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Religions

Raphaël Liogier : « Les musulmans doivent défendre la République ! »

Rédigé par Pauline Compan | Mercredi 4 Mai 2011

La Muslim Pride ou comment les musulmans doivent prendre une part active dans les débats et attaques faites sur leur religion. Le concept a été lancé par le directeur de l’Observatoire du religieux, Raphaël Liogier. Ce sociologue vient de publier « Les Évidences universelles » (éd. de la Librairie de la Galerie, 2011). Saphirnews l’a rencontré en marge de la 28e Rencontre annuelle des musulmans de France.



Saphirnews : Selon vous, les musulmans seraient victimes d’une crise d’identité des Européens ?

Raphaël Liogier, directeur de l'Observatoire du Religieux d'Aix-en-Provence
Raphaël Liogier, directeur de l'Observatoire du Religieux d'Aix-en-Provence
Raphaël Liogier : L’Europe est à l’origine de la globalisation et elle est habituée à exercer mondialement une domination politique, économique et culturelle. Elle se trouve en péril par rapport à son identité depuis les années 1980-1990, mais elle ne l’a réalisé que dans les années 2000. L’intervention des États-Unis en Irak, sans demander l’avis des Européens, a été un premier choc. Ces derniers ont réalisé qu’ils n’étaient plus des partenaires privilégiés de la première puissance mondiale. Ils ne peuvent plus jouer leur rôle d’intermédiaire entre le tiers-monde et les États-Unis, car les rapports de force sont en train de changer radicalement.

Désormais, le seul moyen d’exister est de se fédérer. Mais le défi est grand pour une Union européenne, mosaïque de nations différentes, donc les pays blâment ceux qui n’y sont pour rien mais qui sont à portée de main : les musulmans.

C’est une crise symbolique profonde, qui touche toute l’Europe. Elle se traduit par un effet d’inversion fantasmée de la majorité, où ceux qui sont majoritaires se présentent comme minoritaires car ils se pensent encerclés. On n'est plus dans la réalité : le musulman est devenu un principe métaphysique et, quoi qu’il fasse, il aura toujours tort. Donc autant qu’il fasse quelque chose, d’où mon idée de lancer une Muslim Pride.

Pouvez-vous en expliquer le concept ?

R. L : J’ai foncièrement soutenu l’exposition de Martin Parr à l’Institut des cultures d’islam. C’est ça l’idée de la Muslim Pride, pour moi : montrer la réalité. Le quartier de la Goutte-d’Or, à Paris, est le lieu de tous les préjugés : c’est peut être là que ces préjugés seront abolis.

Mais il faut un réveil émotionnel. Les musulmans doivent se prendre en main et montrer ce qu’ils sont en réalité, sinon l’espace est laissé vacant pour tous les autres. Mais, pour prendre cet espace, il faut occuper la rue avec les moyens légaux et démocratiques dont disposent les citoyens.

Cela doit être concerté et global, car cette minorité est aujourd’hui attaquée en tant que musulmane et doit réagir en tant que telle. Il faudrait un mouvement social d’envergure qui touche tous les citoyens pour la restitution de la valeur supérieure de la Constitution. Tout le monde devrait se sentir un peu musulman lorsque l’on attaque notre Constitution. Elle a été fabriquée par des fondateurs de la République pour empêcher, justement, ce qui est en train de se passer. Les musulmans doivent défendre la République !

La loi contre le port du voile intégral est un exemple de ces attaques contre la Constitution…

R. L : Cette loi n’est pas importante seulement parce qu’elle porte sur l'interdiction du port du voile intégral (niqab) dans l'espace public, mais aussi parce qu’elle est un droit de violenter les musulmans.

Cela légitime le fait de dire aux musulman-e-s : « Vous n’avez pas le droit d’exister en tant que musulman-e-s dans la société » et c’est cela qui est grave. On voit immédiatement les conséquences avec des jeunes femmes violentées ou accusées de provocation car elles sont habillées de noir.

Or elles ont le droit de s’habiller en noir, même si c’est une provocation parce que, en démocratie, on a le droit de provoquer : c’est le principe de l’espace public tant que l’on ne remet pas en cause l’intégrité physique et morale de nos concitoyens.

L’Observatoire du religieux que vous dirigez avance des chiffres très différents que ceux du ministère de l’Intérieur sur le nombre de niqab en France…

R. L : Nous estimons qu’il n’y a pas plus de 200 ou 300 personnes qui portent le niqab en France, contrairement aux estimations des Renseignements généraux (entre 2 000 et 3 000 pour leur part). Ils recomptent dix fois les mêmes personnes et ils se rendent à la sortie des mosquées salafistes où il y en a beaucoup. Mais c’est un lieu particulier et ces femmes ne le portent pas forcement tout le temps.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, c’est un voile volatile. Il est hypermoderne dans le sens où il s'agit d'une démarche très individualiste justifiée par un discours presque New Age. C’est une manière d’affirmer une identité, comme beaucoup d’autres manières de s’habiller ou de se comporter.











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