Le prophète Isaïe nous interpelle sur le sens du jeûne que Dieu attend de nous : « Or vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient en un jour où vous voulez faire entendre là-haut votre voix. Doit-il être comme cela, le jeûne que je préfère, le jour où l’homme s’humilie ? S’agit-il de courber la tête comme un jonc, d’étaler en litière sac et cendre ? Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne, un jour en faveur auprès du Seigneur ? » (Isaïe 58:4-5)
Plusieurs traditions prophétiques musulmanes viennent en écho à ce passage du Premier Testament, notamment lorsque le Prophète Muhammad dit : « Le jeûne est (comparable à) un bouclier ; aussi, lorsque l'un de vous jeûne, qu'il s'abstienne d'être grossier et de se comporter comme un ignorant, et s'il est insulté ou provoqué, qu'il dise : “Je jeûne” ». Ou encore : « Celui qui ne renonce ni à dire des mensonges, ni à tromper les gens, Dieu n’a nul besoin qu’il se prive de boire ou de manger. » Dans ces textes, le jeûne est l’attitude globale que doit adopter quiconque cherche à éduquer son âme. Comment y parvenir si on demeure prisonnier des comportements aux conséquences délétères ? Ceux-ci s’ancrent dans les passions, les convoitises et le désir de puissance qui détruit le cœur spirituel. Au-delà du simple affaiblissement volontaire du corps, le jeûne requiert donc une véritable disposition de l’être qui souhaite s’orienter vers Dieu.
Plusieurs traditions prophétiques musulmanes viennent en écho à ce passage du Premier Testament, notamment lorsque le Prophète Muhammad dit : « Le jeûne est (comparable à) un bouclier ; aussi, lorsque l'un de vous jeûne, qu'il s'abstienne d'être grossier et de se comporter comme un ignorant, et s'il est insulté ou provoqué, qu'il dise : “Je jeûne” ». Ou encore : « Celui qui ne renonce ni à dire des mensonges, ni à tromper les gens, Dieu n’a nul besoin qu’il se prive de boire ou de manger. » Dans ces textes, le jeûne est l’attitude globale que doit adopter quiconque cherche à éduquer son âme. Comment y parvenir si on demeure prisonnier des comportements aux conséquences délétères ? Ceux-ci s’ancrent dans les passions, les convoitises et le désir de puissance qui détruit le cœur spirituel. Au-delà du simple affaiblissement volontaire du corps, le jeûne requiert donc une véritable disposition de l’être qui souhaite s’orienter vers Dieu.
Le jeûne au-delà du ritualisme
Jeûner sans dépasser ses humeurs, sans porter un autre regard sur les épreuves qui traversent notre vie, sans réfléchir au sort de ceux qui vivent la privation quotidienne par force, cela a-t-il vraiment un sens ? C’est ce qu’affirme Isaïe à l’adresse des Hébreux : déportés à Babylone, cette épreuve immense doit les conduire à porter un regard nouveau sur leur rapport à Dieu s’ils veulent retrouver la liberté. Le jeûne nous permet alors de comprendre que c’est au cœur de l’épreuve qu’on trouve le visage de Dieu, et non pas en pratiquant des rites vidés de leur substrat spirituel.
Le passage coranique relatif au jeûne insiste également sur ce qui doit nous conduire à (re)trouver le chemin du discernement : « Le mois de Ramadan (est celui) au cours duquel le Coran a été descendu comme guidance pour les gens et comme preuves claires de la guidée et du discernement. » Ce qui compte, ce n’est pas de s’enfermer dans des rites secs, mais c’est plutôt qu’ils nous conduisent à proclamer la gloire de Dieu : « Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté, et afin que vous paracheviez le décompte (de ce mois de jeûne) et que vous proclamiez la grandeur de Dieu pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants. »
À son époque, Jésus lui-même devra corriger cette dérive ritualiste des pharisiens et, parfois même, de certaines personnes sensibles à son message : « Alors les disciples de Jean l’abordent et lui disent : Pourquoi, alors que nous et les Pharisiens nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Jésus leur dit : Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l'époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l'époux leur aura été enlevé, c’est alors qu’ils jeûneront. » (Mat 9:14-15) Les disciples de Jean le Baptiste continuaient à pratiquer le jeûne sous la forme d’un rituel de contrition, au lieu de se réjouir de la venue du Christ. Celui-ci leur décrit alors ses disciples comme les amis d’un époux le jour des noces, pour leur faire comprendre que les croyant-e-s sincères doivent aller au-delà du conformisme pour saisir ce que Dieu attend d’eux.
Le passage coranique relatif au jeûne insiste également sur ce qui doit nous conduire à (re)trouver le chemin du discernement : « Le mois de Ramadan (est celui) au cours duquel le Coran a été descendu comme guidance pour les gens et comme preuves claires de la guidée et du discernement. » Ce qui compte, ce n’est pas de s’enfermer dans des rites secs, mais c’est plutôt qu’ils nous conduisent à proclamer la gloire de Dieu : « Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas pour vous la difficulté, et afin que vous paracheviez le décompte (de ce mois de jeûne) et que vous proclamiez la grandeur de Dieu pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants. »
À son époque, Jésus lui-même devra corriger cette dérive ritualiste des pharisiens et, parfois même, de certaines personnes sensibles à son message : « Alors les disciples de Jean l’abordent et lui disent : Pourquoi, alors que nous et les Pharisiens nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Jésus leur dit : Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l'époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l'époux leur aura été enlevé, c’est alors qu’ils jeûneront. » (Mat 9:14-15) Les disciples de Jean le Baptiste continuaient à pratiquer le jeûne sous la forme d’un rituel de contrition, au lieu de se réjouir de la venue du Christ. Celui-ci leur décrit alors ses disciples comme les amis d’un époux le jour des noces, pour leur faire comprendre que les croyant-e-s sincères doivent aller au-delà du conformisme pour saisir ce que Dieu attend d’eux.
Le jeûne pour délaisser l’ostentation
Ainsi, on ne jeûne pas pour paraître méritant ou comme si on avait accompli une performance physique. À ce sujet, une tradition prophétique décrit parfaitement le cadre extrêmement intime que le jeûne pose, comme pour mieux entrer dans une communication avec le divin cachée, soustraite à tous les regards, car tout se joue à l’intérieur de nous. Le Prophète Muhammad dit en effet : « Dieu a dit : “Toutes les actions de l’être humain lui appartiennent, excepté le jeûne, car celui-ci m’appartient et c’est Moi qui en accorde la récompense. Le jeûneur délaisse pour Moi son désir charnel, sa nourriture et sa boisson. » Il dit aussi : « Le jeûne est (comme un) bouclier ; lorsque l’un de vous jeûne, qu’il s’abstienne donc de paroles indécentes et qu’il ne mette pas en colère. »
La tradition musulmane rapporte également ce propos d’Abdallah ibn Mas’ûd, illustre compagnon du Prophète : « Lorsque l’un d’entre vous jeûne, qu’il soit beau et coiffé. » C’est en substance ce que recommande également Jésus lorsqu’il nous met en garde contre l’ostentation religieuse : « Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards ; sinon, pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. (…) Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:1 et 16-18)
Ces différents propos sont puissants car ils nous indiquent que, finalement, lorsqu’on pratique le jeûne, quelque chose de profond doit se produire en nous ; c’est la communion intime avec le divin. Elle dépasse toutes les apparences du monde, tous les jeux des égos en concurrence pour le pouvoir, les honneurs, la notoriété. Dans l’intimité du jeûne, je peux alors réellement comprendre l’adresse de Dieu à Samuel : « Mais le Seigneur dit à Samuel : “Ne considère pas son apparence ni sa haute taille. Je le rejette. Il ne s’agit pas ici de ce que voient les hommes : les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le cœur.” » (1 Sam. 16:7) à laquelle fait écho ce propos du prophète Muhammad : « Dieu ne regarde pas votre apparence physique ni vos formes, mais il regarde plutôt vos cœurs et vos actes. »
La tradition musulmane rapporte également ce propos d’Abdallah ibn Mas’ûd, illustre compagnon du Prophète : « Lorsque l’un d’entre vous jeûne, qu’il soit beau et coiffé. » C’est en substance ce que recommande également Jésus lorsqu’il nous met en garde contre l’ostentation religieuse : « Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards ; sinon, pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. (…) Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:1 et 16-18)
Ces différents propos sont puissants car ils nous indiquent que, finalement, lorsqu’on pratique le jeûne, quelque chose de profond doit se produire en nous ; c’est la communion intime avec le divin. Elle dépasse toutes les apparences du monde, tous les jeux des égos en concurrence pour le pouvoir, les honneurs, la notoriété. Dans l’intimité du jeûne, je peux alors réellement comprendre l’adresse de Dieu à Samuel : « Mais le Seigneur dit à Samuel : “Ne considère pas son apparence ni sa haute taille. Je le rejette. Il ne s’agit pas ici de ce que voient les hommes : les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le cœur.” » (1 Sam. 16:7) à laquelle fait écho ce propos du prophète Muhammad : « Dieu ne regarde pas votre apparence physique ni vos formes, mais il regarde plutôt vos cœurs et vos actes. »
Une pédagogie de la liberté
Dans les deux traditions chrétienne et musulmane, le jeûne ne se résume pas à un simple conformisme ritualiste. Car le ritualisme enferme, il représente une forme d’aliénation, alors que le jeûne authentique constitue un chemin de liberté. Il invite à une métanoïa, une transformation profonde, une sorte de retournement intérieur. Dans ce sens, jeûner consiste à désapprendre certaines habitudes qui encombrent le cœur pour se laisser, en quelque sorte, réordonner par le divin. Une personne chrétienne verra là, certainement, l’attitude d’accueil du Royaume de Dieu auquel elle cherche à s’ouvrir car « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous (metanoeite), et croyez à l’Évangile » (Marc 1:15).
La personne musulmane, pour sa part, adopte la même démarche de veille et de retour continuel à Dieu (tawba) car « Le temps n’est-il pas venu pour les croyants que leurs cœurs se recueillent à l’évocation de Dieu et de cette part du Vrai qui est descendue ? » (Coran 57:16) Dans un monde marqué par l’excès de consommation et l’illusion de toute-puissance, le jeûne enseigne la mesure, la patience et l’écoute de cet appel divin. La convergence du Carême et du Ramadan invite ainsi chrétiens et musulmans à se reconnaître compagnons de route dans une même quête : celle d’un cœur plus libre, plus juste, plus ouvert à Dieu et aux autres.
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Omero Marongiu-Perria est sociologue et spécialiste de l'islam français. Il a notamment co-écrit « Qu’est-ce qu’un islam libéral ? » (Atlande, mai 2023).
Lire aussi :
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