Points de vue

La Syrie s'enfonce dans l'abîme : Win al arab, win ?

Où sont les Arabes, où sont-ils ?

Rédigé par Youssef Chems | Jeudi 24 Septembre 2015 à 08:15



Tout est là, dans les yeux de cet homme émacié et de cet enfant syrien, blond, arabe et musulman qui devraient transpercer l’âme des 400 000 000 de frères en Allah qui entourent ce petit pays laminé par la sauvagerie et l’inconscience d’un dictateur lui aussi arabe et, qui sait, musulman !

« Nous leurs donnons assez d’argent comme ça », cynisme assourdissant des potentats qataris, émiratis et consorts gorgés de pétrodollars. Bien sûr, ils ont lâché quelques millions aux pays d’accueil pour soutenir leurs opérations humanitaires, mais est-ce suffisant? Non ! Les six pays du Golfe ont reçu peu de réfugiés syriens, alors que d’autres nations, beaucoup moins aisées, en sortir de leurs propres crises d’indépendance, ont mis la main à la poche, offert ce qu’ils pouvaient et ainsi rejoint l’honneur et l’humanisme que prône le Coran à tous son peuple.

Ces pétromonarchies, ces potentats d’opérette en babouches griffées Louboutin n’ont-ils pas mieux à offrir au monde que la pauvre image de leurs buildings luxueux vides de locataires ou les maillots de leurs footballeurs gavés qui se pavanent Rolex au vent au volant de leur Ferrari. Ces réfugiés parfois politiques ou, plus simplement, cherchant à mettre à l’abri leurs familles sont sunnites comme eux, ils sont aussi bien plus proches des « Arabies » que de l’Europe si périlleuse à rejoindre. Pour un pays de plus de 30 millions d’habitants, absorber le demi million de réfugiés est dérisoire, surtout lorsque l’on sait que ces pays n’ayant pas signé la convention de l’ONU sur les réfugiés ne les comptabilisent pas.

Les Saoudiens sont partie prenante dans ce conflit. Ils fournissent armes et logistiques à ceux qui combattent Assad et ont choisi de payer les équipements de camps de réfugiés dans d’autres pays plutôt que d’offrir un abri sur leur propre territoire. Ils sont pourtant habitués à recevoir des millions de pèlerins à La Mecque et pourraient, sans trop d’efforts, s’organiser. Alors qu’attendent-ils ? Y'aurait-il finalement un Sud égoïste et un Nord généreux ? Leur grande vérité ne serait-elle pas celle d’une peur panique, à l’image d’un Liban des années 1970-1980 avec sa cohorte de Palestiniens qui ont déstabilisé la région ? Les consciences de ces enturbannés sont-elles mortes ?

Redevenez enfin des fils d’Allah

Le silence des pétromonarchies plonge ses racines dans des équilibres sociodémographiques fragiles, vraies fondations de sable de ces pays finalement sous tutelle du roi dollar. L’or noir, maître des forges de ces contrées, s’appuie aussi sur une main d’œuvre émigrée corvéable, peu coûteuse provenant d’Asie du Sud-Est. Dans les Emirats, l’immigration est une question de sécurité nationale et importer quelques centaines de milliers d’étrangers ferait exploser le pacte social. Les habitants en deviendraient minoritaires dans leur propre pays avec, en plus, le risque évident de voir se répandre la contagion des Printemps arabes, qu’ils redoutent plus que tout.

Des protestations populaires avec leurs cortèges de répressions policières violentes et d’arrestations despotiques ont déjà commencé. Pour l’instant, aucun pays du Golfe n’a encore chuté, mais ils sont sur un qui-vive quotidien. Ils préfèrent de loin être donateurs prodigues qu’accueillir. Les indignations s’aiguisent et Internet faisant le reste, ils ne pourront pas rester ainsi sur leurs chameaux à observer la casse en distribuant quelques écus. L’indignation se nourrit de leur lâcheté et la pression sévère de l’opinion publique arabe fera le reste, avec un sentiment profond prenant toute sa force et sa détermination dans les soulèvements de 2011. Alors ils arrosent, ils achètent, au poids de leurs retraits et de leurs hésitations, ce qui ne trompe personne. Messieurs du Golfe, redevenez enfin des fils d’Allah.

Et nous, reprenons, les paroles toujours actuelles malgré leur quart de siècle de la diva libanaise Julia Boutros, lorsqu’elle hurlait sa douleur pour dénoncer les lâchetés des régimes arabes face aux agressions d’Israël : « Où sont les Arabes, où sont-ils ? »

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Youssef Chems est écrivain.