Religions

Islam de France : les mosquées dessinent les contours de leur future instance nationale

Rédigé par | Mardi 22 Septembre 2026

Exclusif. Les résultats de la consultation nationale menée auprès de plusieurs centaines de mosquées viennent d'être dévoilés au ministère de l'Intérieur par des participants du Forum de l’islam de France à l’occasion d’une nouvelle plénière organisée mardi 22 septembre. Une nouvelle étape dans la structuration du culte musulman en France, qui entend partir du terrain plutôt que l'inverse afin d'asseoir sa légitimité auprès du plus grand nombre.



Une étape s'achève, une autre commence. Ce mardi 22 septembre, les résultats de la grande consultation nationale consacrée à la structuration de la future instance représentative du culte musulman ont été présentés au ministère de l'Intérieur, Laurent Nuñez, en présence des participants du Forum de l'islam de France (Forif). Ces derniers ont été conviés place Beauvau pour une nouvelle plénière, la dernière ayant eu lieu en décembre 2025.

Cette consultation, portée par le groupe de travail Structuration & Ressources, n'est pas née de nulle part. Comme le rapportait Saphirnews en juillet dernier, l'initiative avait été annoncée fin juin à l'Élysée, où des membres du Forif avaient présenté leurs travaux devant Emmanuel Macron avant de lancer cette démarche destinée aux responsables de mosquées de tout le pays. Selon nos informations, la présentation des résultats devait intervenir en octobre, mais elle a été avancée après que la plénière a été fixée.

L'objectif affiché était alors de rompre avec les tentatives passées de structuration du culte, qui avaient toutes achoppé sur la question de la légitimité : plutôt que de bâtir d'abord une organisation et de demander ensuite aux acteurs de terrain d'y adhérer, le choix inverse a été fait, celui de consulter avant de construire, en s'appuyant notamment sur l'expérience des autorités représentatives locales (ARL) telles les Conseils départementaux du culte musulman (CDCM).

Ce que livrent les conclusions

Deux mois plus tard, après un travail de longue haleine mené tout l'été par une poignée de personnes, les chiffres donnent la mesure de l'ampleur de la démarche. Ils sont 420 à avoir pris part à la consultation. Dans le détail, selon nos informations, 391 dirigeants de mosquées et 29 responsables d’ARL ont répondu aux questions afférentes aux missions et aux services attendus, à la gouvernance, à la représentativité et au modèle économique de la future instance. Au total, 748 mosquées répartis dans 97 départements (sur 101) ont participé à l'enquête. Toujours selon nos informations, 55 % d’entre elles sont affiliées à une structure représentatives locales, mais seuls 21 % à une fédération nationale. « Avec une marge d'erreur estimée à 4,5 % et une couverture géographique de 99 % », le panel obtenu permet, selon le groupe de travail, de « dégager des tendances nationales solides ».

Quatre principales attentes se dégagent de la consultation : « une légitimité issue des territoires, des services concrets de protection et d'accompagnement, un financement durable et transparent, et une gouvernance fondée sur la compétence, le renouvellement et la pluralité », fait-on savoir.

S’agissant de la légitimité, elle sera « construite depuis les territoires », ce qui passerait par « une représentation issue des ARL, une autonomie locale et une relation à l'État qui sécurise le cadre sans piloter le culte », détaille le groupe de travail. L’indépendance de la future instance devra être « affirmée », « notamment vis-à-vis des ingérences étrangères et des logiques consulaires ».

La structure devra avoir « une capacité à défendre les droits et à agir face à l'islamophobie » selon une majorité des répondants, qui réclament également d’elle qu’elle puisse fournir « des services utiles » aux mosquées. Parmi les missions indispensables voulues pour cette instance : « représenter le culte musulman auprès des pouvoirs publics » (91 %) et « traiter des problématiques cultuelles nationales » (71 %), nous indique-t-on.

Quant aux services concrets attendus, les mosquées citent majoritairement l’appui juridique (60 %), la formation des imams et des cadres associatifs (41 %), l’assistance et l’accompagnement dans la relation avec les élus locaux (33 %) ou encore la communication (29 %).

Vient enfin l'exigence d'un modèle économique « transparent » et celle d'une gouvernance « fondée sur la compétence, l'ancrage français et le renouvellement ». Selon nos informations, pour deux tiers des répondants (64%), le modèle de représentation des ARL le plus pertinent est celui visant à une représentation égalitaire, à savoir une ARL pour une voix, quelle que soit la taille de l’ARL.

Une instance « utile » plutôt qu'un simple porte-voix

Le message qui ressort de cette consultation dépasse la seule question de la représentation : « Les répondants attendent une représentation utile, capable de défendre le culte, de professionnaliser son fonctionnement et de transformer cette volonté commune en une institution durable, légitime, indépendante et efficace au service des mosquées de France ».

Face aux participants du Forif, Laurent Nuñez a salué la démarche, estimant que cette consultation livre, au regard de ses résultats, « un socle solide et légitime » sur lequel le GT peut réfléchir sérieusement afin que l’Etat puisse un jour « disposer d’un interlocuteur structuré et légitime » pour le culte musulman. Une attente qui, a-t-il indiqué, rejoint « celle de très nombreux fidèles et responsables de mosquées partout sur le territoire qui souhaitent disposer d’une représentation nationale lisible pour porter des sujets d’intérêt commun ».

Reste désormais à transformer ces enseignements en actes. Le groupe de travail l'annonce clairement : « La prochaine étape consistera à traduire les choix exprimés par le terrain dans l'organisation, les orientations et les statuts de la future instance ». Dans le même temps, a rappelé le ministre, « ce chantier a un corollaire (...), le financement et la transparence. Une représentation crédible, c’est aussi une représentation qui a les moyens de remplir ses missions ». Un chantier qui s'annonce difficile et qui s'inscrit dans un calendrier délicat, cinq ans après la mise au ban du Conseil français du culte musulman (CFCM) par les pouvoirs publics, et à l'approche d'une élection présidentielle où les questions liées à l'islam et aux musulmans s'annoncent, une fois encore, particulièrement sensibles.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur