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Monde

A Madrid, les Bahreïnis dénoncent la répression sanglante

Le dialogue national en péril

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 29 Juin 2011

Le royaume du Bahreïn est secoué par une vague de protestations sans précédent depuis février dernier. Pourtant, le changement se fait dans l’indifférence générale. La multiplication des arrestations et des condamnations met en péril « le dialogue national », qui devrait être lancé le 2 juillet mais qui pourrait être boycotté par l'opposition chiite. Le Congrès européen de solidarité avec le peuple du Bahreïn, qui s’est tenu les 25 et 26 juin à Madrid, en appelle à l’opinion publique et à la communauté internationale pour condamner la répression de la monarchie et la sanctionner.



A l'initiative de la Junta Islamica et de La paix maintenant, le Congrès européen de solidarité avec le peuple du Bahreïn s’est tenu les 25 et 26 juin dans la capitale espagnole.
A l'initiative de la Junta Islamica et de La paix maintenant, le Congrès européen de solidarité avec le peuple du Bahreïn s’est tenu les 25 et 26 juin dans la capitale espagnole.
A l’heure où « le dialogue national », convoqué par le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa afin de relancer les réformes politiques, va s’ouvrir samedi 2 juillet, les tensions restent vives au Bahreïn. Ce petit royaume du Golfe persique, constituée d’une population à majorité chiite dirigée par une dynastie sunnite, est secoué par une vague de protestations sans précédent depuis février.

Symbole de la contestation du régime bahreïnie, la Place de la Perle, située au centre de Manama, a été le théâtre d’une violente répression en mars, qui s’est soldée par la destruction du monument central et l'éviction par la force les protestataires, causant au passage plusieurs morts et blessés. Plus de 500 personnes ont été arrêtés jusque là, dont une trentaine de médecins et d’infirmières accusés d'avoir porté secours à des manifestants. Leur procès a repris lundi 27 juin devant un tribunal spécial de sécurité.

A ce titre, la Junta Islamica et La Paix maintenant, organisateurs du congrès européen de solidarité avec le peuple du Bahreïn, qui s’est déroulé à Madrid les 25 et 26 juin, ont souhaité faire part de leur soutien « inconditionnel » aux Bahreïnis « dont le seul crime est d’exiger la liberté, la démocratie et la fin de la torture et des abus qui caractérisent les actions du régime d'Al-Khalifa de Bahreïn. »

La communauté internationale indifférente

L’évènement a eu le mérite de « donner de la voix à ceux qui sont privés de parole. » Malgré les « profondes inquiétudes » du Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, quant aux condamnations sévères qui vont jusqu’à l'emprisonnement à vie, prononcées à Bahreïn contre les défenseurs de droits de l'homme et dirigeants de d'opposition, le silence de la communauté internationale, notamment des Américains et des Européens, est assourdissant.
Siège de la 5e flotte américaine et situé tout près de l’Iran, le Bahreïn détient la 8e place mondiale en termes de réserves pétrolière, rendant l’archipel très attractif au niveau géostratégique.

Les yeux braqués vers la Libye où le conflit s’enlise malgré l’intervention armée de l'Otan, les Occidentaux préfèrent maintenir le statu quo dans le royaume bahreïni. L’intervention des troupes saoudiennes et émiraties, qualifiée d’« invasion », s’est d’ailleurs effectuée dans l’indifférence générale.

Le manque d’informations et d’images autour de ce conflit a tout aussi été dénoncé lors du Congrès. La chaine qatarie Al-Jazeera, louée pour ses reportages de qualité concernant les révolutions arabes, en a pris pour son grade, accusée par des opposants bahreïnis de participer à « la politique du silence. » L’espoir pour les intervenants au Congrès : que le soutien international aux changements en Tunisie, en Egypte et en Libye soit similaire pour le Bahreïn.

Le Bahreïn, tiraillé entre Iraniens et Saoudiens

Le conflit au Bahreïn n’est pas religieux, « entre chiites et sunnites mais entre le peuple et ses dirigeants », tient à rappeler Alaa Al Khatib, activiste iraquien de passage à Madrid. Elle met tout de même à dos deux puissances régionales : l’Arabie Saoudite, gardienne des Lieux Saints et du sunnisme orthodoxe et qui n’a jusque là soutenu aucune révolution dans la région, et l’Iran, la puissance chiite.

Pris entre deux feux, le Bahreïn est un réel enjeu de pouvoir pour ses voisins. L’association culturelle islamique Ahlul Bayt, d’obédience chiite, est d’ailleurs un des organisateurs du Congrès.

Celui-ci, qui s’est conclu par une déclaration finale, a tenu à souligner « le rôle héroïque joué par les femmes dans la lutte pour la liberté à Bahreïn et à montrer sa solidarité avec toutes les détenues. » Parmi les revendications soulignées lors du Congrès, figurent, entre autres, « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques », « la fin des tortures, des abus sexuels et autres mauvais traitements » et « le retrait des troupes étrangères saoudiennes (…) et la fin de l'ingérence de ces pays dans les affaires intérieures du Bahreïn. »

Les opposants au régime exigent également « la poursuite pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité devant un tribunal international du roi de Bahreïn » ainsi que tous les membres de son entourage et les forces de sécurité rendus coupables de tels actes tout comme le roi d'Arabie saoudite et ses proches qui ont pris part à « l'invasion. »





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