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Société

Affaire du mari « polygame » : les mass médias au service des politiques

Les musulmans de Nantes appellent à l’apaisement polico-médiatique

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 28 Avril 2010

Au départ, il ne s'agissait que d'un « simple » fait divers : une femme, portant le niqab depuis neuf ans, arrêtée au volant de sa voiture par la police routière. À la clé, une amende de 22 euros, sous prétexte que le Code de la route n’avait pas été respecté. Depuis, l’emballement médiatique pour « l’affaire du mari polygame » a pris une ampleur déconcertante. Une fois de plus, c’est toute une communauté qui se retrouve stigmatisée. À tort.



Affaire du mari « polygame » : les mass médias au service des politiques
Celle qui se fait appeler Anne s'est sentie discriminée lorsqu'elle a reçu son amende et fait écho de l'affaire la semaine dernière. Mais retournement de situation. Aujourd'hui, c'est son mari, un Français de 35 ans, qui fait la une des journaux télévisés et de la presse écrite.

Soupçonné de polygamie − il serait marié avec quatre femmes − et père de douze enfants, Liès Hebbadj est accusé de fraude à la protection sociale, ses femmes ayant perçu, selon Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur, des allocations de parent isolé (API). Qui aurait pu imaginer que l'histoire tournerait ainsi ?

Les grands médias manipulés par les politiques

Pour en arriver là, les hommes politiques s’y sont très bien pris avec les journalistes. Franck Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, n’a pas hésité à envoyer des sms aux journalistes pour médiatiser cette affaire qui, ne manquons pas de le dire, tombe à point nommé pour les partisans de l’interdiction du voile intégral en France, dont la résolution est prévue pour le 19 mai. Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, en a très vite fait des pataquès en menaçant l’accusé de le déchoir de sa nationalité.

À ce jour, seuls le terrorisme, les crimes et les délits « constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » ou ceux où une personne s'est « livré au profit d'un État étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France » peut permettre la déchéance de la nationalité française lorsque l'intéressé l'a acquise par naturalisation. La polygamie ne donne juridiquement pas le droit au gouvernement de décréter une déchéance. Le cas contraire serait une première.

Devant l'histoire « croustillante » de « l'intégriste barbu arnaqueur et polygame », les médias se sont vite engouffrés dans la brèche. L’affaire, occupe bien l’essentiel de l’actualité d’aujourd’hui au détriment, entre autres, de l’épineuse question des retraites.

« Infidèle », oui ; « polygame », non

Face à ce tintamarre médiatique, Liès Hebbadj prépare d’ores et déjà sa défense. « À ce que je sache, les maîtresses ne sont pas interdites en France, ni par l’islam ! Si on est déchu de sa nationalité pour avoir des maîtresses, il y a beaucoup de Français qui seraient déchus », s’explique-t-il, défendant ainsi son droit à entretenir plusieurs liaisons. Nuance à apporter : l'islam n'autorise pas les maîtresses.

Selon la mairie de Rezé-Lès-Nantes, où il réside, aucun acte de mariage concernant Liès Hebbadj n’a été retrouvé dans les registres municipaux. D’après ce que l’on sait de l’accusé, il n’a contracté qu’un mariage civil sur le territoire français et non plusieurs, les mariages religieux n’étant pas reconnus devant la loi. Les femmes mariées ainsi seraient ainsi bien des « maîtresses ». Impossible alors pour les autorités de prouver juridiquement la polygamie de Liès Hebbadj. Quant à l’éventuelle fraude aux prestations sociales, les API perçus par ses « concubines » seraient alors considérées comme légaux.

Eric Besson n’exclut cependant pas « une évolution législative » sur cette question. Le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre a indiqué qu'une future loi du ministère de l’Immigration allait « adapter notre droit pour que la réponse de la France à ce type de comportement inacceptable soit renforcée et accélérée », faisant référence au projet de loi présenté le 1er avril qui prévoit « la prise en compte des efforts d'intégration pour (…) l'accès à la nationalité française ». Un projet législatif qui tombe à pic une fois de plus.

La peur des « barbus polygames » et des « voilées » matérialisée

Les mouvances d'extrême-droite et les islamophobes s’en donnent aussi à cœur joie. Selon le site du Bloc Identitaire, un groupuscule d’extrême droite, « cette affaire n'est que la partie émergée de l'iceberg migratoire » et évoque le chiffre de « 20 000 familles polygames » en France. « Il est temps de ne plus subir et de rester maître chez nous », précise le post.

Qui plus est, un vol avec effraction a été commis dans la nuit de lundi à mardi dans la boucherie musulmane de Liès Hebbadj, rapporte mardi 27 avril la radio RTL. Le préjudice est en cours d'évaluation. Simple coïncidence ? Après les multiples profanations de mosquées et de carrés musulmans ainsi que le mitraillage de la mosquée d’Istres et d’une des boucheries musulmanes de la ville, cela va sans dire que le climat d’islamophobie se fait de plus en plus lourd en France. Le musulman est devenu est le vrai bouc émissaire de la société française d’aujourd’hui.

La communauté musulmane de Nantes réclame un droit à l’oubli

Indigné par « l’islamisation de cette affaire », Mohamed Zidane, porte-parole de la mosquée Ar-Rahma à Nantes, appelle, avec le Collectif des cinq mosquées de la ville, à l’apaisement. « C’est regrettable. Nous ne comprenons par pourquoi tout ceci a pris une telle ampleur et comment elle a été islamisée à ce point. Cette médiatisation traduit une stigmatisation de toute une communauté », a déclaré ce mardi M. Zidane à Saphirnews.

« La communauté musulmane de France, dans sa très grande majorité, est respectueuse des valeurs du vivre-ensemble », ajoute-t-il. « Nous avons organisé des portes ouvertes dans nos mosquées le mois dernier et une réunion interreligieuse mais personne n’est venu nous voir. Mais pour un évènement insignifiant qui ne mérite même pas d’être signalé, nous sommes harcelés, tous les médias veulent avoir sa part de commentaires », regrette-t-il.

« On ne défend personne. Nous estimons que ces affaires (de la femme verbalisée et du mari polygame, ndlr) sont du ressort de la justice. Une loi contre la burqa n’existe pas. Si la femme s’est sentie discriminée, c’est à la justice de trancher. Une loi existe bien par rapport à la polygamie. S’il s’avère que les faits qui sont reprochés au monsieur sont avérés, il est hors-la-loi, point barre. Si tel n’est pas le cas, il est décevant que des responsables hauts placés de la République affirment des choses sans preuves. Nous appelons à la responsabilité des hommes politiques », conclut M. Zidane.







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