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Religions

Argenteuil : la mosquée Al-Ihsan, entre spiritualité et savoir

Rédigé par Nadia Moulaï | Lundi 28 Juin 2010

Avec deux mosquées dans la ville, les musulmans d’Argenteuil (Val-d’Oise), estimés à 28 000, sont plutôt bien lotis. À quelques encablures de la dalle d’Argenteuil, l’ancien garage Renault a laissé place à un lieu de culte, lui valant même le surnom de « mosquée Renault ». Al-Ihsan, tel est son nom, accueille jusqu’à 2 300 fidèles chaque vendredi.



Pour son inauguration, la mosquée Al-Ihsan d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, aujourd'hui achevée, invite, ce lundi 28 juin, le Premier ministre François Fillon et le ministre de l'Intérieur en charge des cultes Brice Hortefeux.
Pour son inauguration, la mosquée Al-Ihsan d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, aujourd'hui achevée, invite, ce lundi 28 juin, le Premier ministre François Fillon et le ministre de l'Intérieur en charge des cultes Brice Hortefeux.
Du garage Renault situé au Val d’Argenteuil (Val-d’Oise), il reste peu de choses. Si ce n’est la mosquée de l’Institut islamique de France Al-Ihsan (« la bienfaisance »). Avec son dôme couleur ocre et son minaret culminant à 15 mètres de hauteur, le site que beaucoup surnomment la « mosquée Renault », est une réussite esthétique. Grâce à son revêtement extérieur décliné dans les tons pastel, le site épouse le paysage. Édifiée dans un style mauresque, la mosquée peut accueillir jusqu’à 2 300 fidèles.

La salle des femmes, au rez-de-chaussée, comprend 700 places. Une douzaine de fenêtres laisse entrer la lumière du jour. Au mur, écran plasma et haut-parleur leur permettent de profiter du prêche de l’imam. Les hommes, eux, peuvent être jusqu’à 1 600 pour prier à l’étage. La capacité maximale devrait augmenter dans les prochaines années.

Connue pour accueillir une majorité de Franco-Algériens, « la mosquée reste ouverte à tous », explique Abdelkader Achebouche, président de l’association, qui refuse toute étiquette.

Argenteuil : la mosquée Al-Ihsan, entre spiritualité et savoir

Une mosquée à l’héritage ouvrier

Des femmes, des adolescentes mais aussi des ouvriers, retraités du secteur automobile. Comme Salah, 75 ans, qui jubile de voir le garage réhabilité… en mosquée ! « J’étais employé chez Renault. Alors prier dans une mosquée qui porte son nom, c’est ironique », lance-t-il.

Car avant d’être transformé en lieu de culte, le site abritait un garage de la Régie Renault. Il est vendu, en 1999, à l’association Al-Ihsan au terme d’âpres négociations entre le constructeur automobile et la mairie alors communiste. En 2001, M. Achebouche obtient le permis de rénovation, permettant de lancer la réfection du site. La surface est importante : « 4 250 m² de superficie au sol », précise-t-il.

Des travaux toujours d’actualité*, car deux salles de prière, de 1 000 m² chacune, restent à réhabiliter. L’une au rez-de-chaussée, l’autre au deuxième étage. « Une situation qui ne gêne pas les fidèles. Même en travaux, ils viennent prier », selon le président. D’autant que les travaux sont bien dissimulés. Les espaces étant indépendants, nul besoin de traverser le chantier pour accéder aux salles déjà fonctionnelles. Et rien ne laisse supposer que les carrossiers étaient autrefois maîtres des lieux…

Un carrefour culturel

Il faut dire qu’Abdelkader Achebouche a su faire du lieu un espace de pratique mais aussi d’échange religieux, grâce aux cours d’arabe et d’éducation islamique dispensés depuis l’ouverture, en 2001. « Les valeurs culturelles de l’islam, c’est la langue arabe qui les transmet », affirme Amar Meznane, l’un des treize professeurs d’arabe de l’institut.

Six salles de classe accueillent 1 000 élèves inscrits pour des cours d'arabe et d'éducation religieuse.
Six salles de classe accueillent 1 000 élèves inscrits pour des cours d'arabe et d'éducation religieuse.
Au premier étage de la mosquée se trouvent six salles de classe, aménagées avec du mobilier récupéré auprès d’universités. D’ailleurs, on oublie presque que le lieu abrite une mosquée. « Le nombre d’inscrits est passé de 400 élèves, en 2001, à 1 000, en 2009. Les élèves, enfants, adolescents et adultes, pratiquent deux heures d’arabe et deux heures d’éducation religieuse », confie le président.

Plusieurs raisons expliquent cet engouement. D’abord, la rigueur pédagogique de l’équipe. Liste d’absences, horaires de cours fixes, suivi. L’équipe assure un encadrement sans faille. Une nécessité, car certains élèves ne sont guère motivés à l’idée d’apprendre l’arabe. Résultat, il faut user d’imagination pour susciter l’intérêt des jeunes. Chaque année, la mosquée organise la fête scolaire. « Nous remettons des prix à l’ensemble des élèves de l’institut afin de les encourager. »

Autre élément clé du succès : la mosquée est ancrée dans la cité. « Il est important d’aider nos jeunes élèves à projeter l’utilité de ces cours dans leur vie. Il faut créer du sens », note Amar. Et d’ajouter : « N’oublions pas que l’arabe est un facteur de promotion sociale pour les candidats à l’expatriation, par exemple. » Comme l’islam, un facteur d’ouverture.

Pour preuve, la mosquée Al-Ihsan est engagée dans le dialogue interreligieux à Argenteuil. « Nous participons à la commission islamo-chrétienne. Chaque trimestre, nous nous rencontrons pour discuter de sujets comme la place des jeunes, la finance islamique… » Abdelkader Achebouche l’a bien compris : « Élus, catholiques, juifs, je suis copain avec tout le monde ! » Al-Ihsan, la « petite mosquée » dans la cité.


* Première parution de cet article dans Salamnews n° 14 - mars 2010







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