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Cinéma, DVD

« L’attentat » : sur les traces d'une kamikaze

Rédigé par | Jeudi 9 Mai 2013



« L’attentat » : sur les traces d'une kamikaze
Le film démarre sur un couple qui se dit au revoir : « Chaque fois que tu me quittes, c’est un peu de moi qui s’en va. » Amine et Siham ne se reverront plus.

Amine Jaafari, Israélien d’origine arabe, chirurgien renommé, va recevoir le prestigieux prix Bav Eliezer : « C’est la première fois depuis 14 ans qu’un Arabe remporte le prix », dira-t-on à la tribune officielle. Pendant la cérémonie donnée par l'Académie israélienne, son téléphone sonne. Il ne décrochera pas. S’il l’avait fait, le cours de sa vie aurait-il changé ?

Quelques heures plus tard, ayant à peine eu le temps de savourer la reconnaissance sociale et médiatique qu’il vient d’acquérir, Amine est sollicité de toute urgence. Un attentat vient d’être perpétré dans un restaurant de Tel Aviv. Il opère à tour de bras. Le bilan est lourd : 11 morts, des blessés, dont certains seront handicapés à vie… Personne ne revendique l’attentat.

Une femme est retrouvée parmi les décombres, les jambes sectionnées. Elle est le premier suspect. On demande à Amine de reconnaître ce qu’il reste du corps. Il est celui de Siham, sa femme bien-aimée.

Le Dr Jaafari est alors à son tour soupçonné. Comment n’a-t-il pas pu savoir ce que sa femme tramait ? Ses nombreux amis israéliens ne tardent pas à lui tourner le dos. Toutes ses certitudes s’écroulent peu à peu.

Le film suit alors les interrogations du Dr Jaafari et sa quête de la vérité. « Je veux aller à Naplouse pour savoir qui lui a lavé le cerveau », convaincu que sa femme, chrétienne, ait été incapable de commettre un tel acte.

Au fil des rencontres, qui le mettent face à ses propres démissions (« J’étais absorbé par moi-même »), Amine dénoue l’écheveau. Cheikh Marwan, qui n’est pas tout à fait en odeur de sainteté, n’a pourtant en rien téléguidé Siham, qui, non, ne s’est pas convertie pour perpétrer son acte : « Le bâtard est celui qui oublie ses racines », reproche-t-on à Amine, qui n’est pas retourné à Naplouse depuis une dizaine d’années. Le prêtre palestinien, dans son église baignée par le calme et la sérénité, approuve l’attentat : « Ta femme est morte pour ta rédemption », lui signifie-t-il. « Nous ne sommes pas des islamistes ni des chrétiens intégristes. Nous sommes un peuple ravagé qui tente de retrouver sa dignité. » En Palestine, la lutte contre l’occupation israélienne n’est pas religieuse, elle est profondément politique.

L’Attentat pose ainsi la question des origines, de l’attachement à son pays, de l’ascension sociale et de la conscience politique : faut-il s’en sortir individuellement ou rester solidaire des enjeux que traversent son pays et des membres qui le constituent ?

Le personnage d’Amine est superbement interprété par Ali Suliman et la réalisation de Ziad Doueiri rend bien la force dramatique du sujet, sans pathos, plongeant dans l’intériorité même du personnage principal.

Parce que le film a été en partie tourné en Israël et avec un certain nombre d’acteurs israéliens, il a été interdit par le Liban (pays d’origine de Ziad Doueiri), à la demande du bureau de boycottage d’Israël rattaché à la Ligue arabe. Il sort en France le 29 mai et a déjà raflé de nombreux prix.

Enfin, L’Attentat donne aussi très envie de (re)lire le roman éponyme de Yasmina Khadra, auréolé de plusieurs prix littéraires et dont il est l’adaptation.

L’Attentat, de Ziad Doueiri, avec Ali Suliman, Reymonde Amsellem, Evgenia Dodina…
Étoile d’or du Festival de Marrakech 2012, prix du public et prix spécial du jury du Colcoa Film Festival 2013, prix spécial du jury du Festival de San Sebastian.

En salles le 29 mai 2013.





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