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Politique

Argenteuil : le gouvernement veut « rattraper les erreurs commises »

Interview du maire d'Argenteuil

Rédigé par Propos recueillis par Hanan Ben Rhouma | Mardi 29 Juin 2010

Présent à l’inauguration de la mosquée Al-Ihsan, Philippe Doucet, maire socialiste d’Argenteuil (95) et élu depuis mars 2008, donne ses impressions à Saphirnews au lendemain de l’événement, qu’il considère comme une occasion pour le gouvernement de « tourner la page » du débat houleux sur l’identité nationale.



Philippe Doucet (au centre), maire d'Argenteuil, lors de l'inauguration de la mosquée Al-Ihsan, le 28 juin 2010, aux côtés d'Abdelkader Achebouche (à g.), responsable de la mosquée, et de François Fillon, Premier ministre.
Philippe Doucet (au centre), maire d'Argenteuil, lors de l'inauguration de la mosquée Al-Ihsan, le 28 juin 2010, aux côtés d'Abdelkader Achebouche (à g.), responsable de la mosquée, et de François Fillon, Premier ministre.

Saphirnews : Quelles relations entretenez-vous avec l’association Al-Ihsan qui gère la mosquée ?

Philippe Doucet : On a de très bonnes relations avec l’ensemble des différentes mosquées de la ville d’Argenteuil. Al-Ihsan est un partenaire de la ville depuis longtemps, puisque la mosquée qui a été inaugurée hier (lundi 28 juin, ndlr) fonctionne depuis 1999 quand même. Du coup, c’est une vieille institution existante sur la ville, même si des travaux importants ont été effectués depuis.
Les relations qui existent avec les mosquées sont fortes. On a d’ailleurs tous les mois avec mon adjoint à la tranquillité public et aux cultes − mon ministre de l’Intérieur si je puis dire − une rencontre avec les différents représentants de la communauté musulmane pour faire le point sur les différents dossiers qui les concernent tout comme avec les autres cultes que nous avons sur la ville.
Nous avons d’ailleurs un dialogue interreligieux important. Il y a un groupe d’échange et de réflexion entre les différentes communautés religieuses argenteuillaises.

Quelles sont vos réactions au lendemain de l’inauguration de la mosquée ?

Ph. D. : Pour le gouvernement, cette inauguration est destinée à rattraper les erreurs et la faute qu’a été le débat sur l’identité nationale. Non pas que ce débat soit une mauvaise chose en soi, mais c’est la manière dont le gouvernement est entré dedans, c’est-à-dire de stigmatiser une partie de la population immigrée et une partie des pratiquants de l’islam plutôt que de travailler à la construction de la République d’aujourd’hui et de demain, ce qui a été une erreur.
Le gouvernement a bien vu qu’il avait fait une faute politique et qu’il fallait qu’il puisse donner un signe dans la période qui vient par rapport au débat parlementaire sur la burqa.
Ce que j’ai trouvé stupéfiant, c’est l’absence de Brice Hortefeux parce que, normalement, sur une inauguration de ce type, cela aurait dû être à lui, ministre de l’Intérieur et ministre des Cultes, de faire cette inauguration.
Le fait que le Premier ministre soit obligé de monter au créneau montre à quel point il est discrédité et disqualifié dans ces affaires-là, car, quand on est condamné pour injures raciales, inaugurer une mosquée devient un peu plus compliqué.
Trois minutes avant que M. Fillon arrive, on a appris que M. Hortefeux ne viendrait pas pour une affaire au Sénat, une raison qui ne tient pas debout...

Avez-vous accueilli la venue du Premier ministre pour cette inauguration comme une bonne chose ?

Ph. D. : Je suis dans une logique républicaine. Je me suis donc donné comme principe d’accueillir l’ensemble des ministres sur le territoire argenteuillais et a fortiori le Premier ministre.
Honnêtement, avec ce que j’ai entendu hier, j’aurais préféré qu’il lance le débat sur l’identité nationale. S’il était entré dans un des éléments sur l’identité nationale avec ce qui a été dit concernant la place de chacun dans la République d’aujourd’hui, comment conjuguer laïcité et religion, etc., je pense qu’on aurait eu un débat plus serein, plus constructif et, finalement, plus profitable à la nation.
C’était bien, d’une certaine façon, qu’il vienne rattraper la faute.

Dans quelques jours se tiendra l’examen du projet de loi contre le voile intégral. On peut penser que l’inauguration n’est un prétexte pour pouvoir utiliser la mosquée comme une tribune politique. Soutenez-vous le gouvernement dans sa démarche ?

Ph. D. : Il est clair que, pour moi comme pour beaucoup de responsables musulmans, la question de la burqa est une question qui pose problème par rapport aux droits des femmes. Mais mon sentiment à l’égard de la venue de M. Fillon n’était pas vraiment celui-ci.
Je pense qu’il a voulu envoyer un signal envers la communauté musulmane, qui était heurtée sur la manière dont le débat sur l’identité nationale a eu lieu, et un message, qui, pour le coup, me paraît important, par rapport aux différents actes anti-musulmans qui ont pu avoir lieu dernièrement, afin qu’il puisse y avoir le rétablissement de la paix républicaine sur l’ensemble du territoire.
C’est une manière d’apurer le passé récent et de remettre les compteurs à zéro. On verra quelle sera la teneur du débat public sur la burqa dans la période qui s’ouvre, mais je crois qu’il voulait surtout tourner une page de façon à en ouvrir une autre, pour que le débat sur la burqa se porte sur la burqa et non sur la manière dont les musulmans pourraient être maltraités.

Finalement, vous avez bien accueilli le discours ?

Ph. D. : Sur le fond, à propos du vivre-ensemble, de l’intégration, de la laïcité, de la tolérance..., c’est un discours qu’on tient tous les jours. Comme M. Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, l’a bien noté, le droit à l’indifférence est une chose qui nous paraît extrêmement important.
Que le fait d’être musulman dans la République française puisse générer la même indifférence que le fait d’être catholique, protestant ou évangéliste, c’est quelque chose à laquelle on croit.
Ce qui me gênait dans le moment, c’est que si ce discours avait été tenu un an plus tôt, on aurait eu une entrée en matière pour le débat sur l’identité nationale beaucoup plus riche et plus intéressante et je pense que la nation en serait sortie renforcée, car il y aurait eu un débat positif et non un qui soit extrêmement négatif et conduisant à rien comme celui qui a eu lieu.

Quelle est votre position concernant la loi qui va prochainement être discutée ?

Ph. D. : De mon point de vue personnel, la tradition et même les textes de l’islam n’appellent pas à la burqa. Par rapport aux droits des femmes, je ne suis pas favorable au port de la burqa dans l’espace public.

Mais vous pensez que la loi telle que le gouvernement veut est applicable ?

Ph. D. : Sur la loi en elle-même, je ne suis pas parlementaire, c’est à eux de voir. (…) La question législative est un autre sujet mais, dans le ressenti, ce qu’on me remonte (sur la burqa, ndlr), c'est qu'on est dans quelque chose dont les gens ne me disent pas forcément du bien. Après est-ce que la loi résout le problème ? Je n’en sais rien mais, en tout cas, la question est posée.






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