On appelle « musulman » celui qui observe les cinq piliers de l’islam : attester l’unicité de Dieu et la mission de Muhammad, accomplir la salât, jeûner le mois de ramadan, s’acquitter de la zakât et, si possible, se rendre à La Mecque. Ces cinq actes sont connus de tous. Simples à comprendre, visibles, concrets : cinq repères, cinq cases à cocher. C’est ainsi que débute le hadith de l’Ange Gabriel.
Ces piliers portent une double dimension : un engagement intime, vertical, et une conformité à la norme communautaire, horizontale. Leur combinaison donne au croyant le sentiment de suivre la voie du Prophète et d’appartenir à la piété sociale dans le cadre de sa communauté. Une analyse détaillée de ces piliers révèle ce que Muhammad Hamidullah appelait le « génie prophétique » : la capacité de l’islam à structurer une communauté humaine, locale et mondiale, autour d’un culte pur rendu à Dieu.
Ces piliers portent une double dimension : un engagement intime, vertical, et une conformité à la norme communautaire, horizontale. Leur combinaison donne au croyant le sentiment de suivre la voie du Prophète et d’appartenir à la piété sociale dans le cadre de sa communauté. Une analyse détaillée de ces piliers révèle ce que Muhammad Hamidullah appelait le « génie prophétique » : la capacité de l’islam à structurer une communauté humaine, locale et mondiale, autour d’un culte pur rendu à Dieu.
La foi et la perfection spirituelle
En milieu musulman, l’observance des piliers est naturelle. On se laisse porter par la dynamique sociale. Avec le temps, ces pratiques deviennent des repères culturels : on devient « musulman par héritage », sans recul méditatif, sans quête de Dieu, à moins de fréquenter un cercle spirituel. Hors d’un milieu musulman, tout change.
Il faut faire preuve créativité pour organiser son temps, aménager son quotidien, prendre des initiatives pour prier, jeûner, donner la zakât ou préparer le hajj. Dans un tel contexte, connaître les règles pratiques prend une place centrale dans la vie de croyant. C'est ainsi que les sermons comme les cours et les manuels destinés aux musulmans de France se focalisent sur les cinq piliers. Cependant, cette priorisation légitime a pour effet de reléguer au second plan deux notions qui sont essentielles dans le hadith de Jibril : al-iman (la foi) et al-ihsan (la perfection spirituelle).
La foi et la perfection spirituelle ne sont pas des attitudes physiques mais des états intérieurs. Ils sont intimes, subtiles et invisibles d'autrui. Car elles ne se mesurent pas, ne se voient pas et ne se montrent pas. De ce fait, elles se prêtent peu à une dynamique publique collective.
Peu à peu, elles ont disparu du discours orthodoxe. Nombreux sont les imams qui n’en parlent plus. Et beaucoup de musulmans, pourtant pratiquants, sont incapables de citer les six articles de la foi enseignés par le Prophète dans le même hadith que les cinq piliers.
Pour retrouver al-iman et al-ihsan, il faut souvent sortir des milieux orthodoxes et visiter les cercles spirituels, les confréries. Quelle que soit la confrérie, le divin est au centre de la vie quotidienne. Souvent, le disciple a un maître, suit un cycle d’exercices, participe à des réunions régulières. Pour les maîtres des cercles spirituels, les cinq piliers sont une évidence qu'il suffit d'appliquer dans un effort d'obéissance. Cependant, la foi est un périple où le disciple est accompagné par ceux qui l'ont précédés sur le chemin.
Il faut faire preuve créativité pour organiser son temps, aménager son quotidien, prendre des initiatives pour prier, jeûner, donner la zakât ou préparer le hajj. Dans un tel contexte, connaître les règles pratiques prend une place centrale dans la vie de croyant. C'est ainsi que les sermons comme les cours et les manuels destinés aux musulmans de France se focalisent sur les cinq piliers. Cependant, cette priorisation légitime a pour effet de reléguer au second plan deux notions qui sont essentielles dans le hadith de Jibril : al-iman (la foi) et al-ihsan (la perfection spirituelle).
La foi et la perfection spirituelle ne sont pas des attitudes physiques mais des états intérieurs. Ils sont intimes, subtiles et invisibles d'autrui. Car elles ne se mesurent pas, ne se voient pas et ne se montrent pas. De ce fait, elles se prêtent peu à une dynamique publique collective.
Peu à peu, elles ont disparu du discours orthodoxe. Nombreux sont les imams qui n’en parlent plus. Et beaucoup de musulmans, pourtant pratiquants, sont incapables de citer les six articles de la foi enseignés par le Prophète dans le même hadith que les cinq piliers.
Pour retrouver al-iman et al-ihsan, il faut souvent sortir des milieux orthodoxes et visiter les cercles spirituels, les confréries. Quelle que soit la confrérie, le divin est au centre de la vie quotidienne. Souvent, le disciple a un maître, suit un cycle d’exercices, participe à des réunions régulières. Pour les maîtres des cercles spirituels, les cinq piliers sont une évidence qu'il suffit d'appliquer dans un effort d'obéissance. Cependant, la foi est un périple où le disciple est accompagné par ceux qui l'ont précédés sur le chemin.
La foi, un souvenir primordial
Dans la tradition musulmane, la foi ne vient ni d’un apprentissage ni d’une adhésion intellectuelle. Elle est inscrite en chaque âme avant l’existence terrestre. Un souvenir primordial qui demande à être réactivé derrière le voile de l'oubli. Le Coran évoque ce moment fondateur dans le verset du Mithâq où Dieu demande aux âmes : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » et elles répondent en chœur : « Oui, nous en témoignons. » (7:172)
La foi en Dieu n'est donc pas une construction, elle peut être encombrée, voilé mais la disposition est naturelle pour une âme de croire en son Seigneur. En islam, cette disposition est originelle et ne souffre d'aucun conditionnement. On ne croit pas en Dieu selon son degré d'intelligent ni selon son degré de savoir ou d'expérience. Ces conditions humaines peuvent faciliter ou retarder l'éveil à soi, la science de soi (conscience), qui est le début de la foi. Mais elles ne donnent pas naissance à l'appel intérieur dont la foi est la réponse. Toutefois, au final, croire en Dieu est de notre nature.
Avec ou sans pratique, avec ou sans repères religieux, la foi existe en l'âme dans un état naturel dit de fitra ; sa disposition innée à reconnaître Dieu avant toute influence. Ensuite, la foi se réveille par l’expérience, se renforce par la connaissance, se purifie par l’épreuve. Et tout au long de la vie la foi évolue et fluctue ; cette évolution est un cheminement graduel, spirituel, dont chaque stade se dit « maqâm » ; l'un des sujets qui passionnent les cercles spirituels.
Le degré le plus élevé de la foi est la conscience de l'unité du Tout, la conscience que la séparation est un leurre et que toute réalité doit son existence à un seul et même Dieu, en dehors de qui rien n'est. Le Prophète de l'islam consacre la première décennie de mission à enseigner cette notion qui est connue sous le nom de Tawhid, l'unicité absolue de Dieu ou l'unicité infinie de Dieu.
Le Prophète Muhammad explique ensuite que le niveau le plus bas de la foi en Dieu est l'élan intérieur qui fait qu'une personne prend le temps de dégager une voie encombrée. Un tronc d'arbre au travers d'un chemin de campagne, une poubelle mal rangée sur un trottoir ou même un emballage en papier de bonbon dans un couloir. Il s'agit ici d'une impulsion spontanée à poser un acte gratuit qui profite à autrui, une impulsion de « service », ou un instinct de bénévolat, est le niveau le plus faible de la foi en Dieu. Entre lui et le tawhid, se situe une myriade de niveaux qu'enseignent les cercles spirituels, chacun selon sa théorie.
La foi en Dieu n'est donc pas une construction, elle peut être encombrée, voilé mais la disposition est naturelle pour une âme de croire en son Seigneur. En islam, cette disposition est originelle et ne souffre d'aucun conditionnement. On ne croit pas en Dieu selon son degré d'intelligent ni selon son degré de savoir ou d'expérience. Ces conditions humaines peuvent faciliter ou retarder l'éveil à soi, la science de soi (conscience), qui est le début de la foi. Mais elles ne donnent pas naissance à l'appel intérieur dont la foi est la réponse. Toutefois, au final, croire en Dieu est de notre nature.
Avec ou sans pratique, avec ou sans repères religieux, la foi existe en l'âme dans un état naturel dit de fitra ; sa disposition innée à reconnaître Dieu avant toute influence. Ensuite, la foi se réveille par l’expérience, se renforce par la connaissance, se purifie par l’épreuve. Et tout au long de la vie la foi évolue et fluctue ; cette évolution est un cheminement graduel, spirituel, dont chaque stade se dit « maqâm » ; l'un des sujets qui passionnent les cercles spirituels.
Le degré le plus élevé de la foi est la conscience de l'unité du Tout, la conscience que la séparation est un leurre et que toute réalité doit son existence à un seul et même Dieu, en dehors de qui rien n'est. Le Prophète de l'islam consacre la première décennie de mission à enseigner cette notion qui est connue sous le nom de Tawhid, l'unicité absolue de Dieu ou l'unicité infinie de Dieu.
Le Prophète Muhammad explique ensuite que le niveau le plus bas de la foi en Dieu est l'élan intérieur qui fait qu'une personne prend le temps de dégager une voie encombrée. Un tronc d'arbre au travers d'un chemin de campagne, une poubelle mal rangée sur un trottoir ou même un emballage en papier de bonbon dans un couloir. Il s'agit ici d'une impulsion spontanée à poser un acte gratuit qui profite à autrui, une impulsion de « service », ou un instinct de bénévolat, est le niveau le plus faible de la foi en Dieu. Entre lui et le tawhid, se situe une myriade de niveaux qu'enseignent les cercles spirituels, chacun selon sa théorie.
Trois catégories d’âmes
Pour Muhammad Hamidullah, l’immense majorité de l’humanité possède déjà cette foi naturelle. Cependant, pour évoluer, cette masse de gens a besoin d'informations sur eux-mêmes et sur leur environnement. C'est pourquoi, explique le professeur, Dieu a choisi certains parmi nous pour leur confier la mission de messagers ou de prophètes.
Pour lui, une infime minorité d'humains n’a pas forcément besoin de lois parce qu'il s'agit de gens qui font spontanément le bien en tant que prophètes, messagers ou awliyâ’ de Dieu. Comme dit le Coran, ils sont « Ceux que Dieu a comblés » de Ses bienfaits et qui sont les modèles de succès de l'expérience humaine. Mais une autre minorité existe, décrite dans le Coran (2:6-7) et qui ne croira jamais car « Dieu a scellé leurs cœurs et leurs oreilles ; et un voile épais leur couvre la vue ». Tant que ce voile est en place, ils n’ont pas besoin de loi non plus, car ils ne les respecteront pas ; « ils n'en font qu'à leur tête », dit Hamidullah.
Celui lui, ces deux extrêmes se trouve donc l’immense majorité de l'humanité fait d'âmes en quête de Dieu, sensibles au ghayb et qui ont besoin des lois de Dieu pour rester dans l'énergie universelle et échapper aux excès de leurs propres passions. Dans cette perspective, la stricte application des lois de l'islam est une protection naturelle qui procure un hygiène spirituelle favorable à l'évolution de la foi du musulman.
Pour lui, une infime minorité d'humains n’a pas forcément besoin de lois parce qu'il s'agit de gens qui font spontanément le bien en tant que prophètes, messagers ou awliyâ’ de Dieu. Comme dit le Coran, ils sont « Ceux que Dieu a comblés » de Ses bienfaits et qui sont les modèles de succès de l'expérience humaine. Mais une autre minorité existe, décrite dans le Coran (2:6-7) et qui ne croira jamais car « Dieu a scellé leurs cœurs et leurs oreilles ; et un voile épais leur couvre la vue ». Tant que ce voile est en place, ils n’ont pas besoin de loi non plus, car ils ne les respecteront pas ; « ils n'en font qu'à leur tête », dit Hamidullah.
Celui lui, ces deux extrêmes se trouve donc l’immense majorité de l'humanité fait d'âmes en quête de Dieu, sensibles au ghayb et qui ont besoin des lois de Dieu pour rester dans l'énergie universelle et échapper aux excès de leurs propres passions. Dans cette perspective, la stricte application des lois de l'islam est une protection naturelle qui procure un hygiène spirituelle favorable à l'évolution de la foi du musulman.
En ignorant la foi devant les pratiques visibles, l'on ignore la profondeur pré-existentielle de cette foi. L'on ampute l'enseignement du Prophète de sa dimension intérieure au profit de l'extérieure en oubliant que le monde extérieur n'est qu'une manifestation de l'intérieur. La connexion à Dieu n'est pas un lien matériel physique, mais un lien spirituel dont le siège est dans le cœur. Et négliger cette nature du divin, c’est oublier que le Prophète, lui-même, avait foi en Dieu avant d'être prophète de Dieu, avant de recevoir la révélation du Coran.
En effet, c'était un usage pour les habitants de La Mecque de se retirer dans les montagnes, durant le Ramadan, pour méditer. Le Prophète grandit dans cette tradition mystique avec son grand-père. Il l'a poursuivi à l'âge adulte et c’est au cours d’une telle retraite, en 610, qu’il reçoit la première visite de l'Ange Gabriel ouvrant la Révélation. Il n'est donc pas encore question des cinq piliers.
Pendant la décennie qui suit, 12 à 13 ans, le Prophète enseigne la foi en Dieu l'unique. Il parle du ghayb, des anges et des autres dimensions de l'existence. Il parle aussi des autres prophètes qui l'ont précédé, de leurs Livres et de leurs peuples. Le destin, le but de la vie, les réalités de l’au-delà et le jour de la Rétribution sont des thèmes qu'il aborde durant cette période. Ils sont souvent portés par les versets coraniques qui sont courtes et cinglante sur des sujets spirituels. Il n'est pas encore question d'actes d'adoration mais il est question de croyances, de philosophie, de visions.
Une génération de musulmans grandit dans cette foi pure et profonde. Ces premiers musulmans ont marqué l'histoire comme les sâbiqûn, les précurseurs avec un statut exceptionnel. Cette génération a produit les « dix compagnons promis au Paradis ». Pour le calife Omar, chacun des compagnons de cette génération vaut « mille hommes » sur un champ de bataille. Parce qu'ils avaient la foi bien en place, solidement chevillée à l'âme, la salât, le jeûne, la zakât et le hajj ont pleinement joué leurs rôles respectifs pour eux.
En effet, la foi est la sève nourricière de la pratique religieuse musulmane. Qu'il s'agisse de la prière ou d'une quelconque pratique religieuse, sa qualité est fonction de la pureté de l'intention et de la qualité de foi. De ce point de vue, le succès de la cité de Médine s'explique plus par la qualité de la foi de ses habitants que par les stratégies structurelles, organisationnelles ou politique du Prophète.
En effet, c'était un usage pour les habitants de La Mecque de se retirer dans les montagnes, durant le Ramadan, pour méditer. Le Prophète grandit dans cette tradition mystique avec son grand-père. Il l'a poursuivi à l'âge adulte et c’est au cours d’une telle retraite, en 610, qu’il reçoit la première visite de l'Ange Gabriel ouvrant la Révélation. Il n'est donc pas encore question des cinq piliers.
Pendant la décennie qui suit, 12 à 13 ans, le Prophète enseigne la foi en Dieu l'unique. Il parle du ghayb, des anges et des autres dimensions de l'existence. Il parle aussi des autres prophètes qui l'ont précédé, de leurs Livres et de leurs peuples. Le destin, le but de la vie, les réalités de l’au-delà et le jour de la Rétribution sont des thèmes qu'il aborde durant cette période. Ils sont souvent portés par les versets coraniques qui sont courtes et cinglante sur des sujets spirituels. Il n'est pas encore question d'actes d'adoration mais il est question de croyances, de philosophie, de visions.
Une génération de musulmans grandit dans cette foi pure et profonde. Ces premiers musulmans ont marqué l'histoire comme les sâbiqûn, les précurseurs avec un statut exceptionnel. Cette génération a produit les « dix compagnons promis au Paradis ». Pour le calife Omar, chacun des compagnons de cette génération vaut « mille hommes » sur un champ de bataille. Parce qu'ils avaient la foi bien en place, solidement chevillée à l'âme, la salât, le jeûne, la zakât et le hajj ont pleinement joué leurs rôles respectifs pour eux.
En effet, la foi est la sève nourricière de la pratique religieuse musulmane. Qu'il s'agisse de la prière ou d'une quelconque pratique religieuse, sa qualité est fonction de la pureté de l'intention et de la qualité de foi. De ce point de vue, le succès de la cité de Médine s'explique plus par la qualité de la foi de ses habitants que par les stratégies structurelles, organisationnelles ou politique du Prophète.
La révolution sociale de Médine
C'est à Médine que le Prophète découvre le judaïsme en pratique. Leurs institutions, leurs écoles et leurs savants totalement dédiés à l'enseignement religieux, leur cours de justice. Entre l'islam naissant et le judaïsme local, la compétition est naturelle. Et la salât devient une donnée importante dans cette émulation. Car par sa fréquence et sa codification elle donne un franc avantage à l’islam.
Les musulmans arrivent de l'extérieur. Ils occupent l’espace public avec une pratique l’adoration qui est quotidienne au point d'instaurer un style de vie. Ces musulmans se sont joints spontanément à la pratique du jeûne d'Achoura au début de la deuxième année à Médine. Et, quelques mois plus tard, il y a l'instauration du jeûne du Ramadan qui dépasse la pratique habituelle du concurrent juif.
La zakât structure l’entraide érigé au rang de dogme religieux comme le hajj mondialise le voyage spirituel. Tous ces pratiques visibles, les piliers de l'islam, s'installe dans le tissu social et fondent une révolution au niveau de la cité de Médine. Une révolution où se côtoient les « musulmans » qui sont nouveaux venus à l'islam avec les « muminun » - croyants - qui sont pénétrés par la foi. Le rapport entre les deux n'est pas ni linéaire ni vertical.
Pendant trois siècles environ, tous les articles du hadith Jibril étaient connus et les muminun étaient nombreux. Mais dans la construction sociale de l'islam, les choix qui sont faits au Xe siècle vont privilégier les cinq piliers au détriment des six articles de la foi. Avec le temps, ce décalage crée une dissonance spirituelle où la pratique religieuse n'est plus portée par la foi. Des générations entières de musulmans sont ignorants de la structure doctrinale de la foi. Ce sujet étant méconnu, on accentue l'observation des rites sans saisir leur profondeur. Au final, on a fait silence sur la foi en islam. Ce fut facile car la foi ne s’imite, ne se singe pas, ne s'évalue pas. Il suffit de ne pas en parler pour l'oublier alors qu'elle est un patrimoine naturel.
À sa mort en 632, le Prophète Muhammad laisse trois héritages. Un héritage politique avec l’État de Médine et le fiqh, un héritage cultuel que sont les cinq piliers de l'islam et, enfin, un héritage spirituel à travers la mystique qui fut confiée à des maîtres. Trois siècles plus tard, le califat marginalise ces maîtres et le patrimoine spirituel de l'islam. C'est ainsi qu'al-islam devient central et al-iman et al-ihsan deviennent secondaires. Dix siècles plus tard, leur oubli est devenu un handicap majeur pour l’avenir de l’islam dans le monde moderne.
Lire aussi :
Le hadith Jibril autour des piliers de l’islam, tout le monde le connaît mal (1/4)
De la foi dans l'enseignement du Prophète
Vivre les cinq piliers de l'islam de l’intérieur
Vivre intérieurement l’Unicité (Tawhîd)
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Pendant trois siècles environ, tous les articles du hadith Jibril étaient connus et les muminun étaient nombreux. Mais dans la construction sociale de l'islam, les choix qui sont faits au Xe siècle vont privilégier les cinq piliers au détriment des six articles de la foi. Avec le temps, ce décalage crée une dissonance spirituelle où la pratique religieuse n'est plus portée par la foi. Des générations entières de musulmans sont ignorants de la structure doctrinale de la foi. Ce sujet étant méconnu, on accentue l'observation des rites sans saisir leur profondeur. Au final, on a fait silence sur la foi en islam. Ce fut facile car la foi ne s’imite, ne se singe pas, ne s'évalue pas. Il suffit de ne pas en parler pour l'oublier alors qu'elle est un patrimoine naturel.
À sa mort en 632, le Prophète Muhammad laisse trois héritages. Un héritage politique avec l’État de Médine et le fiqh, un héritage cultuel que sont les cinq piliers de l'islam et, enfin, un héritage spirituel à travers la mystique qui fut confiée à des maîtres. Trois siècles plus tard, le califat marginalise ces maîtres et le patrimoine spirituel de l'islam. C'est ainsi qu'al-islam devient central et al-iman et al-ihsan deviennent secondaires. Dix siècles plus tard, leur oubli est devenu un handicap majeur pour l’avenir de l’islam dans le monde moderne.
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