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Société

Les musulmans au diapason contre la loi « anti-nounous voilées »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 23 Janvier 2012

Depuis l’adoption du texte au Sénat visant à interdire le port du voile pour les assistantes maternelles, les réactions d’indignation des citoyens français de confession musulmane vont bon train. Du CFCM au CCIF, en passant par la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), les Etudiants musulmans de France (EMF) et le collectif Mamans toutes égales (MTE), tous s’insurgent contre une proposition qui ne fait qu’exaspérer les musulmans de France. Tour d’horizon des réactions.



Les musulmans au diapason contre la loi « anti-nounous voilées »
« Le dernier délire laïcard et islamophobe », telle est l’expression choisie par la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) pour qualifier la proposition de loi controversée sur la « laïcité » dans les crèches, les centres de loisirs et les domiciles des nounous votée le 17 janvier.

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui fut pourtant consulté - sans être entendu - par le Sénat en novembre sur la question, a dénoncé un texte qui « introduit, de ce fait, une modification majeure dans l’un des fondements de la République qu’est le principe de laïcité et se met clairement en contradiction avec les objectifs poursuivis par les grands textes nationaux et internationaux traitant des droits fondamentaux tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme ».

Le principe même de la loi de 1905, qui interdit à l’Etat de s’ingérer dans les structures de droit privé ainsi que dans les domiciles des particuliers, est ainsi violé de manière flagrante selon le CFCM. Or c’est au nom même de la laïcité que Françoise Laborde, membre du Parti radical de gauche (PRG), a initié l’idée, soutenue par les sénateurs socialistes.

Une mesure d'exclusion qui indigne

« La limitation préconisée par cette proposition de loi constitue une violation du droit à la vie privée consacré par la Convention européenne des droits de l'homme et apparaît incontestablement comme disproportionnée », ajoute l’instance présidée par Mohamed Moussaoui, qui souligne « la gravité de la situation créée par cette proposition de loi qui risque à la veille de rendez-vous électoraux importants pour l’avenir de notre pays de susciter trouble et interrogations qui ne peuvent être que préjudiciables. »

Choqué par la position du groupe des sénateurs socialistes, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) évoque « une nouvelle loi d’exclusion », « un pas de plus dans la mise au ban des femmes voilées dont on prétend par ailleurs participer à l’émancipation. » « Si vous votez cette loi, je vote contre vous », martèle l'association, qui veut sensibiliser la classe politique de la montée en puissance des actes anti-musulmans.

La cohésion sociale mise en péril

Le collectif Mamans Toutes Egales (MTE), dont ses membres sont préoccupées par cette législation, dénonce un texte qui « vise une catégorie de la population et une seule, les citoyennes musulmanes portant un foulard, confrontées à une véritable chasse aux sorcières pour les exclure de l’espace public, social, et qui va jusqu’à les contrôler dans le privé ».

De son côté, les Etudiants musulmans de France (EMF) « exige de toute la classe politique française qu'elle cesse immédiatement de tirer la France vers un péril liberticide et Islamophobe ». « Le seul effet que cette loi aura à court terme sera de raviver les comportements de méfiance et de suspicion envers et entre les personnes de convictions religieuses ou philosophiques différentes. Par conséquent, cette loi menace une fois de plus une cohésion sociale déjà mise en danger plusieurs fois depuis l'élection du président Sarkozy à des fins encore et toujours électoralistes », s’inquiète l’organisation.

Sur le même ton, l’Association de sensibilité, d’information et de défense des consommateurs musulmans (ASIDCOM) s’insurge contre « cette régression législative », qui « blesse les millions de croyants de notre pays. La laïcité n’a jamais été l’athéisme ».

Toutes les associations espèrent que le texte ne soit pas entériné par l’Assemblée nationale, où elle doit continuer son parcours législatif, et appellent au bon sens des députés, notamment ceux de gauche, pour éviter une légalisation de l’islamophobie. Dans le cas contraire, le CRI entend bien soumettre la loi au Conseil constitutionnel.



Hanan Ben Rhouma


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