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Société

Le CCIF décrète l’état d’urgence face à l’islamophobie

Le vote, une arme contre l'intolérance

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 1 Novembre 2011

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a organisé, dimanche 30 octobre, son premier grand colloque sur l’islamophobie, présentée comme la première forme de racisme en France. Les élections présidentielles approchant, l’association souhaite sensibiliser les citoyens sur cette question et décrète l’état d’urgence face à la montée des discours médiatiques et politiques tendant à stigmatiser les musulmans et qui ont le vent en poupe.



Le CCIF a réunit, fin octobre, plusieurs centaines de personnes pour les sensibiliser à la gravité de la situation en France. Ici, Samy Debah, président du CCIF.
Le CCIF a réunit, fin octobre, plusieurs centaines de personnes pour les sensibiliser à la gravité de la situation en France. Ici, Samy Debah, président du CCIF.
L’espace Chevreul de Nanterre (92) a fait salle comble dimanche 30 octobre. Près de 550 personnes ont fait le déplacement pour assister au colloque « Islamophobie : état d’urgence » organisé par le CCIF.

Face aux participants, c’est toute une brochette d’intervenants, tous aussi intéressants les uns que les autres, qui ont défilé durant près de quatre heures. Et tous ont un même constat : le phénomène de l’islamophobie est devenu trop grave pour ne pas s’en préoccuper.

Les actes anti-musulmans, qui se sont multipliés ces derniers mois, ont mis en évidence un rejet de l’islam et de ses fidèles de plus en plus marqué en France et en Europe et entretenu par la classe politique et les médias grand public.

La laïcité, une loi bien faite désormais dévoyée

La loi de 1905 qui consacre la laïcité n’a aucunement été remise en cause par les intervenants. Elle constitue même un espace de vivre-ensemble, à la base « conçue pour protéger la liberté religieuse mais aujourd’hui dévoyée de son objectif pour revenir à une idéologie anti-religieuse dont l’islam est la première victime », note M. Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

« La laïcité n’est plus une question juridique mais politique », a souligné Frédéric Sarkis, conseiller municipal d'Europe Ecologie-Les Verts de Colombes et initiateur au sein d’EELV du texte « Laïcité n’est pas racisme ». Proposé après les Assises contre "l’islamisation" en décembre 2010, il a été approuvé par 82 % des membres du parti. « La ligne rouge à ne pas franchir : prendre la laïcité comme expression d’une identité majoritaire » sans aucune place pour le multiculturalisme, ajoute-t-il.

Quant à Raphaël Liogier, président de l’Observatoire du religieux et initiateur de la « Muslim Pride », il estime que la crise identitaire à laquelle font face Français et Européens est « dangereuse » car elle rappelle celle de l’Allemagne dans les années 1920-1930. « Si on veut tous sauver la laïcité, nous devons tous nous considérer comme des musulmans symboliques. »

Les discours politiques et médiatiques en cause

La stigmatisation des musulmans : un argument électoral pour les uns, un « booster de carrière » pour d’autres, constate la très médiatique Rokhaya Diallo, citant Eric Zemmour ou Caroline Fourest. « Sont survalorisés des faits divers qui deviennent des problèmes politiques (…) et des polémiques d’envergure nationale » comme l'affaire du Quick halal ou du polygame de Nantes. Elle pointe au passage du doigt les associations se revendiquant comme gardiennes du féminisme à l’image de Ni Putes Ni Soumises, qui « surfent sur des clichés », servant ainsi des discours politiques bien huilés sur les arabo-musulmans.

Pour le journaliste Michel Collon, la construction médiatique du « musulman terroriste », devenu bouc émissaire d’une société en proie à une crise socio-économique, s'inscrit dans un contexte plus global et est une conséquence de la théorie du choc des civilisations, qui pose l’islam comme ennemi de l’Occident. « Les médias ne veulent pas qu’on sorte de l’ignorance car elles se sont construites sur les peurs. (…) L’accroissement de ces peurs vient justifier les guerres contre les pays arabes » et protéger « le colonialisme », déclare-t-il.

Face à l'ignorance, Doudou Diène, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, appelle enfin les musulmans à éviter le piège idéologique et le renfermement du débat sur l’islamophobie dans la théologie pour l’amener sur le terrain des droits de l’homme, à travers lesquels se défendent la liberté religieuse et la lutte contre le racisme.

Le vote sanction, une arme contre l’islamophobie

En marge de la conférence, Samy Debah, président du CCIF, nous dit être satisfait des débats et de la diversité des intervenants. « L'élément commun a traversé toutes les discussions : le danger de laisser se développer les actes islamophobes, les atteintes aux droits des individus et à la laïcité car ils mettent en péril la République. (…) L’islamophobie n’est pas que l’affaire des musulmans mais celle de l’ensemble de la société car elle met en danger la cohésion sociale », indique-t-il

Les six prochains mois qui précèdent les élections présidentielles sont décisifs pour le CCIF, qui redoute qu'un massacre comme celui d'Oslo se reproduise. Dans la lignée de la position prise lors du colloque par Nabil Ennasri, président du Collectif des musulmans de France (CMF), le CCIF appelle les musulmans à faire usage de leur droit de vote sans pour autant prendre partie pour un parti. « Tous les citoyens humanistes doivent se mobiliser durant cette période pour intervenir systématiquement lorsque des discours islamophobes sont utilisés à des fins électoralistes en interpellant le candidat, son parti et en se mobilisant dans les différents débats », conclut M. Debah.

Les musulmans, qui se caractérisent par un fort taux d’abstention, se devront d’être réceptifs à ce message.







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