Points de vue

Le calcul astronomique local : réconcilier observation et science pour le Ramadan

Rédigé par Anne-Sophie Monsinay | Lundi 2 Mars 2026



Face à la polémique de cette année concernant le début du mois de Ramadan et constatant les erreurs de compréhension que cela peut générer en réaction sur les réseaux sociaux, certaines clarifications s’imposent et surtout des solutions pour sortir de la division permanente à ce sujet au sein de la communauté musulmane. Non pas que la division et les différences d’interprétations soient problématiques, au contraire elles sont souvent enrichissantes pour la communauté, néanmoins beaucoup de musulmans souhaiteraient plus de simplicité et de clarté pour déterminer le mois de Ramadan.

Rappelons tout d’abord que la question de la fixation du mois de Ramadan n’est pas un débat entre d’un côté les partisans du calcul astronomique et de l’autre les partisans de l'observation du croissant de lune, mais bien la confrontation de deux méthodes de calculs astronomiques différentes.

Rappelons également que ces deux méthodes sont en usage tous les ans pour déterminer le mois de Ramadan. Les différences concernant le choix des dates entre les instances s'expliquent par ceux qui suivent l’une ou l’autre méthodologie, ceux qui en changent selon les années (la Turquie cette année par exemple) et ceux qui n'en ont pas et ne maîtrisent pas le sujet et qui, par conséquent se positionneront en fonction des décisions d’autres pays (en général l’Arabie Saoudite) ou d’autres instances.

Or, si le calcul astronomique est juste, ce qui est indéniable aujourd’hui, la vision ne ferait que rejoindre l’observation. Il ne devrait donc pas y avoir de divergences. En réalité, le réel débat ne porte pas sur le choix de la vision ou du calcul mais plutôt sur le fait de savoir et se mettre d’accord sur ce que nous calculons ou observons.

Pourquoi choisir le calcul astronomique local et non pas mondial

La méthodologie dite « du calcul » - en réalité du calcul mondial - prend en compte l’apparition du premier croissant de lune n’importe où dans le monde, alors que les partisans de l’observation constatent la présence du croissant de manière locale, à l’échelle d’un pays.

Selon la localisation du pays, il pourra y avoir une différence d’une journée. Notons que l’horaire d’apparition du croissant peut aussi jouer sur la méthodologie : certains considérant qu’il doit être visible au coucher du soleil, d’autres avant l’aube. La véritable question est de savoir si nous devons nous référer à la présence du premier croissant mondial, indépendamment de son lieu d’apparition, ou à celle du premier croissant local, dans notre pays. Ces deux modalités peuvent se calculer à l’avance ou s’observer.

Selon les mois, les deux calculs peuvent se rejoindre sur la même journée ou diverger d’un jour. Par conséquent, on peut calculer scientifiquement l’apparition du premier croissant de lune dans le monde, et également calculer scientifiquement l’apparition du croissant dans un lieu géographique donné. Etant donné que le croissant apparait rarement en même temps sur l’ensemble du globe, il en résultera souvent deux dates différentes.

Quelle méthode préconise le Coran ? Bien évidemment, la réponse n’est pas tranchée puisque la seule possibilité à l’époque du Prophète était d’observer le croissant de lune, ce qui correspond au calcul LOCAL.

Cela ne signifie pas pour autant que le calcul mondial ne peut être envisagé. L’essentiel étant de faire le choix d’une méthode de calcul et de s’y tenir au minimum pour le mois entier et éviter ainsi – comme on l’observe malheureusement trop souvent dans les décisions de certaines instances – de démarrer le mois en suivant une méthode de calcul et de le finir selon une autre méthode. Cela dit, étant donné l’ampleur des divergences pour le début du mois de Ramadan de cette année, il semble urgent d’adopter une méthode qui saura satisfaire tout le monde, d’autant plus qu’elle existe : le calcul astronomique LOCAL et non pas mondial.

Prôner une méthode qui fixe les dates du Ramadan sans tensions ni polémiques inutiles

Le calcul astronomique mondial définit l’apparition du premier croissant n’importe où dans le monde, sans tenir compte de la présence de ce dernier dans notre pays. Avec cette méthode, lorsque le début du jeûne est décrété, il est fréquent que le croissant lunaire ne se trouve pas encore dans le ciel pour un pays européen ou du Proche-Orient (et parfois également l’Afrique).

Cette méthode a l’avantage de fixer une même date de début et de fin de jeûne pour toute la planète mais elle ne tient pas compte des phases astrales locales. En cela, elle est déconnectée de la méthodologie du Prophète et des recommandations coraniques mettant en avant le lien à la nature. Cette année, le croissant de lune était visible avec une aide optique le 17 février uniquement sur une petite partie de l’ouest des Etats-Unis. Ainsi, ceux qui suivent cette méthode ont commencé le jeûne le mercredi 18 février 2026 quel que soit leur pays.

Le calcul local, en revanche, définit l’apparition du croissant lunaire dans une zone géographique précise, un pays ou groupement de pays. Cette méthode permet à la fois d’appliquer la technique suivie par le Prophète, puisque l’observation du croissant sera possible le jour J, et de prévoir à l’avance les dates de début et de fin du mois de Ramadan. En revanche, elle ne permet pas une cohésion au niveau mondial puisque, selon la position des pays sur le globe, tous n’auront pas le croissant présent au même moment. Il y aura une divergence d’une journée selon les pays.

Néanmoins, tous les musulmans ne prient pas non plus au même moment et rompent leur jeûne de manière décalée du fait des fuseaux horaires liés au mouvement du soleil. Cela ne pose pas pour autant de problèmes. Cette méthode permet de réunir les deux postulats : calculer à l’avance la présence du croissant de lune localement et observer ce croissant le jour J. Ainsi, une seule date serait fixée par pays et groupes de pays géographiquement proches, sans tensions ni polémiques inutiles. Selon cette méthode, le croissant était présent en France le mercredi 17 février, le premier jour de jeûne été donc le jeudi 18 février.

La méthode du calcul local pour être plus en phase avec l’esprit du Coran

Toutes les pratiques prescrites par le Coran sont reliées aux astres. Nous suivons un calendrier lunaire pour déterminer nos mois. Les prières et les horaires de jeûne correspondent au cycle solaire et à ses différentes stations. L’islam est une religion qui vise à nous relier en permanence à la nature en nous invitant à une perpétuelle contemplation de celle-ci. Notre corps et notre âme sont unis à ces astres qui agissent sur nous sur le plan biologique et spirituel.

De la même manière que la détermination des horaires de prières se fait sur les phases du soleil de chaque pays et chaque ville, il est logique qu’il en soit de même pour les phases lunaires déterminant nos mois. Puisqu’il n’a jamais été question de s’aligner aux horaires de La Mecque ou des Etats-Unis pour réaliser nos prières, pourquoi en serait-il autrement pour déterminer des mois ? En suivant un calcul mondial et le croissant de lune des pays voisins, nous nous décalons avec ce cycle naturel.

Pour ceux qui déplorent le décalage entre les pays, le croissant de lune est présent au même moment sur une large zone. Dans la grande majorité des cas, il apparaît en même temps à toute l’Europe et au Proche-Orient, et dans de nombreux cas à l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient en même temps. Il n’y a donc pas de décalage entre les pays voisins.

Quant à ceux qui changent de pays pendant le mois de Ramadan, ils suivront le croissant dans le nouveau pays pour déterminer la fin de leur mois de jeûne, de la même manière que nous adoptons les horaires de prière d’un nouveau pays lors d’un voyage.

Adopter la méthode du calcul LOCAL permet d’être plus en phase avec l’esprit du Coran tout en offrant la possibilité de définir les dates à l’avance par le calcul et d’organiser son mois. Surtout, cette méthode réconcilie calcul et observation, cette dernière n’ayant pour but que de confirmer le calcul, sans aboutir à une date différente.

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Anne-Sophie Monsinay est cofondatrice de l’association Voix d’un islam éclairé, porteuse du projet de mosquée Sīmorgh avec Eva Janadin, et coauteure de « Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste » (Fondation pour l'innovation politique, 2019).

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