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Société

Y’a Bon Awards 2012 : les « dérapages » racistes récompensés, l'UMP servie

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 21 Mars 2012

Les élites banalisent le racisme. Les Indivisibles les bananisent. L’association anti-raciste, créée en 2007, a organisé pour la quatrième année consécutive les Y’a Bon Awards lundi 19 mars. Une soirée réussie au Cabaret Sauvage de Paris, qui a permis d’épingler sérieusement les personnalités du monde politique et médiatique pour leurs propos racistes tenus ces cinq dernières années. Pour Gilles Sokoudjou, président de l’association, il s’agit de les « mettre face à leurs responsabilités » et de les sortir de leur impunité. Car l’objectif des Indivisibles est limpide : déconstruire les préjugés ethno-raciaux et les imaginaires par la parodie et l’humour afin de montrer combien le racisme est absurde.



Le jury des Y'a Bon Awards 2012, animé par Raphäl Yem.
Le jury des Y'a Bon Awards 2012, animé par Raphäl Yem.
« Nous leur rappelons, sans nous départir de notre humour mais sans perdre en vue la gravité de la situation, que ce sont leurs paroles qui instaurent un climat de haine et de défiance et que ce sont elles qui s'insinuent auprès de concitoyens des idées qui se transforment parfois en acte irréparable », a déclaré d’entrée de jeu Gilles Sokoudjou, président des Indivisibles.

Si des personnalités sont sanctionnés pour leur racisme aux Y'a Bon Awards, « le racisme et ses conséquences ne nous ont jamais fait rire », a-t-il fait savoir. Alors que les crimes perpétrés à Toulouse et à Montauban orientent les enquêteurs vers la piste raciste, une minute de silence a été observée par la salle bondée en mémoire des quatre tués au collège-lycée juif de Toulouse plus tôt dans la journée mais également pour toutes les victimes du racisme.

A l’heure du cinquantenaire des Accords d’Evian, les Indivisibles ont aussi eu à cœur de « rappeler que le racisme trouve ses sources dans l’histoire coloniale de notre République ».

Ces « people » yabonisés en 2012

Comme chaque année, des personnalités françaises se voient attribuer une banane d’or par un jury très éclectique composé cette fois du sociologue Jean Beaubérot, de l'historien Olivier Lecour-Grandmaison, de la journaliste Florence Aubenas, de la romancière Faïza Guène ou encore des rappeurs Youssoupha et Mokobé.

Aux commandes de la soirée, l'animateur Raphäl Yem a fait preuve de dynamisme, sachant manier l'humour et l'autodérision avec dextérité. Co-auteur des sketches de la soirée, il nous révèle tout de même plus tard que l’exercice auquel il doit se plier est difficile. « C'est un exercice de schizophrène, il faut qu’on s’auto-insulte pour en rire et faire le tout au millième degré », explique-t-il.

Le Prix « 50 minutes Inside la tête d'un people qui aurait mieux fait de se taire » a été décerné à l'écrivain Richard Millet, pour ses propos tenus en février dernier dans l'émission de Frédéric Taddéï « Ce soir (ou jamais) ! » : « Je prends quotidiennement le RER, pour moi, la station Châtelet-Les Halles à 6 heures du soir, c'est le cauchemar absolu, surtout quand je suis le seul Blanc. Est-ce que j'ai le droit de dire ça ou pas ?(...) Je ne supporte pas les mosquées en France, je le dis, je ne peux pas voir ça en peinture. »

L'écrivain l'a emporté face à Brigitte Bardot, qui, dans sa lettre à Nicolas Sarkozy, en juin 2011, a écrit : « 30 ans de régression ont fait de la France une fosse à purin, où toute la merde des autres cultures est venue polluer la nôtre ! »

Christophe Barbier et Caroline Fourest, des multirécidivistes

Les journalistes - ou ceux qui revendiquent cette casquette - ne manquent pas d'être distingués. Ainsi, le prix « Enquête exclusive, en partenariat avec le journal "Minute" » est revenu à Christophe Barbier pour ses propos tenus dans sa vidéo édito du 18 février 2010 sur le l’affaire du Quick halal.

Le patron de L’Express est arrivé ex-aequo avec la rédactrice en chef au Point, Sylvie Pierre-Brossolette, pour ses écrits en mai 2011 à propos de l'affaire Dominique Strauss-Kahn : « Quelle image donnons-nous au monde quand les télévisions de la planète entière montrent un prestigieux Français pénétrer dans le tribunal de New York, piteux, mal rasé et toujours menotté, pas mieux traité que les malfrats de couleur déférés avant et après lui devant le juge ? C'est ravageur. »

Dans la catégorie des « Expert Chronikers », c’est Caroline Fourest qui a reçu la Banane d’or pour son intervention lors d'une convention du PS sur l'Egalité réelle en décembre 2010, pendant laquelle elle a dénoncé « des associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas » (à 8’55).

Au lendemain de la cérémonie, l’« expert chroniker » a décidé de porter plainte contre les Indivisibles et les membres du jury pour « diffamation et injure, voire pour incitation à la haine ». « Décerner un prix du racisme à une antiraciste. N’est-ce pas un peu gros ? Vous connaissez la formule, un peu modifiée. Les salauds osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît », réagit-elle dans un virulent édito paru sur son blog. Pour conclure le tout, elle annonce que « les dommages et intérêts seront reversés à une association antiraciste…. qui milite vraiment contre le racisme ». Les Indivisibles sauront défendre leur choix.

Dans cette catégorie, Eric Zemmour, déjà « yabonisé » en 2011, aurait très bien pu être distingué pour sa prestation audiovisuelle en octobre 2010, pendant laquelle il vante sans détours les « mérites » de la colonisation face à Rama Yade. Sans la colonisation au Sénégal, elle n’aurait pas connu Beaudelaire.


Droite ou gauche, même combat pour les Indivisibles

Après cinq ans de cauchemar pour les antiracistes, les Indivisbles ont souhaité attribuer un prix d'honneur à l'UMP « pour son esprit d'équipe et cinq années de bons et loyaux efforts au service du racisme ». Entre Brice Hortefeux, Claude Guéant, Nadine Morano et tant d’autres, la compilation des propos abjects tenus ces cinq dernières années par des membres de la majorité présidentielle est longue. « Si j'étais UMP, on dirait que c'est un dérapage » et non du racisme, avait un jour estimé Jean-Marie Le Pen.

M. Sokoudjou rappelle que « l’UMP n’est pas le seul responsable du racisme en France » et que la gauche n’est pas en reste sur cette question. Pour le prix de « l'opposition qui ne s'oppose pas vraiment, en fait... », c’est la sénatrice Françoise Laborde, à l’origine de la loi « anti-nounous voilés », soutenue par les socialistes, qui a été choisie. « Et j'ai bien compris que j'inquiétais, que je perturbais et que j'étais une islamophobe. Bon, ben voilà, et j'assume », avait-elle réagi face aux critiques sur Radio Orient en février dernier. Elle était face à Fatiha Benahmed, élu d'Europe Ecologie-Les Verts à Lyon, nominée après avoir contraint une femme musulmane à retirer son voile lors de son mariage.

« L’UMP n’a pas le monopole du discours raciste », ajoute le président des Indivisibles. Un avis partagé par Ismahane Chouder, membre de Mamans Toutes Egales, qui nous indique en marge de la cérémonie que « les petites phrases et les dérapages révèlent le fond de la politique, particulièrement de la droite, mais qu’il ne faut pas dédouaner la gauche de ses responsabilités, notamment sur l’islamophobie ».

Le combat contre le racisme est loin d'être achevé et les citoyens français sont appelés à une vigilance de tous les instants.




Hanan Ben Rhouma


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