Points de vue

Les mots piégés du débat républicain : à l’assaut du mot « souverainisme »

Rédigé par Pierre Henry | Jeudi 24 Mars 2022 à 11:00

Les mots qui fâchent, les mots du vocabulaire politique, souvent mal connus, employés de manière inappropriée, instrumentalisés sont nombreux. Ils se répètent et se buzzent en réseaux, confortant postures et partis pris. Ils font débat et nous divisent. Ce sont les mots piégés du débat républicain. Ces mots, nous allons les déminer, les expliquer ou simplement vous permettre de mieux les connaître. Le mot du jour ici décrypté : le souverainisme.



Le 9 décembre dernier, le président Emmanuel Macron a présenté son programme pour la présidence de la France à la tête de l'Union européenne. Derrière lui, un écran affichait en grand le slogan « Une Europe plus souveraine ». Souverainisme, souveraineté nationale, souveraineté européenne. Tentons d'y voir plus clair.

Souverainisme nous vient de « souverain », du latin superus signifiant « supérieur ». Le souverain était alors la personne supérieure, celle qui exerce le pouvoir qui règne au sein d'un pays. Au 17e siècle, « souverain » va être utilisé pour se référer également à un État. C'est ce qui constitue la base de notre système international actuel qui repose sur la souveraineté des États.

Avec la Révolution française, la souveraineté est associée aux peuples regroupés en corps politique qu'est la nation. La souveraineté en France est alors nationale, signifiant que c'est le peuple qui la détient et qui exerce le pouvoir. Le principe de souveraineté est donc assez ancien, mais le souverainisme en tant qu'idéologie est bien plus récent. Il se développa dans les années 1990 avec le traité de Maastricht, qui proposait une citoyenneté européenne. Le souverainisme anti-européen s'appuie alors sur la glorification de l’État-nation, qui serait une protection de la souveraineté nationale face au pouvoir exorbitant de l'Union européenne. En 2005, le souverainisme connaît son heure de gloire lorsque les Français rejettent par référendum l'établissement d'une Constitution européenne et le transfert de certaines compétences à Bruxelles.

Avec la récente crise sanitaire, le souverainisme est revenu au centre des débats. Beaucoup ont dénoncé les lacunes de l'État-nation dans sa capacité à nous protéger des effets de la mondialisation, matérialisée par exemple par les pénuries de masques. Par opposition, un souverainisme européen a vu le jour. Les souverainistes européens estiment que la France ne peut peser sur la scène internationale qu'à travers l'Union européenne pour les questions environnementales, sécuritaires, industrielles et sanitaires, par exemple.

On le voit, le mot souverainisme devient alors un mot-valise qui fait écho à des visions du monde bien différentes les unes des autres, qui s'opposent et s'affrontent. Le souverainisme d'extrême droite, qui défend une vision rabougrie et raciste de la communauté nationale, en est l'exemple le plus caricatural.

Après être revenu sur l'origine du mot « souverainisme » et sa balade dans l'actualité, un spécialiste nous aide à y voir encore plus clair. Ici Didier Leschi.

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Pierre Henry est le président de l’association France Fraternités, à l’initiative de la série « Les mots piégés du débat républicain », disponible également en podcast sur Beur FM.

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