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Religions

Achoura, trait d’union entre judaïsme et islam

Par Kamel Meziti*

Rédigé par Kamel Meziti | Vendredi 23 Novembre 2012

De nombreux musulmans effectuent le jeûne d’Achoura, suivant en cela la Tradition prophétique. Celle-ci enjoint les croyants à ne manger ni boire durant les 9e et 10e jours du mois lunaire de muharram, perpétuant ainsi symboliquement « le jeûne des prophètes ».



Achoura, trait d’union entre judaïsme et islam
‘Ashura (1) (littéralement « dix », en arabe), ou Achoura, est célébrée le 10e jour de Muharram (premier mois du calendrier musulman).

Il s’agit d’une fête islamique qui, tout en étant antérieure à l’islam dans les différents récits qu’elle commémore, lui est intrinsèquement liée. C’est ce qui explique sa célébration par le Prophète, qui lui a conféré une solide base de légitimation comme en témoignent les nombreuses sources scripturaires.

Ce que commémore l’Achoura est variable, selon les hadiths pris en compte : l’expiation d’Adam et Ève, après leur « chute » sur Terre aurait aussi eu lieu ce jour ainsi que l’accostage de l’arche de Noé (Nûh) ; le salut d’Abraham (Ibrahim) sauvé du feu de Nemrod ou encore celui de Jonas (Yûnus) sauvé des entrailles de la baleine… Autant d’épisodes prophétiques qui auraient eu lieu en ce jour.

Pour autant, l’une des explications authentifiées, corroborant l’importance de cette fête, sur la base des sources scripturaires islamiques, tient à la nature même d’Achoura, considérée, à juste titre comme un trait d’union entre le judaïsme et l’islam.

En effet, selon la Sunna (Tradition prophétique), le Prophète Muhammad, en 622, va à la rencontre des juifs de Médine le jour du Yom Kippour, fête de l’expiation durant laquelle ils jeûnent.

Lorsqu’il leur en demande la raison, ces derniers répondent qu’il s’agit de commémorer « le jour où Dieu donna la victoire à Moïse et aux fils d’Israël sur Pharaon et ses hommes ». Se réclamant des anciens prophètes bibliques, Muhammad affirme être « plus en droit » de jeûner ce jour. Dès lors, le Prophète ordonne aux musulmans d’observer le jeûne ce jour-là, lesquels ne saisissent pas immédiatement pourquoi ils doivent perpétuer cette tradition juive. Le Prophète leur répond alors humblement qu’il considère Moïse comme « plus proche » d’eux, intégrant ainsi Achoura dans la sacralité de l’islam.

Un an plus tard, pour confirmer sa filiation spirituelle à la tradition de Moïse, le Prophète Muhammad recommande aux musulmans de jeûner deux jours, les 9e et 10e jours du mois de Muharram qui marquent Achoura pour éviter que soient confondues les fêtes musulmane et juive.

Dans son affirmation d’être « plus en droit de jeûner ce jour là que les juifs », Muhammad s’inscrit dans la lignée des anciens prophètes bibliques, démontrant clairement l'importance de la continuation prophétique dans la mission dont il se réclame (2).

Notons au passage que le jeûne d’Achoura devient surérogatoire avec l’institutionnalisation du jeûne du mois de Ramadhan en l’an 2 de l’Hégire (624). Il est à préciser toutefois que le mois de Muharram est l’un des quatre mois sacrés de l’islam, où les musulmans sont encouragés à observer des jeûnes volontaires (les autres étant : Rajab, Dhul Qa’dah, et Dhul Hijjah).

L’importance du jeûne d’Achoura, même s’il demeure recommandé est attesté par la Tradition islamique dans un célèbre hadith :
« Quant au jeûne du jour de ‘Ashura, j’espère qu’Allah l’acceptera en tant qu’expiation pour l’année qui l’a précédé. » (Sahih Muslim)

La spécificité d’Achoura tient au fait qu’elle a souvent été qualifiée de « journée entre joie et douleur », selon l’approche sunnite ou chiite.


Notes
1. Dénommé aussi « Achouré », en Turquie, ou encore « Tamkharite », au Sénégal.
2. L’islam considère Noé, Abraham, Jésus et Moïse comme faisant partie des cinq plus grands prophètes « doués de constance » (oulou al-azm) de l’humanité, Muhammad venant parachever tous les messages divins antérieurs, en tant que Sceau de la prophétie.


Cet article est issu de Philippe Haddad, Nicolas Senèze et Kamel Meziti, Les Fêtes de Dieu, Yahweh, Allah (Éd. Bayard, 2011).

* Kamel Meziti, historien, est secrétaire général du Groupe de recherche islamo-chrétien (GRIC), ancien directeur du culte musulman de la Marine.






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