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Société

Bernard Stephan : « Stigmatiser l’islam est une attitude qui n’est pas laïque »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 18 Avril 2014

A l’occasion de la sortie du manuel « En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite » en ce mois d'avril, Saphirnews est allé à la rencontre de Bernard Stephan, directeur des Editions de l’Atelier et codirecteur de Témoignage chrétien, afin qu’il explique la démarche fondatrice de l’ouvrage dont il est à l'initiative et à laquelle se sont associés des syndicats et des associations. Il nous livre aussi son analyse de la laïcité et de ses dérives observées ces dernières années.



Bernard Stephan, directeur des Editions de l’Atelier et codirecteur de Témoignage chrétien.
Bernard Stephan, directeur des Editions de l’Atelier et codirecteur de Témoignage chrétien.

Saphirnews : Pouvez-vous revenir sur votre démarche et comment vous en êtes arrivé à impulser un collectif ?

Bernard Stephan : Les idées d’extrême droite ne sont plus simplement diffusées dans les journaux télévisés et les meetings électoraux, elles ont de plus en plus d’écho dans les cafés, les usines, dans tous les lieux où les gens se retrouvent, les lieux d’habitation et de travail. Il nous semblait très important de donner aux citoyens, aux salariés, des arguments qui permettent de déconstruire les idées fausses qui leur sont assénées au quotidien car on sait malheureusement que grâce à des rapports et des sondages, le racisme progresse ; qu’aujourd'hui, les idées qui prônent l’exclusion de l’autre ne font plus honte et sont proclamées sur la place publique. Il faut pour cela contrer cette contagion des idées d’extrême droite.

Est-ce votre réponse aux municipales et à la déroute de la gauche ?

Bernard Stephan : Ce livre a été préparé bien avant les élections municipales avec divers partenaires. Nous voulions faire en sorte que le combat contre l’extrême droite soit un combat qui donne la possibilité à chacun d’intervenir. Pas simplement contre des militants d’extrême droite mais aussi pour déconstruire des arguments qui sont véhiculés par des gens qui ne s'y retrouvent pas. Par exemple, tous ces arguments qui ont servi contre les musulmans, les modes alimentaires… ils sont de plus en plus diffusés, banalisés. Or, ils servent un discours de haine de l’autre qui considère l’autre et l’égalité des êtres humains non pas comme une chance mais comme une menace. Il faut pouvoir redonner de la dignité au débat et à nos convictions.

Bernard Stephan : « Stigmatiser l’islam est une attitude qui n’est pas laïque »

Cet ouvrage est un outil pour argumenter mais avec quelles propositions sur le plan économique ou social pour pouvoir contrer plus efficacement ces idées ?

Bernard Stephan : Pour être concret, le livre n’est pas un programme politique et il ne sert pas un programme politique. Il donne, par contre, des pistes. Au lieu de s’engager dans une politique sécuritaire, il dit, en prenant appui sur des exemples, qu’une politique d’hospitalité serait meilleure. Il affirme qu’une politique de visas très ouverte entre les pays du Maghreb, d’Afrique sub-saharienne et la France serait un bénéfice pour chacun, pour les citoyens des deux pays pour pouvoir favoriser des coopérations. Elle coûte moins cher qu’une politique sécuritaire (…) qui brise les liens de solidarités, les coopérations possibles et ne permet pas à des jeunes étudiants de continuer leurs recherches qui font bénéficier leurs pays d’accueil et leur pays d’origine. Le but du livre est (…) que chaque lecteur s’en saisisse pour construire des réponses qui peuvent être politiques, syndicales, sociales, culturelles. L’important est de redonner confiance (…) dans la possibilité de répliquer aux idées fausses.

L’islam et les musulmans sont devenus le ciment contre lequel s’est construite l’extrême droite, renforçant une islamophobie dont elle est loin d’en avoir le monopole. Quelles réponses y apportez-vous ?

Bernard Stephan : Tous les citoyens sont à égalité, quelles que soient leurs convictions, qu’elles soient agnostiques, athées ou croyants en telle ou telle religion. C’est un postulat de départ très important : l’égalité des citoyens, de ceux qui habitent en France est absolument imprescriptible et on ne peut pas faire de différence en fonction des confessions. Cette République une et indivisible doit pouvoir accueillir les différentes croyances dans un espace public, pour peu que ces croyances n’aient pas pour ambition de légiférer et d’imposer sa croyance à d’autres, le respect de l’autre étant essentielle. Cette attitude de critique systématique de l’islam ou des citoyens de confession musulmane est une attitude qui, à notre sens, contribue à propager les idées d’extrême droite et nous le dénonçons évidemment.

Ce qui fait aujourd’hui la force de l’islamophobie, c’est qu’elle n’est pas seulement portée par l’extrême droite et ce, à travers l’instrumentalisation de la laïcité à des fins d’exclusion. Que répondez-vous à cette interprétation restrictive qui est aussi reprise par la gauche ?

Bernard Stephan : Les arguments de Marine Le Pen ne sont pas uniquement et malheureusement servis par Mme Le Pen... La laïcité - et on rapporte la loi de 1905 - garantit la liberté de conscience et la liberté d’expression des convictions et des croyances. Stigmatiser l’islam est une façon d’écarter des citoyens de l’espace public et c’est, à notre sens, une attitude qui n’est pas laïque. L’attitude laïque est de pouvoir faire en sorte que, dans l’espace de la République, il puisse y avoir un accueil de chaque citoyen de toute religion pour, non pas mettre de côté, mais rassembler et respecter les convictions des uns et des autres. La conception laïciste, restrictive ne permet pas cela. Ils (les musulmans) participent au débat public, à la construction du vivre ensemble, à la richesse de cette nation et, aujourd'hui, admettre qu’il y a une diversité de confessions en France est, à mon sens, comprendre que la France est riche de sa diversité, de cette solidarité, pourvu que les uns et les autres soient unis par un sentiment d’appartenance à une même société.

(...) De ce point de vue, cette focalisation, cette volonté que les signes religieux ne soient plus exprimés dans quelque lieu que ce soit nous semble pas favoriser l’établissement de liens de solidarité entre tous les salariés.






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