Monde

Pour sauver le climat, préserver les ressources

Par Sébastien Godinot, Jeanne Planche et Véronique Rigot*

Rédigé par Sébastien Godinot, Jeanne Planche et Véronique Rigot | Mardi 15 Décembre 2009 à 16:00

La Terre a entamé un processus de réchauffement de son atmosphère et de ses océans. Les changements climatiques qui en résultent représentent la plus grande menace environnementale à laquelle l’être humain ait jamais été confronté. Or il n'est que le symptôme d'une crise écologique et sociale globale.



Fonte des glaces, augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes, désertification de certaines régions, disparition d’espèces animales et végétales… peu importe les débats sur l’ampleur du phénomène : la menace du réchauffement de la planète n’en est pas moins réelle et déjà tangible. Dans bien des cas, les altérations causées à l’environnement sont irrémédiables, ont un impact direct sur le vivant et affectent l'ensemble des ressources naturelles renouvelables : eau, air, terre, biodiversité.

Le symptôme d'une crise globale

Toutes les activités économiques sont touchées par ce phénomène. Certains secteurs risquent même d’être complètement transformés en quelques décennies. Il est en effet impossible de vivre sans eau tout comme de cultiver sur des terres immergées et salinisées par la hausse du niveau des mers. Les populations des îles, notamment de l’Océanie, ou celles qui vivent dans les deltas des grands fleuves en Afrique et en Asie sont particulièrement concernées.

Ces changements, combinés à la multiplication des conflits, ont déjà entraîné l’apparition de déplacés et migrants dits environnementaux qui ne disposent aujourd’hui d’aucun statut légal leur garantissant une quelconque protection. Selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), leur nombre est estimé à plus de 25 millions de personnes et pourrait atteindre les 200 millions à l’horizon 2050.

La brutalité de ces bouleversements pourrait mettre sous pression les systèmes de gouvernance internationaux, nationaux et locaux, dynamitant les institutions les plus fragiles, ce qui affaiblira encore la capacité de répondre à ces nouveaux défis. De plus, alors qu'ils émettent peu de gaz à effet de serre par habitant, les pays du Sud sont frappés de manière disproportionnée. Les changements climatiques aggravent les inégalités sociales et amenuisent les chances de développement des pays les plus vulnérables. Ils risquent donc de rendre illusoire la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, et notamment la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim.

La crise climatique n'est que le symptôme d’une crise plus systémique : le modèle de développement mis en place par les pays du Nord tient très peu compte de ses impacts sociaux et environnementaux. Nous utilisons les ressources − parfois jusqu’à leur épuisement −, nous gaspillons l’énergie et les ressources naturelles, nous rejetons des déchets en volumes colossaux. Ce modèle n’est pas viable : nous pillons et asphyxions la planète, en utilisant en quelques décennies des stocks de ressources naturelles que la Terre a mis des centaines de millions d'années à constituer. Dans la plupart des pays, cette surexploitation génère pauvreté, inégalités et conflits, et les tensions géopolitiques liées à l’exploitation des ressources naturelles risquent de s’aggraver du fait de leur raréfaction.

On ne négocie pas avec le climat

Ces responsabilités − tout comme la « dette climatique » des pays du Nord − doivent être reconnues et assumées. Il faut également que les objectifs politiques soient compatibles avec les impératifs scientifiques validés par les Nations unies, à savoir stabiliser le réchauffement climatique mondial en deçà de 2 °C à l'horizon 2100 [1] en réduisant fortement les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).

D'après le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évaluation du climat (GIEC) [2], près de 60 % des émissions de GES sont dues à l'exploitation de ressources énergétiques non renouvelables (principalement les énergies fossiles : charbon, pétrole et gaz).

Deuxième responsable des émissions, à hauteur de 20 %, le déboisement qui se résume souvent à une exploitation forestière illégale et sans bénéfice pour les populations locales, à un défrichage au profit de grandes surfaces agricoles en monoculture intensive destinée à l'exportation (palmier à huile en Indonésie et Malaisie, soja en Argentine et au Brésil, eucalyptus en Uruguay). Plus que jamais, les principes de la Déclaration de Rio et du Rapport Brundtland sur le développement durable doivent être appliqués, en particulier les principes de précaution, de participation des populations et de responsabilité (pollueur-payeur).

Outre les enjeux strictement climatiques, la gestion des ressources naturelles, qui est au centre du modèle économique mondialisé, doit être repensée [3] pour permettre leur utilisation durablement, dans l’intérêt du bien-être des populations, conformément au droit souverain des États et des peuples à disposer de leurs richesses et de leurs ressources naturelles [4] et dans le respect des écosystèmes qui jouent un rôle essentiel dans la régulation naturelle du climat planétaire.

Pour remédier à la crise systémique actuelle, les impératifs sociaux et écologiques doivent être replacés au coeur du fonctionnement des sociétés humaines et les modèles de développement redéfinis afin qu'ils soient écologiquement soutenables et socialement justes.


* Sébastien Godinot (Les Amis de la Terre), Jeanne Planche (CRID) et Véronique Rigot (CNCD-11.11.11)


[1] En savoir plus : Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) : www.ipcc.ch
[2] Lire Bilan 2007 des changements climatiques, GIEC, Genève, 2007, p. 5.
[3] Le CRID anime le réseau Une seule planète pour une gestion durable des ressources naturelles. En savoir plus : www.uneseuleplanete.org
[4] Lire Résolution 1803 de l’Assemblée générale des Nations unies (1962), consacrant la souveraineté permanente sur les ressources naturelles.