, à 12 soldats américains de retour d’Irak ou d’Afghanistan : quand bien même l’on est rentré du front physiquement sain et sauf, comment redevenir « normal » quand on est atteint du syndrome de stress post-traumatique lié aux souvenirs des champs de bataille, aux tueries de femmes et d'enfants ?

Enfin, jeudi 22 mai, Les Ponts de Sarajevo regroupe 13 courts métrages réalisés par des cinéastes de renom comme des cinéastes émergents. Aux côtés de, notamment, Jean-Luc Godard, on note par exemple la réalisatrice bosniaque Aïda Beji (mention spéciale du jury Un Certain regard du festival de Cannes 2012 pour son film Djeca, Enfants de Sarajevo).

Point de départ de la Première Guerre mondiale, assiégée pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine, la ville de Sarajevo accueillera, en juin 2014, « Sarajevo cœur de l’Europe », une semaine de manifestations culturelles organisée à l’occasion du centenaire de la guerre 1914-1918 et au cours de laquelle, justement, sera projeté le film Les Ponts de Sarajevo (en salles, en France, le 2 juillet 2014).

Une façon de symboliser, après les destructions liées à la guerre, les reconstructions possibles, tout du moins espérées, d’un monde à la paix fragile.





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