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Religions

Henniche en Israël : « une omra à Jérusalem »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 22 Novembre 2012

Le récent voyage en Israël et en Cisjordanie d’une délégation musulmane, composée essentiellement d’imams de France, suscite de très nombreuses réactions d'indignation parmi les musulmans en raison des rencontres programmées avec des représentants du gouvernement israélien, dont Shimon Pérès, sous la houlette du Quai d'Orsay. M’hammed Henniche, qui a bien fait partie de la mission contrairement aux premières affirmations de l’UAM 93, s’explique sur les raisons de son silence autour de son voyage. Tout comme le président de l’UAM, qui affirme n’avoir été mis au courant de la démarche de son secrétaire général que trop tard.



La délégation musulmane, dont M. Henniche (à g.), avec le ministre palestinien des affaires religieuses et du Wakf, Mahmoud Habbache.
La délégation musulmane, dont M. Henniche (à g.), avec le ministre palestinien des affaires religieuses et du Wakf, Mahmoud Habbache.
Acte I : la France apprend, dimanche 11 novembre, qu’une délégation d’imams part en voyage en Israël et en Cisjordanie. L’UAM 93 dément rapidement la présence de son secrétaire général, M’hammed Henniche, parmi les participants. Mais une vidéo prouve le contraire. Entre-temps, Israël a repris ses bombardements contre la bande de Gaza.

Acte II : Après la révélation de cette histoire sur Saphirnews, c’est le branle-bas de combat au sein de l’UAM 93 qui a riposté si tôt notre article publié pour déclarer, sur Facebook, que l’association « décline toute responsabilité » dans le voyage de M. Henniche et « déplore de la manière la plus ferme qui soit l'attitude de son secrétaire (…) dans sa démarche, qui n'a prévenu personne au préalable et n'a agi de la sorte que de son propre chef. »

Une position complétée par un communiqué officiel sur le site de l’UAM, publié samedi 17 novembre, dans lequel il est dit que le voyage de M. Henniche a « surpris » l’association « étant donné que la question n’a pas fait objet de débat au sein des instances de l’UAM », qui « n’approuve pas et ne peut accepter de telle prise de décision individuelle (…) sans débat et concertation au préalable sur les questions et les relations politiques de haut niveau ».

L’UAM 93 se désolidarise de Henniche

« J’étais absent depuis trois semaines et je ne suis revenu à Paris que le 10 novembre », la veille du départ de M. Henniche, assure M. Farsadou à Saphirnews. Au vu du communiqué du BNVCA et « lorsqu’on m’a demandé s’il était vraiment parti, ma réaction a été de dire non automatiquement, car ce genre d’initiative se discute normalement au bureau. J’ai moi-même posté le message sur Facebook » dimanche 11 novembre.

Cependant, il a pu entrer en contact avec son secrétaire dès le lundi 12 novembre et a alors su qu’il était au Proche-Orient. Pourquoi n’avoir pas communiqué d’emblée pour clarifier la situation ? « On a discuté de l’idée d’un communiqué le soir même mais on a estimé qu’il ne fallait pas agrandir le problème. Si personne n’en parle, ce n’est pas la peine de jeter de l’huile sur le feu », nous avoue M. Farsadou.

L’UAM93 désapprouve Henniche, pas le voyage

La publication de notre article, suivie de trop nombreuses réactions d’indignation, a ainsi obligé l’UAM 93 à réagir publiquement pour « éclaircir les choses » et se blanchir de tout soupçon de manipulation, explique-t-il.

Même si M. Henniche affirme que le voyage est personnel, le président de l’UAM dit être « choqué » par le silence adopté par son secrétaire. Mais s’agissant du voyage en lui-même, M. Farsadou ne veut pas prendre position. « Je ne veux pas critiquer car je n’ai pas tous les détails », indique-t-il, ajoutant tout de même qu’un voyage en Israël et en Territoires – occupés –palestiniens avait été discuté entre l'UAM et le BNVCA « il y a deux ans » mais qu’il n’avait pas abouti car « nous voulions que Gaza soit inclu dans le programme ».

Une « réunion de crise » du conseil d’administration de l'UAM s'est tenue lundi 19 novembre, trois jours après le retour de M. Henniche. Aucune décision n’a encore été prise à son égard, selon M. Farsadou, mais le secrétaire général nous a indiqué que des explications ont bien été données et que, depuis, « tout est rentré dans l’ordre ».

La version de l’histoire, racontée par Henniche

Contacté par nos soins, M. Henniche tient d’abord à faire savoir que le voyage a été entièrement financé par le ministère français des Affaires étrangères et aucunement par l’ambassade d’Israël en France. Un tel voyage, composé « exclusivement de musulmans », est « une première en France » et avait pour objectif de d'« exposer à la délégation ce que fait la France sur place ». A cet effet, il y avait « une présence à tous les moments d'un diplomate français à notre mission diplomatique. (…) Jamais nous n'avons été seuls. Sauf quand un membre décidait de ne pas suivre le programme officiel ».

Quid du BNVCA et de l’écrivain Marek Halter ? « Personne n’a demandé au BNVCA de nous féliciter, personne n’a discuté avec Sammy Ghozlan (président du BNVCA, ndlr) de notre voyage. Les gens ont compris qu’il faisait partie de la délégation alors que ce n'est pas le cas ! Et notre voyage n’a pas été organisé ni financé par l’ambassade d’Israël comme on voudrait bien le faire croire », martèle-t-il.

Quant à Marek Halter, M. Henniche affime qu’« il s’est incrusté dans le projet » et qu’il est « le seul intrus », au point où des officiels palestiniens auraient failli annuler leurs rencontres avec la délégation, selon lui : « Marek Halter est resté 48 heures avec nous, puis il est revenu en France pour raconter sa vérité en jetant le discrédit sur la mission. » « Ghozlan et Halter ont cassé l’image de ce voyage, qui aurait pu avoir des retombées positives », selon M. Henniche.

« Je n’ai pas rencontré Shimon Pérès »

M. Henniche tient surtout à mettre l’accent sur ses rencontres, à Ramallah, avec les diplomates français et les hautes personnalités palestiniennes, parmi lesquels Salem Fayyad, Premier ministre palestinien, et Mahmoud Habbache, son ministre des Affaires religieuses et du Wakf.

Et qu’en est-il de sa participation à la programmation israélienne ? On en vient enfin : des membres de la délégation ont bien rencontré des officiels israéliens, « seulement deux, trois contacts pas très hauts placés »… sauf pour le président israélien Shimon Pérès, finit par dire le porte-parole de l’UAM93, faisant savoir qu’il s’agissait « juste d'une prise de photos et d'un bref échange d'amabilités. » Mais « j’ai été absent à toutes les rencontres avec les représentants israéliens (Pérès compris), j’ai préféré aller à Al-Qods (Jérusalem) pour profiter du peu de temps que j’avais », explique-t-il. Car « le programme est ficelé mais chacun a fait comme il veut, à la carte ».

Une « omra » payée par la France

M. Henniche dit ainsi ne pas avoir suivi tout le programme. « Je me suis contenté de profiter de l’occasion, sans cautionner qui que ce soit faisant partie du même voyage ou quoi que ce soit sur le plan de la politique israélo-palestinienne », dit-il, précisant que ce voyage est surtout un « acte personnel ». Il va même jusqu’à dire qu’il s’agit pour lui d’une « omra », un petit pèlerinage au troisième Lieu saint de l’islam qu’est Jérusalem.

« Invité à titre privé » à partir avec la délégation et nullement au nom de l’UAM93, il estime ne pas avoir ressenti le besoin de le dire à quiconque au bureau. « Je pensais partir et revenir incognito, je n’avais pas de mandat de l’UAM. » D’ailleurs, « je n’ai pas accepté d’interview car c’était une visite personnelle et spirituelle », explique-t-il. Pourtant, la volonté de ne pas être associé publiquement à M. Chalghoumi et à la mauvaise image qu’il traîne auprès des musulmans est là : « Je n’ai pas choisi ma délégation. Je ne dis pas que je suis allé avec Chalghoumi mais dans une délégation où Chalghoumi y était », déclare-t-il.

Cependant, M. Henniche s'en est bien accommodé au nom d'« un rêve » qu'il espérait se voir réaliser, selon l'intéressé. Il n'en reste pas moins que la crédibilité de l'UAM est désormais entaché aux yeux de nombreux musulmans.






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