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Société

Marseille aura enfin sa mosquée

Rédigé par Amara BAMBA | Mercredi 19 Juillet 2006

Quelqu'un a dit que « les décisions politiques sont des décisions irrévocables que l'on peut cependant changer ». Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, en a donné un exemple. En arrivant à la tête de la municipalité en 1995, M. Gaudin ne voulait pas entendre parler d'une grande mosquée à Marseille. Et pourtant, ce lundi 17 juillet 2006, le conseil municipal de la ville a voté, à la quasi-unanimité, en faveur du bail emphytéotique de 99 ans pour une grande mosquée à Marseille.



Le terrain concerné est situé dans le 15e arrondissement, dans la ZAC de Saint-Louis. Un bâtiment datant de 1930, mais dans un état correct, se trouve sur le terrain qui s'étend sur 8600 m2. De quoi envisager une « mosquée cathédrale », un lieu de culte digne des musulmans marseillais estimés à près de deux cent mille fidèles.

C'est au début de son second mandat que M. Gaudin avait commencé à changer d'avis. Son refus n'était plus catégorique mais conditionné à une concertation avec toutes les composantes des musulmans de la ville. Un comité de pilotage avait été mis sur pied. A l'époque, nous avions déjà enquêté et le comité comprenait notamment des représentants de l’association Espérance (qui rassemble tous les dignitaires religieux de la ville), des adjoints au maire, et un élu de l’opposition, le socialiste Tahar Rahmani qui expliquait avec justesse le revirement de M. Gaudin: " Dans l’opposition, il n’avait pas une vue réelle de Marseille. La gestion et aussi le choc qu’a représenté ici le Mondial 98 l’ont ramené à la raison. "

Soit. Toujours est-il que la cité phocéenne aura sa Grande mosquée en 2007. La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur compte actuellement 293 lieux de culte musulman qui sont souvent des caves aménagées ou des salles allouées dans des foyers de travailleurs. Au mieux, on trouve des appartements retapés où les fidèles s'agglutinent dans des conditions impropres à la sérénité du culte.

Sortir des caves


Pour les responsables du Conseils régional du culte musulman (CRCM), il s'agit avant tout de « sortir l'islam des caves » et offrir aux musulmans un lieu de culte digne. Pour cela, il aura fallu à Abdherramane Ghaoul, président du CRCM-PACA, de réunir les différents courants dans une association de loi 1905 dénommée La Mosquée de Marseille. Une tâche difficile dans une région où les dissensions liées à l'installation CRCM n'ont pu éviter le débat devant les tribunaux.

Selon Abdel Wahab Khelif, architecte de la futur mosquée, la Mosquée de Marseille pourra accueillir jusqu'à cinq mille fidèles. Son style sera fait de « modernité et de simplicité » pour un coût d'environ six millions d'euros. En raison de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les fonds seront privés.

Au mois de mai, Seyne-sur-Mer (environ 60. 000 habitants) située dans le Var, a posé la première pierre de sa mosquée. En plus d'une salle de prières, le projet comprend un centre culturel avec bibliothèque et salle de conférences. Selon le journal La Croix, deux projets de mosquées de quartier sont en cours à Toulon et un autre projet à La Ciotat.

Les musulmans votent


Cette série de projets pourrait nous leurrer sur la présence musulmane dans la région. C'est ignorer le grand retard qu'accusent les musulmans dans le domaine. Car, à l'instar de la mosquée de Marseille dont le projet remonte à près d'un siècle, nombre de ces lieux de culte sont attendus depuis très longtemps. Et souvent, il leur manquait une volonté politique qui commence à peine à se manifester.

Le cas de la Mosquée de Belfort est un exemple de ce genre. Ce projet dont la première pierre a été posée au mois de juin n'a pu voir le jour que grâce à la volonté déterminée de Jean-Pierre Chevènement, maire (MRC) de la ville. Contre la droite et la gauche réunies, le maire de Belfort a réussi à maintenir le projet sur le site souhaité à proximité de la citadelle de Belfort classée monument historique. Les opposants demandaient que la mosquée soit située hors du centre ville, estimant qu'une mosquée sur le site indiqué portait atteinte au patrimoine de la ville et au potentiel touristique de la célèbre citadelle.

Dans nombre de conseils municipaux qui ne peuvent nier la présence musulmane dans leurs communes, il reste encore du chemin pour accepter l'idée d'une vraie mosquée capable d'accueillir des milliers de fidèles. Le spectre de la communautarisme est encore très vivant ! Et pourtant, avec ou sans minaret, une mosquée bien pensée peut être un formidable lieu de rencontres et de socialisation citoyennes. C'est là une réalité que les prochaines élections municipales ne pourront pas toujours ignorer. Car, plus que par le passé, les musulmans de France sont des citoyens qui votent.





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