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Société

La campagne de boycott d'Israël secouée par des procès en série

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 30 Septembre 2010

Contester la politique israélienne à travers le boycott de ses produits est-elle en passe de devenir un crime ? Plusieurs dizaines de plaintes ont été déposées par le Bureau national de la vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) cette année. Plusieurs militants sont appelés à comparaître en octobre et en novembre, dont la sénatrice Alima Boumediene-Thiery. Cela n’empêche pas la campagne BDS de prendre de l’ampleur en France.



La campagne de boycott d'Israël secouée par des procès en série

729. Ce sont les trois premiers chiffres du code-barres des produits israéliens qui font l’objet d’un vif boycott de la part des consommateurs engagés en faveur de la cause palestinienne. Sont aussi ciblées les marques et les enseignes qui collaborent − directement ou non − à l’essor économique de l’État hébreu, qui, en plus de violer à souhait le droit international, produit une bonne partie de ses fruits et légumes dans les territoires occupés, volant par là les ressources qui devraient revenir de droit aux Palestiniens.

Parmi les enseignes, figure, entre autres, Carrefour, dont certains points de vente sont assaillis ces derniers mois par les militants de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Lancée en juillet 2005 à la demande de la société civile palestinienne, cette campagne s’est bâtie sur celle qui a contribué à la chute de l'apartheid en Afrique du Sud, dans les années 1990.

Mais ce boycott agace, plus particulièrement le Conseil représentatif des instances juives de France (CRIF) et le Bureau national de la vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA). Ce dernier a décidé de frapper fort en déposant « plus de 80 plaintes » partout en France, selon les dires de son président Sammy Ghozlan. Pourtant, ce ne sont pas les produits cashers qui sont visés par le boycott. Que nenni pour le BNCVA, qui considère le boycott comme des actes « discriminatoires » et « incitant à la haine raciale ».

Condamnée pour avoir apposé des autocollants

L’une des plaintes a d’ailleurs fini par aboutir, en février dernier, à une décision favorable aux détracteurs du boycott, au moment même de la parution d’une circulaire du ministère de la Justice qui pénalise « les appels au boycott des produits israéliens ». Une militante de La Ligue des droits de l’Homme avait été reconnue coupable de « provocation à la discrimination nationale, raciale, religieuse par parole, image ou écrit » et condamné à 1 000 € d’amendes pour… avoir apposé des autocollants « Boycott apartheid Israël » sur des jus de fruits. Son procès en appel, dont on attend la décision, s'est tenu le 24 septembre à Bordeaux.

Comme elle, une dizaine de militants pro-palestiniens sont renvoyés en procès pour des faits similaires en octobre et novembre prochain, dont la sénatrice Verts Alima Boumediene-Thiery, le 14 octobre, et la présidente d’Euro-Palestine Olivia Zemor, le 29 octobre.

Fait plus surprenant : Stephane Hessel, l’un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, fait aussi l’objet d’une plainte du BNVCA.

La campagne se renforce

La chasse aux militants est bel et bien lancée. Pour couronner le tout, plusieurs associations de solidarité à la Palestine et le MRAP ont été victimes de cambriolages et de dégradations dans la nuit du 19 septembre à Paris. « Il nous est très difficile de croire à un concours de circonstances », font signifier les responsables, dans un communiqué commun, qui désignent implicitement les extrémistes pro-israéliens.

Cependant, les militants aguerris ne comptent pas arrêter leurs actions pacifiques, estimant le boycott juste et justifié tout comme l’était celui des produits sud-africains pendant les heures sombres de l’apartheid. A leurs yeux, il est aussi légal puisque aucune loi n’oblige un consommateur à acheter un produit ni à se justifier. Quant aux accusations d’antisémitisme, ils les rejettent, indiquant simplement que la critique d'Israël n’est pas un crime.

Ces procès en série révèlent cependant le succès et l’efficacité grandissante de la campagne BDS dans l’Hexagone. La société Carmel-Agrexco, le plus grand exportateur de produits agricoles contrôlé à 50 % par l’État israélien, est d’ailleurs assignée par un collectif d’association au tribunal des référés de Marseille pour « crime de colonisation ».

Carmel, dont 60 à 70 % des produits exportés proviennent des territoires occupés palestiniens, devra prouver – si tant est qu’elle le peut – que ses produits entrent en conformité avec l’arrêt BRITA, rendu en février 2010 par la Cour de justice de l’Union européenne, qui stipule qu’« Israël n’a aucun droit pour délivrer des certificats d’origine s’agissant de produits fabriqués dans les territoires palestiniens ».

Dans cet élan, le tribunal Russel, dont la prochaine session s’ouvrira le 20 novembre à Londres, jugera la complicité des entreprises et établira les responsabilités et les obligations de celles-ci devant le droit international.

La campagne BDS en sortira sans aucun doute plus forte.







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