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Religions

Grande Mosquée de Marseille : un contre-projet algérien fait son apparition

Rédigé par Antoine Dreyfus | Lundi 27 Septembre 2010

Des Algériens et des Franco-Algériens de Marseille veulent construire une mosquée alternative à la Grande Mosquée. Un épisode de plus dans cet épineux dossier.



Le projet alternatif à la Grande Mosquée de Marseille a une forme cubique voulant rappeler celle de la Ka'ba et prévoit une superficie de 4 000 mètres carrés sur trois niveaux. Ici une esquisse réalisée par le cabinet d'architecture.
Le projet alternatif à la Grande Mosquée de Marseille a une forme cubique voulant rappeler celle de la Ka'ba et prévoit une superficie de 4 000 mètres carrés sur trois niveaux. Ici une esquisse réalisée par le cabinet d'architecture.
La Grande Mosquée de Marseille, dont la première pierre a été posée en grande pompe l’été dernier, verra-t-elle le jour ? Après l’assemblée générale de l’association chargée du dossier en mai dernier, où le président sortant de l’association Nourredine Cheikh a été remplacé par Abdherramane Ghoul à la suite d’un imbroglio – certains employaient même le terme de « putsch » – le refus du principal bailleur, l’Algérie, de participer pour le moment au tour de table, voici que deux événements viennent écorner le projet de l’ambitieux édifice cultuel.

Tout d’abord, il semblerait qu’il n’y a pas suffisamment de places de parking prévues devant le bâtiment, qui a pour vocation d’accueillir 5 000 fidèles par jour. Le rapporteur public (nouveau nom pour le commissaire du gouvernement) du tribunal administratif de Marseille vient en effet de demander l’annulation du permis de construire.

En droit public, le juge du tribunal administratif n’est pas tenu de suivre les conclusions du rapporteur, magistrat indépendant. Mais, dans la réalité, son avis est souvent suivi par le tribunal. Mise en délibéré, la décision définitive ne sera connue que le 30 septembre prochain.

Contacté par Saphirnews, Abderrahmane Ghoul, le nouveau président de l’association n’a pas souhaité commenter les conclusions du rapporteur, mais il fait « confiance à la justice ».

En parallèle de cet épisode juridico-administratif, un autre projet vient cependant directement concurrencer celui de la Grande Mosquée. Marseille bruissait de rumeurs depuis quelques jours.

Algérie : 13 millions d’euros de plus à mettre sur la table

Ancien élu UMP, qui vient de démissionner avec fracas de ses fonctions de maire adjoint, Maurad Goual est l’homme politique qui porte ce contre-projet. Selon lui, il s’agit d’un centre culturel algérien, bâti dans l’est de la ville. « C’est une demande des autorités algériennes, explique Maurad Goual assis dans un café du centre-ville, alors qu’il vient d’envoyer deux lettres au vitriol à Nicolas Sarkozy et à Jean-Claude Gaudin, le sénateur-maire. Le nouveau secrétaire d’État algérien chargé de la communauté nationale à l’étranger, Halim Benattallah, est venu en France en août dernier. Il a demandé à quelques-uns d’entre nous de réfléchir à un projet de centre culturel algérien, avec une dimension cultuelle et culturelle. »

Le bâtiment, imaginé par l’atelier Khelif (les architectes de la grande patinoire de Marseille), d’une surface de 4 000 mètres carrés sur trois niveaux, serait d’une facture simple, un grand cube, sur le modèle de la Ka‘ba, la grande construction cuboïde de La Mecque. « Il s’agit d’un bâtiment très simple, en béton ajouré, laissant passer la lumière, et un toit végétalisé », précise Maurad Goual. À l’intérieur, une chambre de commerce franco-algérienne, un centre culturel algérien avec des activités culturelles (expositions, manifestations autour de l’Algérie) et… une mosquée, qui prévoit d’accueillir 1 500 fidèles par jour.

Dès lors, le projet de la Grande Mosquée est mis à mal. L’Algérie ne mettra sans doute pas 13 millions dans ce centre culturel algérien (tout compris : étude de faisabilité, travaux et terrains), plus la même somme dans celui de la Grande Mosquée. Livraison prévue : dans 4 ans.

Grande Mosquée de Marseille, un projet né il y a plus de 70 ans…

En réalité, ce qui est en jeu dans ce dossier, c’est la place de l’Algérie dans le financement et, par ricochet, la gestion de la Grande Mosquée. La difficulté vient en effet du financement, car même si la première pierre de la Grande Mosquée de Marseille avait été posée, le budget de 22 millions d’euros n’était toujours pas bouclé.

Après l’éviction du président sortant Nourredine Cheikh, ses partisans s’étaient félicités de la décision de l’État algérien de geler sa participation financière. Les membres de ce collectif estiment que les Algériens et les Franco-Algériens représentant au moins 60 % des musulmans marseillais, ceux-ci se doivent d’avoir une place de choix.

Quant à Abderrahmane Ghoul, le nouveau président, il a toujours dit que la Grande Mosquée doit être l’affaire de tous les musulmans de Marseille (200 000 personnes environ) : qu’ils soient d’origine malienne, comorienne, sénégalaise, marocaine, tunisienne ou bien algérienne.

Pour le moment, les autorités algériennes semblent plutôt prêter une oreille attentive aux défenseurs du projet alternatif. Mais les négociations se poursuivent. Abderrahmane Ghoul, dont le souci est de |« calmer le jeu », essaie de plaider son point de vue auprès des conseillers du président algérien Bouteflika.

Selon le calendrier, la Grande Mosquée, dont les travaux devaient démarrer en février 2011, devrait ouvrir en octobre 2012. Le calendrier sera-t-il tenu ? Certains, comme Vincent Geisser, sociologue à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM), rappelle que la première mention d’un projet de Grande Mosquée à Marseille date de… 1937.







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