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Société

Les dessous de la « marche des musulmans contre le terrorisme »

Rédigé par | Vendredi 7 Juillet 2017

Une « marche des musulmans contre le terrorisme », organisée du 8 au 14 juillet, attire de nombreuses critiques en France parmi les musulmans, et même du Conseil français du culte musulman (CFCM) qui a refusé de s'associer à la démarche. Explications.



Les dessous de la « marche des musulmans contre le terrorisme »
Annoncée depuis plusieurs semaines, une « marche des musulmans contre le terrorisme » est organisée du samedi 8 au vendredi 14 juillet à travers plusieurs villes européennes. Le voyage – qui se fera en bus - traversera Berlin, puis Bruxelles, Saint-Etienne-du Rouvray, Paris, Toulouse, Nice pour finir le 14 juillet, jour de fête nationale, dans la capitale. A chaque étape sont prévues des commémorations en faveur des victimes du terrorisme commis au nom de l'islam. Les organisateurs de cette initiative ont annoncé la participation d’une soixantaine d’imams à cette tournée.

La marche, dont le but est (encore) de marteler que l’islam n’a rien à voir avec les actions terroristes, n’est pas pour enchanter une grande partie des musulmans. Non pas qu’ils soient solidaires de criminels, loin s’en faut : outre l’utilité de cette marche qui est questionnée, l’identité des organisateurs et le manque de transparence de l’initiative y sont pour beaucoup.

De g. à droite : Hassen Chalghoumi, Hocine Drouiche, Marek Halter, Eric Gozlan.
De g. à droite : Hassen Chalghoumi, Hocine Drouiche, Marek Halter, Eric Gozlan.

Qui en sont les organisateurs ?

Le hic, et de taille pour nombre de musulmans en France : c’est Hassen Chalghoumi qui est à l’origine de cette initiative. Le très controversé « imam de Drancy » et président de la mystérieuse Conférence des imams de France est accompagné dans cette démarche de l’écrivain juif Marek Halter, associé depuis de longues années à Hassen Chalghoumi dans son parcours politico-médiatique. L’auteur de livres sur Khadija et Aïcha, épouses du Prophète Muhammad, et sur Aïcha, fille du Prophète, n’hésite pas, en mars dernier auprès de Paris Match, à présenter le voyage comme le fruit de « notre mobilisation », décrédibilisant un peu plus l’initiative comme une « marche des musulmans ».

Parmi les organisateurs, on trouve aussi Hocine Drouiche, moins connu que Hassen Chalghoumi mais tout aussi controversé. Vice-président de la Conférence des imams de France, il avait été dénoncé au cours de l’année 2016 par des membres du Conseil français du culte musulman (CFCM) et des représentants musulmans du Gard comme un « usurpateur » pour s’être présenté comme président d’un Conseil des imams du Gard.

Enfin, il y a Eric Gozlan, directeur exécutif de l’Union des peuples pour la paix (UPP) dont Hassen Chalghoumi est président. Basée à Drancy, cette association de dialogue interreligieux a organisé, selon les informations communiquées à la fondation Anna Lindh, la « omra » à Jérusalem pour des imams en 2012.

Un homme d’affaires interdit à l’iftar du CFCM avec Macron

Côté financement, c’est un certain Mohammed Izzat Khattab qui est à la manœuvre. Il se présente lui-même comme un homme d’affaires syrien vivant à Paris, qui « a fait fortune dans le pétrole, l’immobilier, l’industrie du phosphate et le développement du tourisme ». Il préside un mouvement politique appelé La Syrie pour tous qu’il a crée en 2009 avant de fonder en 2012 une fondation du même nom, « sur ses fonds propres, dans l’optique d’aider ses compatriotes en Syrie et en exode » face au terrible conflit.

Selon Le Point, il s'était vu interdire l'entrée à l’iftar du CFCM avec le président Emmanuel Macron en juin en raison de ses antécédents judiciaires. « Condamné en Suisse pour diverses escroqueries, il fait également l'objet d'une fiche Sirène qui signale ses déplacements au sein de l'espace Schengen », lit-on.

Le CFCM refuse de s’associer à cette marche

Sollicité pour participer à cette marche, le CFCM a opposé une fin de non-recevoir à la demande. Conscient du rejet que suscite Hassen Chalghoumi par ses coreligionnaires,, ses représentants n’ont pas l’envie d’octroyer un semblant de légitimité à un événement au financement opaque.

« On ne va pas passer notre temps à nous justifier », tempête Abdallah Zekri, qui manifeste son ras-le-bol de voir une initiative contre le terrorisme ne soulever qu’une de ses facettes, celle qui appellent les musulmans seuls – et non les citoyens dans leur diversité - à se manifester, « comme s’ils sont les seuls au monde à devoir montrer qu’ils n’ont rien à voir avec les criminels ».

Le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie refuse également de s’associer à un événement non initiée par des « musulmans de terrain » mais par des « imams sans mosquées » pour la plupart. Lui comme d’autres fédérations musulmanes ont appelé, jeudi 6 juillet, les musulmans à « participer activement à des actions tendant à mieux faire connaître les valeurs fondamentales de l’islam qui ne sont en rien contraires aux lois de la République » afin de lutter contre la mauvaise image de l’islam en France, ceci sans aucunement évoquer la marche de Chalghoumi-Halter.



Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur



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