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Société

Islamophobie : l'as de pique du gouvernement ?

Rédigé par Leïla Belghiti | Jeudi 20 Mai 2010

On pourrait presque ne plus en douter, à en croire la faible mobilisation des membres du gouvernement lorsqu'il s'agit de tombes profanées – dernièrement à Vienne (Isère) – ou d'une mosquée mitraillée : l'islamophobie est l'as de pique du jeu de cartes électoral.



Islamophobie : l'as de pique du gouvernement ?
Chacun son tour. Dans la nuit du jeudi au vendredi 14 mai, ce fut le carré musulman de Vienne (Isère) qui fut pris pour cible : des inscriptions racistes et injurieuses, inscrites au feutre noir sur trois stèles musulmanes de la communauté harki, venaient troubler la sérénité désormais menacée des carrés musulmans.

Une centaine de personnes, parmi elles des élus municipaux de Vienne, des anciens combattants et des représentants de différentes communautés religieuses s'y sont recueillies lundi 17 mai, en fin d'après-midi, en hommage aux familles, à l'appel d'une association locale, soutenue par le Conseil régional du culte musulman, qui finalement annula le rassemblement qu'il avait prévu pour mardi.

Réagir ?

« De telles inscriptions injurieuses sont inacceptables, il ne faut pas tolérer un seul instant ces propos humiliants et odieux qui blessent la mémoire de personnes auxquelles la France doit une forte reconnaissance », réagit le député-maire UMP de Vienne, Jacques Remiller.

Mardi, lors de la séance de questions au gouvernement, le secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, s'est dit « profondément choqué ». « Ces faits sont l'expression de la sauvagerie », a-t-il déclaré.

Comme à l'accoutumée (!), le PS a exprimé dans un communiqué sa « profonde indignation » et demandé « au gouvernement de faire diligence pour que les auteurs de ces actes inadmissibles soient rapidement identifiés ».

Cela suffira-t-il pour endiguer cette vague anti-musulmane ? Rappelons que, depuis le début de l'année 2010, pas moins d'une dizaine d'actes de vandalisme sur les lieux de culte, carrés musulmans ou encore boucheries halal ont été recensés.

« La faute à qui ? », serions-nous tentés d'interroger. À quelques esprits dérangés, quelques adolescents insouciants en mal d'éducation ? Ou au débat sur l'identité nationale qui a vite tourné au vinaigre, à l' importation de la question des minarets soulevée en Suisse, au branle-bas de combat sur la « burqa », tout en passant par la polygamie

Éric Raoult réclame une mission d'information sur l'islamophobie, après celle sur le voile intégral

Le rapporteur de la commission d'information sur le voile intégral, Éric Raoult (député UMP) réclame aujourd'hui la création d'une mission d'information sur l'islamophobie.

Dans un communiqué adressé mardi 11 mai au président de l'Assemblée nationale, il se dit préoccupé face à « des événements récurrents qui deviennent inquiétants et posent la question de l'islamophobie en France ». « Si la France est l'un des pays qui détiennent l'arsenal juridique le plus strict d'Europe pour sanctionner le racisme, la recrudescence de ces actes rappelle que l'islamophobie s'est incrustée dans une partie de la société française ».

Regretterait-il sa mission effectuée aux côtés d'André Gérin (PCF) ? Prend-il conscience de l'ampleur des dégâts ou ne serait-ce qu'une simple manœuvre politicienne en vue de rafler des voix ou plutôt d'éviter que les quelques voix musulmanes restantes ne s'échappent de l'électorat de droite ? « Je n'ai pas envie que, sans le faire exprès, on pousse les musulmans dans les bras de la gauche », avait-il déclaré fin avril, critiquant le patron des députés de son groupe, Jean-François Copé, de donner « l'impression d'une croisade ».

Vers une banalisation du sentiment anti-musulman

Si une mission d'information sur l'islamophobie devait voir le jour, c'est un vaste chantier qui attend notre ex-ministre de l'Intégration. À commencer par Internet, bastion des islamophobes de tout bord, véritable défouloir anti-musulman.

À la proposition d'Éric Raoult, des internautes se déchaînent : « Les musulmans sont en train de gagner… Bientôt il n’y aura plus personne pour nous défendre… Mais il faudra se souvenir de tous ceux qui ont collaboré… », peut-on lire sur un site réputé de tendance gauche. Les sites extrême-droitistes étant − faut-il s'en étonner − encore plus virulents.

Qu'il s'agisse d'une mosquée mitraillée ou de tombes profanées, ce n'est pas la compassion qui prévaut sur Internet, mais les réactions à caractère raciste qui font florès.

L'affaire des tags pro-nazis découverts mardi 18 mai, au matin, sur la façade de la future boucherie halal de Lisieux est une occasion de plus pour certains internautes de se lâcher sans crainte : « Pourquoi donc est-ce que je n'arrive pas à être embêté par ce fait divers ? Parce que je ne suis PAS un bobocrate parisien ? Peut-être suis-je tout simplement gaulois ! », écrit un internaute. « C'est mal de dire la France aux Français aujourd'hui ? À force de vouloir nous imposer leur religion je ne suis pas étonné de voir ce genre de nouvelle ! », réagit un autre. « Et ce n'est que le début. Je serais un "musulman" je quitterais vite fait l'Europe avec toute ma petite famille, sans me retourner », surenchérit-on ailleurs.

Ce mercredi 19 mai, le projet de loi composé de sept articles interdisant le port du voile intégral dans l'espace public était examiné en conseil des ministres. Il stipule que « nul ne peut porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». L'écran d'ordinateur ne sert-il pas de voile intégral aux islamophobes décomplexés, dissimulant ainsi leur véritable identité ? Sont-ils si pudiques pour préserver à ce point leur anonymat et pouvoir ainsi déverser leur haine en toute bonne conscience ? Bas les masques !







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