Points de vue

Fatima Adamou : Contre les propagandes racistes et déshumanisantes, prôner l’égalité

#1AnAprès

Rédigé par Fatima Adamou | Jeudi 14 Janvier 2016 à 20:15

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Fatima Adamou, qui a été researcher bénévole à l’association Christian Muslim Forum, en Grande-Bretagne.



Tutrice de français en Grande-Bretagne, Fatima Adamou a été researcher bénévole à l’association Christian Muslim Forum et a co-organisé, en avril dernier, à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres une conférence « Single Women in Islamic Discourse ».
Le plus frappant après les attentats en 2015 fut la mise à nu de la France, le pire comme le meilleur a fait surface. Des citoyens français n’aiment pas la France. Le manque de dialogue a percé au grand jour mais également la discrétion des autorités religieuses, l’ignorance de la précarité sociale, le laxisme, l’antisémitisme ou encore les actes antimusulmans. Ces éléments multiples qui traversent la France étaient évidents, bien qu’ignorés par les uns, découverts par les autres.

Néanmoins, l’autre visage de la France est également apparu : une France plurielle, présente dans ses forces de police, chez ses journalistes... Des personnes de toutes confessions se côtoient, travaillent ensemble : des musulmans travaillent avec des juifs, ils vivent dans les mêmes quartiers. Des personnes de toutes ethnies, de toutes confessions, ou sans confession, fréquentent les mêmes lieux, se croisent, se rencontrent et font la France d’aujourd’hui.

Refuser l’amalgame et la division

C’est cette image forte que je retiens des tragiques événements de 2015, la France dont on ne parle finalement jamais. De belles initiatives ont suivi les attentats : en effet, l’envie d’avancer et d’agir, la volonté de dialoguer, d’aller à la rencontre des uns et des autres ont pris le dessus.

Des citoyens musulmans n’ont pas attendu que des représentants de la communauté reçoivent une invitation des chaînes de télévisions nationales pour clamer sur les réseaux sociaux leurs colères, leurs exaspérations de voir leur religion foulée aux pieds et utilisée pour justifier des massacres. Ils ont ainsi exprimé le besoin, la nécessité d’en faire plus pour arrêter cela.

Très marquant, des familles et proches de victimes ont refusé, eux aussi, l’amalgame et la division. Les mosquées vandalisées ont reçu des messages de soutien de non-musulmans. Des opérations mosquées portes ouvertes ont eu lieu avant même l’appel du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Voilà ce qu’il faudrait voir régulièrement dans les médias et les réseaux sociaux pour redonner espoir et encourager celles et ceux qui s’engagent et font en sorte que la communication entre citoyens ne soit pas rompue.

Les actes antimusulmans renforcent le sentiment victimaire

Au lieu de cela, certains médias et esprits malintentionnés inondent les écrans, les ondes et les réseaux sociaux de pseudo-reportages ou de messages ne faisant que relater les actions néfastes d’une minorité d’individus, diffusant et partageant alors les propos xénophobes et racistes des uns et les tueries au nom de convictions religieuses des autres.

Plus grave, médias et internautes relaient consciemment ou inconsciemment des narrations déshumanisantes des extrémistes musulmans. Ces narrations suggèrent une vision du monde binaire où seuls les musulmans seraient persécutés par le reste du monde, où ils seraient les seuls à être victimes d’injustice et de souffrance.

Cette théorie complètement fausse et dangereuse est renforcée par la diffusion d’informations incomplètes. Parallèlement, les actes antimusulmans, insuffisamment dénoncés dans les médias nationaux, consolident le sentiment de victimisation d’une partie de la communauté musulmane et aboutissent, chez certains, au mépris envers tout non-musulman.

Dénoncer les diffuseurs de haine

Il nous faut dès lors nous attaquer aux propagandes racistes et déshumanisantes qui trouvent leurs sources autant chez les extrémistes religieux que chez les extrémistes politiques. C’est notre devoir à tous, à tous les niveaux.

Seulement celles et ceux qui s’attachent à dénoncer les diffuseurs de ces propagandes ou à invalider leurs narrations dans leurs communautés religieuses respectives ou dans la société dans son ensemble doivent être impérativement soutenus.

Persister à transmettre le message d’égalité et de fraternité entre êtres humains, hommes et femmes, quelles que soient leurs origines culturelles ou sociales, leurs convictions religieuses ou politiques, leurs nationalités, leurs histoires familiales… et œuvrer pour qu’il en soit réellement ainsi dans notre pays, la France, est, me semble-t-il, l’un des moyens de limiter l’expansion de ces propagandes et de ne pas fragiliser davantage la société.